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Corse: Protection du littoral et ambiguïtés nationalistes
Première partie - Un exercice d'équilibrisme bien hasardeux


Par Enrico Porsia

Lundi 3 juillet 2006


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L
e 2 avril 2006, le président de l'assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra déclarait dans Le Monde: "Il faut désanctuariser l'île". L'héritier de la dynastie qui règne sur l'extrême Sud de l'île expliquait qu'il fallait économiser sur l'enveloppe de continuité territoriale, dotation d'Etat de 174 millions d'euros par an. A quoi seraient destinées ces économies? Le président de l'assemblée de Corse dévoilait son souhait de voir des investissements immobiliers se réaliser sur la zone littorale. Afin qu'aucun malentendu ne soit possible, Monsieur de Rocca Serra précisait que "le passage de 12% à 20% de domaine constructible" du littoral offrirait "une vraie bouffée d'air"... pour l'économie "mono touristique" de l'île (voir notre dossier Transformer l'argent public en béton).

A la suite de ces déclarations, le Collectif pour la loi littoral, qui se bat pour le non-démantèlement de la loi qui préserve les rivages de l'île, a réagi fermement: "Tout l'avenir de la Corse se joue actuellement au travers de la réalisation du plan d'aménagement et de développement durable. Les espaces remarquables du littoral, aujourd'hui totalement vierges de construction, sont menacés d'être déclassés et rendus constructibles".

Un exercice d'équilibrisme bien hasardeux

Le Collectif pour la loi littoral regroupe plusieurs associations de défense de l'environnement. Au sein du collectif, sont aussi présentes des organisations politiques. A gauche, on y trouve le Parti communiste et la Manca Naziunale (extrême gauche issue du mouvement nationaliste); au centre-gauche, le Parti socialiste et Corse Social-Démocrate. Enfin, le mouvement nationaliste, à la connotation politique aussi vague qu'imprécise, participe, lui aussi, à la démarche: le Parti de la Nation Corse (autonomistes et libéraux faisant partie, avec les indépendantistes de Corsica Nazione, de la plateforme électorale baptisée Unione Naziunale), le Fronte Populare (coalition de petites formations, comprenant une tendance national-ethnique), le Rinnovu Naziunale (qui voudrait ressusciter un nationalisme aussi intègre et pur que légendaire…) et I Verdi Corsi (historiquement liés aux nationaux-populistes de Corsica Nazione Indipendente, représentation publique du FLNC Union des Combattants)... ils font tous partie du Collectif pour la loi littoral.


Corse-Matin, 5 avril 2006. Jean-Christophe Angelini, le secrétaire national du Parti de la Nation Corse déclare qu'il partage "certains points sur la philosophie générale" du PLU de Porto-Vecchio, élaboré par les fidèles du président de l'Assemblée de l'île.

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Il est inutile de préciser que maintenir dans une même démarche des sensibilités politiques aussi disparates, est un exercice d'équilibrisme bien hasardeux. D'autant plus que les nationaux-libéraux du Parti de la Nation Corse, tout comme les nationaux-populistes de Corsica Nazione Indipendente (représentés par ricochet dans le collectif par I Verdi Corsi) rivalisent bien souvent dans un double langage manifeste: côté face, ils souhaitent apparaître comme les défenseurs de la "terra corsa", tandis que, côté pile, ils n'hésitent pas à défendre les intérêts des promoteurs immobiliers, souvent sans scrupule, qui souhaitent faire sauter le verrou législatif de la loi, afin de pouvoir bétonner à volonté sur les rivages encore préservés de l'île de Beauté.

Ce sont, en effet, des vigiles nationalistes tendance Corsica Nazione Indipendente, qui assurent avec un professionnalisme remarquable, la protection du très select domaine de Sperone, véritable enclave de luxe de 135 hectares, appartenant au groupe Dewez, sur la côte bonifacienne (voir notre enquête Corse, nouveau statut: les promoteurs immobiliers piaffent d'impatience). Un peu plus au Nord, près de la commune de Porto-Vecchio, trois responsables nationalistes de Corsica Nazione Indipendente ont donné naissance, il y a quelques années, à une performante pépinière, spécialisée dans l'aménagement des jardins des résidences secondaires qui fleurissent, bien souvent au mépris de la loi, sur les communes de Lecci, de Zonza, de Conca et bien sûr de Porto-Vecchio, le fief de la famille de Rocca Serra...(...)

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A lire, la deuxième partie:
- Les compromis(sions) vont bon train
- La philosophie du double langage

L'intégralité de notre dossier "Protection du littoral et ambiguïtés nationalistes" est disponible en format PDF. En voici le sommaire:

- Un exercice d'équilibrisme bien hasardeux
- Les compromis(sions) vont bon train
- La philosophie du double langage

- Le Parti de la Nation Corse adresse une mise en garde
- "Vous n'allez quand même pas publier ma lettre. C'est un courrier interne!"
- Sélectionner "ses" journalistes

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