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Le
PNC adresse une mise en garde
De
son côté, le Parti de la Nation Corse,
est visiblement agacé par ces critiques.
Un agacement qui s'ajoute à
l'énervement consécutif au "flop" de
la manifestation organisée sur la plage de
la Rondinara, à Bonifacio. Fabiana
Giovannini, la rédactrice en chef
d'Arritti, l'organe d'information du PNC,
envoie une lettre au vitriol, au nom de son parti,
aux membres du Collectif pour la loi
littoral.
"Beaucoup
de nos militants ont été
déçus, non pas de l'absence du
collectif qui pouvait peut-être s'expliquer
pour certaines associations ou certains mouvements
ne souhaitant pas se joindre à Unione, mais
des explications scabreuses qui ont
été données: nous avons
d'autres méthodes d'action, (sous entendu
nous ne posons pas de bombes)
",
écrit, la responsable nationaliste.
La remarque est étrange
Surtout quand
on sait que le PNC se déclare farouchement
opposé à la violence politique.
Pourquoi interpréter ainsi la brève
déclaration de la porte-parole du
Collectif?
Mais que cela ne tienne, Fabiana Giovannini est
sûre de son interprétation. Avec la
nonchalance de l'habituée, la responsable
nationaliste ne se gène pas de signifier au
collectif les termes du procès d'intention
qui doit avoir eu lieu au sein de l'exécutif
du Parti de la Nation Corse:
"Même
si les propos tenus n'ont pas été
exactement cela, ça a été
relevé comme ça, et c'est
très négatif, y compris pour le
collectif", précise, dans une prose digne de
la Sainte Inquisition, la représentante du
parti nationaliste. Ensuite, elle indique au
Collectif la marche à suivre:
"Les associations n'ont pas à peser plus ou
moins dans 'la parole' du collectif. Du fait de
leur 'neutralité', j'ai toujours
pensé qu'elles sont les meilleures
porte-parole du collectif, les partis politiques
ayant par ailleurs une plus grande
possibilité de faire entendre leur propre
voix. (
) Si nous participons comme membre
à part entière du collectif, -
martèle la responsable nationaliste -, c'est
que nous sommes persuadés de la
nécessité de son action, mais c'est
que nous pouvons aussi être une passerelle
intéressante dans certaines franges pour
l'élargissement d'un combat qui concerne
tout le peuple corse".
Ensuite,
Fabiana Giovannini adresse une véritable
mise en garde:
"Attention, ne vous coupez pas du nationalisme qui
a été un fer de lance sur ce
combat!"
Madame
Giovannini ne se prive pas de suggérer aux
membres du collectif l'attitude à tenir face
aux journalistes:
"Qui est le collectif? Peut-il se dire absent d'une
manifestation alors que plusieurs de ses membres y
participent? Nous pensons que s'il ne peut pas se
réclamer d'une action quand plusieurs
membres ne souhaitent pas s'y joindre, il ne peut
pas s'en dire absent quand plusieurs autres y
participent. Il doit donc garder une attitude
totalement neutre. Et tant pis pour les
journalistes pas contents!"
L'émissaire
du bureau politique du PNC se permet même de
dicter l'explication à donner à la
presse:
"L'explication à donner aux médias
était toute simple: nous sommes un
'collectif', plusieurs membres ne souhaitent pas
s'y rendre, c'est leur droit. Plusieurs membres ont
souhaité s'y rendre, c'est leur droit aussi.
Le collectif en son entier ne peut donc se
déterminer. Pas d'autres commentaires". Pas
d'autres commentaires
l'arrogance
règne.
Madame
Giovannini souligne énergiquement que "je me
suis toujours exprimée et j'ai toujours agi
au sein du collectif non pas en tant que Fabienne
Giovannini, mais en tant que membre de
l'exécutif PNC mandaté par lui".
Le membre de l'exécutif tient tout
particulièrement à éclaircir
sa position vis-à-vis des autres composantes
du collectif:
"Je voudrais que vous m'accordiez
définitivement le fait que je ne suis pas
une naïve, gentille et sincère - elle -
mais que derrière moi il n'y a que des
méchants qui veulent vous manger et donc que
je suis une manipulée de première.
Ça n'est pas le cas. Je parle au nom de mon
mouvement".
Et au nom de son mouvement d'expliquer que la
manifestation à Bonifacio "n'était
pas une initiative du collectif, mais toute action
qui se mène sur la question du littoral sont
des actions qui doivent intéresser le
collectif".
En
clair: le collectif ne peut pas se permettre
d'être absent d'une initiative
décidée par les instances du Parti de
la Nation Corse ou de la coalition
électorale Unione Naziunale. Dans le cas
contraire
"Le Collectif est en contradiction
avec lui-même lorsqu'il s'en
désintéresse et - comble! - lorsqu'il
essaie de décrédibiliser cette action
pour justifier son absence".
