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Corse: Protection du littoral et ambiguïtés nationalistes
Troisième partie - Le Parti de la Nation Corse adresse une mise en garde - "Vous n'allez quand même pas publier ma lettre. C'est un courrier interne!" - Sélectionner "ses" journalistes


Par Enrico Porsia

Vendredi 7 juillet 2006


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Le PNC adresse une mise en garde

De son côté, le Parti de la Nation Corse, est visiblement agacé par ces critiques. Un agacement qui s'ajoute à l'énervement consécutif au "flop" de la manifestation organisée sur la plage de la Rondinara, à Bonifacio. Fabiana Giovannini, la rédactrice en chef d'Arritti, l'organe d'information du PNC, envoie une lettre au vitriol, au nom de son parti, aux membres du Collectif pour la loi littoral.

"Beaucoup de nos militants ont été déçus, non pas de l'absence du collectif qui pouvait peut-être s'expliquer pour certaines associations ou certains mouvements ne souhaitant pas se joindre à Unione, mais des explications scabreuses qui ont été données: nous avons d'autres méthodes d'action, (sous entendu nous ne posons pas de bombes)…", écrit, la responsable nationaliste.
La remarque est étrange… Surtout quand on sait que le PNC se déclare farouchement opposé à la violence politique. Pourquoi interpréter ainsi la brève déclaration de la porte-parole du Collectif?
Mais que cela ne tienne, Fabiana Giovannini est sûre de son interprétation. Avec la nonchalance de l'habituée, la responsable nationaliste ne se gène pas de signifier au collectif les termes du procès d'intention qui doit avoir eu lieu au sein de l'exécutif du Parti de la Nation Corse:

"Même si les propos tenus n'ont pas été exactement cela, ça a été relevé comme ça, et c'est très négatif, y compris pour le collectif", précise, dans une prose digne de la Sainte Inquisition, la représentante du parti nationaliste. Ensuite, elle indique au Collectif la marche à suivre:
"Les associations n'ont pas à peser plus ou moins dans 'la parole' du collectif. Du fait de leur 'neutralité', j'ai toujours pensé qu'elles sont les meilleures porte-parole du collectif, les partis politiques ayant par ailleurs une plus grande possibilité de faire entendre leur propre voix. (…) Si nous participons comme membre à part entière du collectif, - martèle la responsable nationaliste -, c'est que nous sommes persuadés de la nécessité de son action, mais c'est que nous pouvons aussi être une passerelle intéressante dans certaines franges pour l'élargissement d'un combat qui concerne tout le peuple corse".

Ensuite, Fabiana Giovannini adresse une véritable mise en garde:
"Attention, ne vous coupez pas du nationalisme qui a été un fer de lance sur ce combat!"

Madame Giovannini ne se prive pas de suggérer aux membres du collectif l'attitude à tenir face aux journalistes:
"Qui est le collectif? Peut-il se dire absent d'une manifestation alors que plusieurs de ses membres y participent? Nous pensons que s'il ne peut pas se réclamer d'une action quand plusieurs membres ne souhaitent pas s'y joindre, il ne peut pas s'en dire absent quand plusieurs autres y participent. Il doit donc garder une attitude totalement neutre. Et tant pis pour les journalistes pas contents!"

L'émissaire du bureau politique du PNC se permet même de dicter l'explication à donner à la presse:
"L'explication à donner aux médias était toute simple: nous sommes un 'collectif', plusieurs membres ne souhaitent pas s'y rendre, c'est leur droit. Plusieurs membres ont souhaité s'y rendre, c'est leur droit aussi. Le collectif en son entier ne peut donc se déterminer. Pas d'autres commentaires". Pas d'autres commentaires… l'arrogance règne.

Madame Giovannini souligne énergiquement que "je me suis toujours exprimée et j'ai toujours agi au sein du collectif non pas en tant que Fabienne Giovannini, mais en tant que membre de l'exécutif PNC mandaté par lui". Le membre de l'exécutif tient tout particulièrement à éclaircir sa position vis-à-vis des autres composantes du collectif:
"Je voudrais que vous m'accordiez définitivement le fait que je ne suis pas une naïve, gentille et sincère - elle - mais que derrière moi il n'y a que des méchants qui veulent vous manger et donc que je suis une manipulée de première. Ça n'est pas le cas. Je parle au nom de mon mouvement".
Et au nom de son mouvement d'expliquer que la manifestation à Bonifacio "n'était pas une initiative du collectif, mais toute action qui se mène sur la question du littoral sont des actions qui doivent intéresser le collectif".

