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Notre enquête en Corse, publiée dans Libération


Jeudi 12 novembre 2008



Libération du 8 et 9 novembre 2008 publie "Histoire d'une enquête corse" de notre journaliste Enrico Porsia.


Dans son édition datée du 8 et 9 novembre 2008, le quotidien Libération livre le récit de notre journaliste Enrico Porsia, "Histoire d'une enquête en Corse". Une enquête sur les propriétés personnelles des trois principaux responsables de la collectivité territoriale de Corse… directement impliqués dans l'élaboration du Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse. Une enquête qui dénonce des faits qui s'apparentent à des tentatives de prises illégales d'intérêt.

Une enquête qui ne s'est vue opposer aucun démenti argumenté, mais seules des déclarations d'intention parfois méprisantes de la part du président de l'Exécutif de Corse. Monsieur Ange Santini avait pourtant déclaré solennellement le 25 septembre: "J'apporterai la preuve du caractère mensonger des allégations qui ont visé à me salir. Et je le ferai sans difficulté…" Pourquoi le président de l'Exécutif se tait-il depuis?

Pourquoi l'Exécutif de Corse, qui semblait si pressé de faire passer en force "son" PADDUC à l'Assemblée de l'île, tente aujourd'hui d'employer tous les stratagèmes possibles et imaginables pour retarder les débats?

Enfin, pourquoi un journaliste qui dénonce un scandale, se fait-il traiter de délateur sur les ondes de Radio France?

Voici l'enquête d'Enrico Porsia, publiée le 8 novembre dans Libération:

En septembre 2008, j'ai publié sur le site amnistia.net un dossier sur le nouveau "Plan d'Aménagement et de Développement Durable de la Corse", le fameux PADDUC. La partie la plus sensible de ce document concerne la cartographie des espaces remarquables du littoral. Des espaces inconstructibles.

Pour traiter ce sujet, j'ai choisi un angle tout à fait classique. Un B-A-ba d'école de journalisme. J'ai décidé de regarder ce qui se passait sur les propriétés personnelles des trois principaux responsables de la Collectivité territoriale qui sont directement impliqués dans l'élaboration du PADDUC: le président de l'Assemblée territoriale, le président du Conseil exécutif et le président de l'Office de l'Environnement.
Et j'ai constaté que des terres appartenant à ces trois responsables de la Collectivité territoriale, situées dans des espaces aujourd'hui encore inconstructibles, se "déplaçaient" comme par miracle en dehors des zones protégées.

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Le président de l'Assemblée de l'île, Monsieur Camille de Rocca Serra, avait déjà réussi l'exploit d'obtenir deux autorisations de lotir (en 1988 et en 1998) sur un vaste domaine familial à Porto-Vecchio, situé dans un espace vierge face à la mer. Un espace théoriquement inconstructible, qui abrite pourtant de nos jours une soixantaine de villas de luxe, dont la célèbre bâtisse de Christian Clavier.
Aujourd'hui, le projet d'un nouveau complexe golfique et immobilier de 48 hectares apparaît à Porto-Vecchio. Il est situé sur un secteur qui avait été classé en 2001 "espace remarquable" par les services de l'Etat, avant d'être finalement déclassé sous la pression de la mairie. Le maire, à cette époque, était… l'actuel président de l'assemblée de Corse!
Le déclassement de ces terres, propriété en indivis de la famille Rocca Serra et de ses cousins germains, a permis de les rendre constructibles dans le projet du PADDUC.

Monsieur Jérôme Polverini est conseiller exécutif, maire de Pianottoli-Caldarellu et président de l'Office de l'Environnement.
Quatre parcelles appartenant à la famille Polverini et situées dans un espace protégé, ont été proposées au déclassement dans le projet du PADDUC.
Le conseiller exécutif a prétendu que ces propriétés étaient déjà bâties, et que leur déclassement n'aurait donc eu aucune conséquence.
En revanche, j'ai démontré que seules deux parcelles, sur quatre, supportaient une maison chacune. A la suite de cette démonstration, le président de l'Office de l'Environnement, n'est plus revenu sur l'affaire.

Bordure de mer, pinède de Calvi. Un espace boisé classé. Une zone absolument inconstructible.
Le président du Conseil exécutif de Corse, Monsieur Ange Santini, est aussi le gérant d'une société immobilière, la SCI U Serenu, qui possède des terrains dans une parcelle de la pinède proposée, en partie, au déclassement. Mais ce n'est pas tout, un bon hectare et demi du propre camping familial du président de l'Exécutif, situé lui aussi dans l'espace protégé de la pinède de Calvi, est également proposé au déclassement. Ce n'est pas négligeable.

Les associations de défense du littoral se sont emparées du dossier. Le président de l'Exécutif a menacé de porter plainte. Une annonce qui semble avoir eu de l'effet sur la presse locale…
Le 15 septembre dernier, sur France Bleu Frequenza Mora, on débat du fameux PADDUC. Autour de la table, rien que des journalistes.
Joseph-Guy Poletti, directeur du mensuel Corsica se déclare choqué par ce qu'il a lu "sur Internet". Il parle de "délation": "Balancer des noms comme ça à la vindicte publique…"
Que croyez-vous qu'il se passa? Rien. Personne ne fit remarquer à Joseph-Guy Poletti qu'il était en train de traiter de délateur un journaliste, moi en l'occurrence, dont la seule faute consistait à être allé voir ce qu'il advenait des terrains familiaux des principaux responsables politiques de l'île… Et qui n'était pas là pour se défendre.
Dans ces cas-là, on se sent soudainement bien seul.

Heureusement que Marie-France Giuliani de France3 Corse a fait écho à mes informations, après les avoir vérifiées scrupuleusement, tout comme Xavier Monnier de l'excellent bakchich.info.
Scandalisé par l'émission de France Bleu Frequenza Mora,
le journaliste Michel Puech écrit sur son blog de Mediapart: "A ce train-là, Albert Londres, devrait être considéré comme un délateur en chef!"

A ce jour, aucune plainte n'est venue contredire mes informations.




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