Comble!
Anathème
car, comme il est
spécifié dans le courrier,
"
le PNC pour sa part, et je pense le
nationalisme en général, n'entend pas
se faire déposséder de ses
capacités d'action et de ses
capacités d'initiatives".
Etrange considération. Personne n'a jamais
tenté d'empêcher la manifestation
nationaliste de Bonifacio
Décidément,
pour l'exécutif du parti nationaliste la
non-adhésion à une de ses
initiatives équivaut, déjà,
à une forme de sabotage. Ceci en dit long
sur la philosophie démocratique qui inspire
une pareille démarche.
A
la fin de la lettre, Madame Giovannini
éprouve le besoin de
préciser:
"Quant à moi, je garde toujours beaucoup
d'estime pour chacun d'entre vous
" Au vu de
la teneur du courrier envoyé au Collectif
pour la loi littoral, au nom de l'exécutif
du Parti de la Nation Corse, seul un esprit
malveillant pourrait mettre en doute la
sincérité de cette dernière
phrase.
"Vous
n'allez quand même pas publier ma lettre.
C'est un courrier interne!"
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Des publicités
d'hôtels et
résidences les pieds dans
l'eau trouvent aisément
leur place dans Arritti, l'organe
d'information du Parti de la
Nation Corse, tout comme dans le
Ribombu de Corsica Nazione
Indipendente.
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Afin
de ne pas attenter au sens de ce courrier, que nous
nous sommes procuré et qui a
été adressé à
différents membres du Collectif pour la
loi littoral, nous avons joint
téléphoniquement Fabiana
Giovannini.
"Vous
n'allez quand même pas publier ma lettre.
C'est un courrier interne!" C'est ainsi que
nous a accueilli, la voix scandalisée, la
rédactrice en chef de l'hebdomadaire
Arritti. Nous avons donc informé
notre consur qu'il n'est pas dans les
habitudes d'Amnistia.net de se plier aux
requêtes de censure.
Madame
Giovannini a écourté notre
conversation téléphonique.
Elle a refusé toute demande d'interview.
C'est dommage. Nous avons à peine eu le
temps de lui demander si certaines
publicités pour des sites touristiques, en
bordure de mer, apparaissant sur l'hebdomadaire
Arritti, n'étaient pas en
contradiction avec la position du Parti de la
Nation Corse concernant le maintien de la loi
littoral
"Arritti
est aussi un support commercial", nous a
répondu, sèchement, la
rédactrice en chef.
Nous pensions naïvement avoir affaire,
seulement, avec l'organe de presse d'un parti
politique.
Nous
avons aussi contacté Monsieur
Jean-Christophe Angelini, élu territorial
d'Unione Naziunale, conseiller municipal de
Porto-Vecchio et secrétaire national du
Parti de la Nation Corse. Angelini est la jeune
étoile montante du mouvement nationaliste.
L'étoile montante d'un mouvement en chute
libre, est aussi considéré comme un
homme de dialogue et de contact. Même Nicolas
Sarkozy semble apprécier de s'entretenir
avec lui. Angelini se veut dynamique, ouvert
et transparent. "Soyons clairs
" c'est ainsi
qu'il aime débuter ses phrases.
Bien
entendu, il est prêt à nous
rencontrer. C'est même son souhait. Il
tient particulièrement à nous
expliquer sa position vis-à-vis de
l'épineuse question de l'urbanisme en Corse.
Il nous précise même qu'il
préfère les entretiens de vive voix
plutôt que par téléphone.
Il n'y a qu'un seul hic: une fois le rendez-vous
fixé, voilà que Monsieur Angelini
l'annule à la dernière seconde, en
prétextant un empêchement
imprévisible
Il
nous a fait le coup deux fois. Les deux fois,
cordialement, Monsieur Angelini nous a priés
de bien vouloir l'excuser. Il a aussi
insisté afin que nous n'ayons pas la "fausse
impression" qu'il souhaitait se dérober face
à nos questions.
Un
troisième rendez-vous a donc
été pris, dans un salon de thé
de Porto-Vecchio. Le secrétaire national du
Parti de la Nation Corse nous a assuré qu'il
viendrait, et que, cette fois-ci, nous ne
recevrions aucun coup de fil d'annulation de
l'interview. Sur ce point, nous pouvons affirmer
que Jean-Christophe Angelini n'a pas menti. Au
troisième rendez-vous, il ne s'est, tout
simplement, pas présenté.