En clair: le collectif ne peut pas se permettre d'être absent d'une initiative décidée par les instances du Parti de la Nation Corse ou de la coalition électorale Unione Naziunale. Dans le cas contraire… "Le Collectif est en contradiction avec lui-même lorsqu'il s'en désintéresse et - comble! - lorsqu'il essaie de décrédibiliser cette action pour justifier son absence".

Comble! Anathème… car, comme il est spécifié dans le courrier, "…le PNC pour sa part, et je pense le nationalisme en général, n'entend pas se faire déposséder de ses capacités d'action et de ses capacités d'initiatives".
Etrange considération. Personne n'a jamais tenté d'empêcher la manifestation nationaliste de Bonifacio…

Décidément, pour l'exécutif du parti nationaliste la non-adhésion à une de ses initiatives équivaut, déjà, à une forme de sabotage. Ceci en dit long sur la philosophie démocratique qui inspire une pareille démarche.

A la fin de la lettre, Madame Giovannini éprouve le besoin de préciser:
"Quant à moi, je garde toujours beaucoup d'estime pour chacun d'entre vous…" Au vu de la teneur du courrier envoyé au Collectif pour la loi littoral, au nom de l'exécutif du Parti de la Nation Corse, seul un esprit malveillant pourrait mettre en doute la sincérité de cette dernière phrase.

"Vous n'allez quand même pas publier ma lettre. C'est un courrier interne!"


Des publicités d'hôtels et résidences les pieds dans l'eau trouvent aisément leur place dans Arritti, l'organe d'information du Parti de la Nation Corse, tout comme dans le Ribombu de Corsica Nazione Indipendente.


Afin de ne pas attenter au sens de ce courrier, que nous nous sommes procuré et qui a été adressé à différents membres du Collectif pour la loi littoral, nous avons joint téléphoniquement Fabiana Giovannini.

"Vous n'allez quand même pas publier ma lettre. C'est un courrier interne!" C'est ainsi que nous a accueilli, la voix scandalisée, la rédactrice en chef de l'hebdomadaire Arritti. Nous avons donc informé notre consœur qu'il n'est pas dans les habitudes d'Amnistia.net de se plier aux requêtes de censure.

Madame Giovannini a écourté notre conversation téléphonique.
Elle a refusé toute demande d'interview.
C'est dommage. Nous avons à peine eu le temps de lui demander si certaines publicités pour des sites touristiques, en bordure de mer, apparaissant sur l'hebdomadaire Arritti, n'étaient pas en contradiction avec la position du Parti de la Nation Corse concernant le maintien de la loi littoral…

"Arritti est aussi un support commercial", nous a répondu, sèchement, la rédactrice en chef.
Nous pensions naïvement avoir affaire, seulement, avec l'organe de presse d'un parti politique.

Nous avons aussi contacté Monsieur Jean-Christophe Angelini, élu territorial d'Unione Naziunale, conseiller municipal de Porto-Vecchio et secrétaire national du Parti de la Nation Corse. Angelini est la jeune étoile montante du mouvement nationaliste. L'étoile montante d'un mouvement en chute libre, est aussi considéré comme un homme de dialogue et de contact. Même Nicolas Sarkozy semble apprécier de s'entretenir avec lui. Angelini se veut dynamique, ouvert… et transparent. "Soyons clairs…" c'est ainsi qu'il aime débuter ses phrases.

Bien entendu, il est prêt à nous rencontrer. C'est même son souhait. Il tient particulièrement à nous expliquer sa position vis-à-vis de l'épineuse question de l'urbanisme en Corse. Il nous précise même qu'il préfère les entretiens de vive voix plutôt que par téléphone.
Il n'y a qu'un seul hic: une fois le rendez-vous fixé, voilà que Monsieur Angelini l'annule à la dernière seconde, en prétextant un empêchement imprévisible…

Il nous a fait le coup deux fois. Les deux fois, cordialement, Monsieur Angelini nous a priés de bien vouloir l'excuser. Il a aussi insisté afin que nous n'ayons pas la "fausse impression" qu'il souhaitait se dérober face à nos questions.

Un troisième rendez-vous a donc été pris, dans un salon de thé de Porto-Vecchio. Le secrétaire national du Parti de la Nation Corse nous a assuré qu'il viendrait, et que, cette fois-ci, nous ne recevrions aucun coup de fil d'annulation de l'interview. Sur ce point, nous pouvons affirmer que Jean-Christophe Angelini n'a pas menti. Au troisième rendez-vous, il ne s'est, tout simplement, pas présenté.

