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Corse: qui veut bâillonner Amnistia.net?


Par Enrico Porsia

Lundi 22 décembre 2008





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Amnistia.net a des doutes sur les informations concernant monsieur Ange Santini, le président du Conseil exécutif.
Nous en faisons part à nos lecteurs

France Bleu Corse Frequenza Mora, la délation, la censure, et Amnistia.net

Monsieur Ange Santini, président de l'Exécutif de Corse dément, mollement, une de nos informations… sans dire un mot sur le reste de notre dossier.
Amnistia.net maintient tout ce qu'elle a publié!

"Désanctuarisation" de la Corse:
Camille de Rocca Serra, président de la Collectivité territoriale, Ange Santini, président du Conseil exécutif et Jérôme Polverini, président de l'Office de l'Environnement ont réagi aux informations publiées par Amnistia.net… Sans les démentir!

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Jeudi 18 décembre 2008. Dernière séance de l'année à l'assemblée de Corse. "Pas le temps de lire l'ordre du jour… le président est interrompu par une communication intempestive de Jean-Martin Mondoloni"… rapporte Corse-Matin. Jean-Martin Mondoloni, n'est pas n'importe qui. C'est le président du groupe UMP, le groupe au pouvoir à l'Assemblée de l'île.

Il a une communication importante à faire. Il veut dénoncer "les affirmations calomnieuses d'un obscur organe de presse au contenu sulfureux et racoleur". Le président du groupe UMP fait référence à notre modeste rédaction, coupable aux yeux du responsable politique d'avoir porté "des attaques ad hominem", rapporte encore Corse-Matin, "ayant visé ces derniers mois Camille de Rocca Serra (président de la Collectivité territoriale), Ange Santini (président de l'Exécutif) et Jérôme Polverini (président de l'Office de l'Environnement)". Rien de moins…

Une motion contre "un obscur organe de presse"

Le président du groupe UMP, visiblement exaspéré par la publication de notre longue enquête, présente une motion très innovante en matière de liberté de la presse: "Lorsque des élus quels qu'ils soient ne sont pas respectés, c'est toute l'institution dont ils sont partie intégrante qui est bafouée, lorsque cette même institution ne défend pas ses élus, c'est elle-même qui s'accuse".

Et voilà que sur la base de ce syllogisme, où l'absurdité rivalise avec l'ambiguïté, Monsieur Mondoloni propose aux différents groupes représentés à l'Assemblée de l'île de voter une motion de soutien aux trois responsables mis en cause par Amnistia.net. Une motion qui dénonce par là même les "calomnies" publiées sur notre site Web défini comme "un obscur organe de presse".

Il faut bien reconnaître qu'on assiste ici à une première. Des élus sont appelés à faire bloc autour de trois responsables politiques mis en cause dans notre enquête journalistique. Les élus sont aussi appelés à dénoncer, à stigmatiser Amnistia.net. On a assisté là bel et bien, à une tentative de mise au ban d'un journaliste et d'une société de presse.
Ce n'est pas tous les jours qu'une assemblée d'élus est sommée de s'attaquer à un journaliste et à une publication.

Le président de l'Exécutif a menti

Quelques remarques s'imposent. Nous avons publié une enquête qui démontre que trois hauts responsables politiques, tous encartés UMP, porteurs du projet de Plan d'Aménagement et de Développement Durable de la Corse (PADDUC), voient certains de leurs propres terrains "migrer" d'une zone inconstructible, vers une zone qui n'est plus protégée. C'est un fait.

Et, ce fait, nous le mesurons, est grave. Car une telle situation pourrait s'apparenter à une tentative de prise illégale d'intérêts. Il y a lieu d'examiner le problème sereinement, en dehors de toute tentative d'intimidation. Et que nous a-t-on opposé? Des "déclarations d'intention méprisantes", comme l'a souligné le Journal de la Corse, ou bien des menaces plus ou moins voilées, sous différentes formes: conseils appuyés, sous-entendus, jusqu'à menaces caractérisées.

Les intimidations ont aussi pris la forme de menaces de plaintes. Elles ont commencé quelques jours après la publication de nos premiers articles. Nous étions au mois de septembre et… que s'est-il passé entre-temps? Rien.