Monsieur
Angelini a même fait l'impasse sur la
courtoisie, oubliant de nous prévenir,
à la dernière seconde, en
s'inventant une excuse, comme à son
habitude. Cette fois-ci il s'est
dérobé en silence. Monsieur Angelini
est pragmatique. Il sait que sans une bonne dose de
cynisme, se faire une place sur l'échiquier
politique corse relève de la mission
impossible.
Sélectionner
"ses" journalistes
Il
est exact que dans nos conversations
téléphoniques nous lui avions bien
spécifié les arguments que nous
aurions aimé aborder lors de notre
rencontre.
C'est
ainsi que nous lui avions lu sa propre
déclaration, concernant le Plan local
d'urbanisme de Porto-Vecchio: "Nous avons
obtenu des clarifications de la part de
l'exécutif, avec qui sur la philosophie
générale nous pouvons partager
certains points". Quels points partagez-vous avec
la philosophie générale de la
majorité "rocca-serriste" en place? La
question coule de source.
Nous
avons aussi demandé à Monsieur
Angelini des explications à propos d'une
interview, parue sur Arritti, l'organe de
presse du parti. Angelini répondait
à la question d'un journaliste anonyme: "On
peut légitimement avoir des réserves
et c'est parfois mon cas sur telle ou telle
application de la loi littoral et montagne". De
quelles "réserves" s'agit-il?
Face
à ces simples questions, nous avons
perçu un moment d'hésitation dans la
voix de Monsieur Angelini. Ensuite, l'homme
politique a repris son souffle avant de nous
lâcher: "J'admets que sur la question de la
loi littoral j'ai évolué. Avant,
j'étais pour une forme d'aménagement,
maintenant, je me suis convaincu de la
nécessité de cette loi". C'est
très intéressant. Nous savons donc
que le secrétaire national du Parti de la
Nation Corse vient à peine de se convertir
en faveur du maintien de la loi
littoral.
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Le Point, 5 juillet 2002: "Ces
jeunes nationalistes voient dans
l'adaptation de la loi littoral
une chance de développer
l'île". Ce n'est pas
Jean-Christophe Angelini qui
dément le
journaliste.
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Mais
alors, comment interpréter les propos de
Fabiana Giovannini, la rédactrice en chef
d'Arritti, lorsque, dans son courrier, elle
affirmait que le PNC se considère "du
Collectif (pour la loi littoral ndrl) autant
que chaque autre membre et depuis très
longtemps"? Depuis longtemps
mais depuis
quand? Pas plus tard que le 5 avril 2006, Monsieur
Angelini déclarait dans Corse Matin
qu'il partageait "certains points sur la
philosophie générale" du PLU de
Porto-Vecchio, élaboré par les
fidèles du président de
l'Assemblée de l'île. Est-il
concevable que le Parti de la Nation Corse ait pu
adhérer, depuis longtemps, au Collectif pour
la loi littoral, alors que Monsieur Angelini, le
secrétaire national du même parti,
vient tout juste de se convertir au maintien de la
loi protectrice des rivages de l'île?
Y
aurait-il un problème de double langage dans
les prises de positions du parti nationaliste?
Hélas, nos questions resteront sans
réponse.
Monsieur
Angelini, tout comme Fabiana Giovannini, a choisi
de fuir nos questions. Visiblement, au Parti de
la Nation Corse, on aime bien sélectionner
"ses" journalistes. Et, éviter soigneusement
toute question embarrassante.
Il est vrai que c'est bien compliqué
d'apparaître sûr de soi, quand on est
face à des contradictions
inconciliables.
Le
8 juillet 2006, les associations et mouvements
politiques adhérant au Collectif pour la loi
littoral défileront dans les rues
d'Ajaccio.
Monsieur Angelini, en compagnie d'autres
responsables nationalistes, figurera sûrement
en bonne place dans la manifestation pour le
maintien de la loi.
La photo de famille promet d'être
surréaliste.
Au
même moment, des vigiles nationalistes
continueront à assurer la
sécurité dans l'enclave de luxe du
domaine de Sperone; d'autres responsables
nationalistes continueront à soutenir les
activités de la chambre de commerce de la
Corse-du-Sud, représentée à
Porto-Vecchio par le plus important promoteur
immobilier de cette région de
l'île
qui est, lui aussi, un
sympathisant de "la cause".
La
Corse est un pays paradoxal. Un vent
d'hypocrisie y souffle en permanence, dans
l'indifférence
générale.
L'intégralité
de notre dossier "Protection du littoral et
ambiguïtés nationalistes" est
disponible en format PDF. En voici le
sommaire:
-
Un exercice d'équilibrisme bien
hasardeux
-
Les compromis(sions) vont bon train
- La philosophie du double
langage
- Le Parti de la Nation Corse adresse une mise en
garde
- "Vous n'allez quand même pas publier ma
lettre. C'est un courrier interne!"
- Sélectionner "ses"
journalistes
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