Monsieur Angelini a même fait l'impasse sur la courtoisie, oubliant de nous prévenir, à la dernière seconde, en s'inventant une excuse, comme à son habitude. Cette fois-ci il s'est dérobé en silence. Monsieur Angelini est pragmatique. Il sait que sans une bonne dose de cynisme, se faire une place sur l'échiquier politique corse relève de la mission impossible.

Sélectionner "ses" journalistes

Il est exact que dans nos conversations téléphoniques nous lui avions bien spécifié les arguments que nous aurions aimé aborder lors de notre rencontre.

C'est ainsi que nous lui avions lu sa propre déclaration, concernant le Plan local d'urbanisme de Porto-Vecchio: "Nous avons obtenu des clarifications de la part de l'exécutif, avec qui sur la philosophie générale nous pouvons partager certains points". Quels points partagez-vous avec la philosophie générale de la majorité "rocca-serriste" en place? La question coule de source.

Nous avons aussi demandé à Monsieur Angelini des explications à propos d'une interview, parue sur Arritti, l'organe de presse du parti. Angelini répondait à la question d'un journaliste anonyme: "On peut légitimement avoir des réserves et c'est parfois mon cas sur telle ou telle application de la loi littoral et montagne". De quelles "réserves" s'agit-il?

Face à ces simples questions, nous avons perçu un moment d'hésitation dans la voix de Monsieur Angelini. Ensuite, l'homme politique a repris son souffle avant de nous lâcher: "J'admets que sur la question de la loi littoral j'ai évolué. Avant, j'étais pour une forme d'aménagement, maintenant, je me suis convaincu de la nécessité de cette loi". C'est très intéressant. Nous savons donc que le secrétaire national du Parti de la Nation Corse vient à peine de se convertir en faveur du maintien de la loi littoral.


Le Point, 5 juillet 2002: "Ces jeunes nationalistes voient dans l'adaptation de la loi littoral une chance de développer l'île". Ce n'est pas Jean-Christophe Angelini qui dément le journaliste.

Mais alors, comment interpréter les propos de Fabiana Giovannini, la rédactrice en chef d'Arritti, lorsque, dans son courrier, elle affirmait que le PNC se considère "du Collectif (pour la loi littoral ndrl) autant que chaque autre membre et depuis très longtemps"? Depuis longtemps… mais depuis quand? Pas plus tard que le 5 avril 2006, Monsieur Angelini déclarait dans Corse Matin qu'il partageait "certains points sur la philosophie générale" du PLU de Porto-Vecchio, élaboré par les fidèles du président de l'Assemblée de l'île. Est-il concevable que le Parti de la Nation Corse ait pu adhérer, depuis longtemps, au Collectif pour la loi littoral, alors que Monsieur Angelini, le secrétaire national du même parti, vient tout juste de se convertir au maintien de la loi protectrice des rivages de l'île?

Y aurait-il un problème de double langage dans les prises de positions du parti nationaliste?
Hélas, nos questions resteront sans réponse.

Monsieur Angelini, tout comme Fabiana Giovannini, a choisi de fuir nos questions. Visiblement, au Parti de la Nation Corse, on aime bien sélectionner "ses" journalistes. Et, éviter soigneusement toute question embarrassante.
Il est vrai que c'est bien compliqué d'apparaître sûr de soi, quand on est face à des contradictions inconciliables.

Le 8 juillet 2006, les associations et mouvements politiques adhérant au Collectif pour la loi littoral défileront dans les rues d'Ajaccio.
Monsieur Angelini, en compagnie d'autres responsables nationalistes, figurera sûrement en bonne place dans la manifestation pour le maintien de la loi.
La photo de famille promet d'être surréaliste.

Au même moment, des vigiles nationalistes continueront à assurer la sécurité dans l'enclave de luxe du domaine de Sperone; d'autres responsables nationalistes continueront à soutenir les activités de la chambre de commerce de la Corse-du-Sud, représentée à Porto-Vecchio par le plus important promoteur immobilier de cette région de l'île… qui est, lui aussi, un sympathisant de "la cause".

La Corse est un pays paradoxal. Un vent d'hypocrisie y souffle en permanence, dans l'indifférence générale.

L'intégralité de notre dossier "Protection du littoral et ambiguïtés nationalistes" est disponible en format PDF. En voici le sommaire:

- Un exercice d'équilibrisme bien hasardeux
- Les compromis(sions) vont bon train
- La philosophie du double langage

- Le Parti de la Nation Corse adresse une mise en garde
- "Vous n'allez quand même pas publier ma lettre. C'est un courrier interne!"
- Sélectionner "ses" journalistes

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