Pas un huissier, pas une convocation judiciaire, rien de rien. Nous en sommes là.
Et ceci, bien que le président de l'Exécutif ait déclaré solennellement dans une demi-page de Corse-Matin: "J'apporterai la preuve du caractère mensonger des allégations qui ont visé à me salir. Et je le ferai sans difficulté aucune devant la Justice… J'ai engagé la procédure de dépôt, à titre personnel, d'une plainte contre celles et ceux qui sont à la source de la diffamation et l'ont propagée". Et ensuite? Rien, de l'effet d'annonce. Aucune plainte n'est venue contredire nos informations.

Nous pouvons donc affirmer, sans peur d'être démentis, que lorsqu'en septembre Monsieur Santini a déclaré publiquement qu'il nous avait assignés en justice, Monsieur Santini a menti. Car aucune action en justice n'a été diligentée, à ce jour, contre notre société de presse. Monsieur Santini a donc menti, au moins sur ce point précis. C'est un fait. Et nous vous invitons à vous poser une question simple. Pourquoi?

En effet, si nos informations étaient des calomnies émanant d'un "obscur organe de presse", pourquoi le président de l'assemblée de la Collectivité territoriale, le président de l'Exécutif et le président de l'Office de l'Environnement, n'ont-ils pas porté l'affaire devant la justice?

Nous sommes prêts à assumer nos informations devant la justice

Nous attendons l'huissier de pied ferme. Notre offre de preuve patiente depuis le mois de septembre dans le cabinet de notre avocat, Maître Bernard Jouanneau. Nous sommes prêts. Prêts à assumer la qualité de nos informations devant nos lecteurs, comme devant la justice.

En revanche, nous remarquons que nos détracteurs préfèrent agir sur un autre terrain. Ils désertent le terrain de l'argumentation, de la réfutation, pour préférer celui du dénigrement.
La manœuvre est la suivante: isoler et discréditer Amnistia.net.

Dommage que nos confrères du service public de France3 Corse, qui ont vérifié minutieusement notre travail, soient arrivés aux mêmes conclusions que nous. Dommage que le quotidien Libération, dont le directeur de la rédaction, Didier Pourquery, est un professionnel reconnu, ait publié notre enquête. Dommage encore que le très pointu Bakchich.info, dirigé par le journaliste Nicolas Beau, qui vient de quitter le Canard enchaîné pour se déchaîner sur le web, n'ait eu aucun mal à reprendre toutes nos informations. Dommage encore, que devant la caméra du journal de 20 heures de France2 nous ayons vu le président du Conseil exécutif bien embarrassé face aux questions concernant les terrains dans la pinède de Calvi.

Et pourtant, Monsieur Santini avait bel et bien déclaré publiquement:
"J'ai donné à tous ceux qui se sont intéressés à l'affaire, et notamment à quelques journalistes, des explications détaillées et probantes". A quels journalistes Monsieur Santini a-t-il donc donné des explications "détaillées et probantes"? Sûrement pas à nos confrères de France3, de France 2 et de Bakchich.info… Sûrement pas à Amnistia.net! Alors que
nous attendons encore les documents et les réponses que nous avait promis le 20 novembre, monsieur Cyril Ceccaldi, le propre conseiller d'Ange Santini… Doit-on en déduire que le président de l'Exécutif choisit "ses" journalistes? Et, qui sont-ils, "ses" journalistes préférés? Qui sont-ils "ses" journalistes de choix dont la tâche consisterait à démentir notre travail?


La société de communication Médiacorse possède 96% des parts du mensuel Corsica. Un des principaux clients de Médiacorse est la Collectivité territoriale de l'île.





L'entreprise de presse Corsica n'est pas d'une transparence exemplaire. Pourquoi, ne dépose-t-elle pas sa comptabilité au greffe, comme la loi le lui impose?

Corsica: une entreprise de presse exemplaire…

Une seule publication a tenté, bien maladroitement, de mettre en cause notre travail. Il s'agit du mensuel Corsica. Un titre qui s'appuie sur la société de communication Médiacorse, qui peut se vanter d'avoir un chiffre d'affaires de plus d'un million d'euros. Ce n'est pas rien, mais qui sont les clients de cette boîte de com qui garantit le mensuel Corsica? Un petit tour sur le site web de Dixit-Médiacorse et voilà la réponse: un des principaux clients de Médiacorse est sans doute la Collectivité territoriale de l'île.
Un client politique, qu'il conviendrait de soigner?
Un client en tout cas qui rapporte beaucoup de chiffre d'affaires à la boîte de com qui contrôle le mensuel Corsica. Nous avons donc affaire à une entreprise de presse liée à une boîte de communication, à une des boîtes de communication favorites de la Collectivité territoriale.

Malgré ces références, l'entreprise de presse Corsica n'est pas d'une transparence exemplaire. Pourquoi, ne dépose-t-elle pas sa comptabilité au greffe, comme la loi le lui impose?
Mystère… Une chose, en revanche, est certaine.
Corsica a été le seul organe de presse à avoir publié une "enquête" uniquement à décharge du président de l'Exécutif. Malgré cela, même Corsica a été obligé de se rendre à l'évidence. Au moins 5.000 m2 de pinède de propriété de la famille Santini sont proposés au déclassement dans le projet de PADDUC arrêté par le président du Conseil exécutif en personne!

Alors pourquoi le directeur de ce mensuel contrôlé par une boîte de com nous a-t-il traités de délateurs sur les ondes de France Bleu Corse Frequenza Mora? Et ceci, trois mois avant que son journal ne publie un semblant d'enquête dont le but avoué était de démentir nos informations concernant les terrains des trois hauts responsables de la Collectivité territoriale?

10 ans d'enquêtes

Etonnant, n'est-ce pas? D'abord, on traite de délateur un journaliste qui publie une enquête sérieuse, et ensuite on réalise, après trois mois d'enquête, un reportage en essayant de contredire un fait incontournable: les trois principaux responsables de la rédaction du PADDUC voient certaines de leurs propriétés familiales "désanctuarisées" dans le document qu'ils ont eux-mêmes élaboré. Nous persistons et nous signons.

Nous persistons face au seul argument qu'en réalité, nous oppose le président de l'Exécutif. Jugez vous-mêmes la richesse intellectuelle d'un tel argumentaire exprimé publiquement devant l'assemblée de Corse par Monsieur Ange Santini:
"Parce que nous sommes tous élus dans la même enceinte, parce que nous sommes des pairs, je comprends encore moins que l'on soit prêt à mettre en balance la parole d'Ange Santini et celle d'un illustre inconnu qui s'appelle Enrico Porsia". Et voilà le niveau de l'arrogance et du mépris. Et, voilà le seul argument dont souhaite se prévaloir le président de l'Exécutif: lui est un homme connu, un homme de pouvoir, un homme important, alors que nous nous ne sommes qu' "un obscur organe de presse"…

Amnistia.net est présente depuis dix ans sur le Net. Nous sommes l'un des plus anciens sites d'information sur le Web. Au cours de ces dix ans d'activité intense Amnistia.net a déclenché 5 questions parlementaires en France et en Italie.

Corse: on désanctuarise en famille

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Au cours de 10 ans d'enquêtes nous avons été condamnés une seule fois pour diffamation, sur des milliers d'articles publiés.
Nous avions affirmé, visiblement à tort, que le prix littéraire du "Quai des Orfèvres", attribué par un jury composé notamment de fonctionnaires de police et de magistrats, avait été quelque peu arrangé… alors que chacun connaît l'indépendance farouche des jurys littéraires.

Amnistia.net continuera à vous informer

Aujourd'hui, face à des attaques d'une rare bassesse, Amnistia.net a choisi de saisir la justice.
Nous avons assigné, par citation directe, France Bleu Corse Frequenza Mora et Monsieur Joseph Guy Poletti, le patron du mensuel Corsica. Ils devront répondre à la barre du tribunal de Bastia de diffamation. Ils devront expliquer pourquoi ils se sont permis de traiter de délateur un journaliste. Un journaliste dont les informations n'ont pas été démenties. Un journaliste qui poursuit son travail, malgré les insultes, les intimidations et les menaces. Un journaliste qui, contrairement aux illusions du président de l'Exécutif de la Corse, a le droit de publier une enquête qui le met en cause. Il en a le droit et le devoir.

On ne peut pas attendre d'un journaliste qu'il se plie ni face à l'arrogance, ni face au mépris, ni face aux menaces.
Un journaliste ne peut pas se soumettre à la loi du silence, à l'omertà… Si non, qu'il change de métier!
Amnistia.net continuera à vous informer.




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A lire sur bakchich.info:
Amnistia pour les élus corses par Xavier Monnier

A lire sur le blog de mediapart.fr
Presse, Corse et Padduc
par Michel Puech




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