©www.amnistia.net

 

Pourquoi la Collectivité territoriale de Corse a-t elle fourni une cartographie aussi petite qu'imprécise dans le projet du Plan d'aménagement?
Les associations agréées de protection de l'environnement ABCDE et U Levante ont adressé une lettre ouverte aux membres du Conseil des sites de Corse


Par les associations agréées de protection de l'environnement ABCDE et U Levante

Vendredi 26 septembre 2008




Atlas loi Littoral: RN de largeur normale


Plan du projet du PADDUC: RN trop large cachant des terrains


Problème lié à l'épaisseur du trait d'une route.
Calvi: Sur la carte du Padduc la RN est dessinée à une échelle qui fait qu'elle mesure ici entre 100 et 120 m de largeur. Ce qui n'est pas le cas sur la carte de l'Atlas loi Littoral. Cette exagération de la largeur, dessinée non pas côté terre (où il n'y a pas d'espace protégé) mais du côté mer, recouvre des terrains qui sont, dans les atlas, des "espaces remarquables". La carte du PADDUC ne permet pas de déterminer le statut de ces terrains qui sont cachés "sous" la RN.


A lire aussi:

Plan d'aménagement de la Corse: les terrains "invisibles" de Monsieur Ange Santini, gérant d'une société immobilière et président du Conseil exécutif de l'île

Corsica: un journaliste au cœur de pierre par Didier Daeninckx

"Désanctuarisation" de la Corse: le mystère de la bande orange
Amnistia.net a des doutes sur les informations concernant monsieur Ange Santini, le président du Conseil exécutif.
Nous en faisons part à nos lecteurs

France Bleu Corse Frequenza Mora, la délation, la censure, et Amnistia.net

Monsieur Ange Santini, président de l'Exécutif de Corse dément, mollement, une de nos informations… sans dire un mot sur le reste de notre dossier.
Amnistia.net maintient tout ce qu'elle a publié!

Camille de Rocca Serra, président de la Collectivité territoriale, Ange Santini, président du Conseil exécutif et Jérôme Polverini, président de l'Office de l'Environnement ont réagi aux informations publiées par Amnistia.net… Sans les démentir!

Plan d'aménagement de la Corse: L'extraordinaire destin des terrains du président du Conseil exécutif, du président de l'Office de l'Environnement et du cousin du président de l'Assemblée de l'île.
Une passionnante histoire de familles, d'argent et de béton!

Dossier exclusif Tourisme bling-bling: La bataille de Bonifacio

Corse: Petits arrangements pour enterrer la loi

Corse - Bonifacio: L'enfant du pays, le notable de Neuilly et le banquier suisse

Sarko en Corse: Argent public et hôtels de luxe

Enquête exclusive Corse: la fièvre immobilière de l'extrême sud

Dossier spécial Corse: Un littoral en béton?

Tout le Dossier Corse

Nous recevons cette lettre ouverte des associations agréées de protection de l'environnement ABCDE et U Levante, adressée aux membres du Conseil des sites de Corse qui doit siéger le 29 septembre 2008.
Dans ce document, très bien argumenté, les deux associations de défense de l'environnement posent clairement le problème de la cartographie jointe au Plan d'aménagement arrêté par le Conseil exécutif de la Corse.
Une cartographie fournie à une échelle étrangement petite et imprécise. Une cartographie qui contiendrait même "une erreur technique" comme l'a récemment admis le Conseil exécutif (France3 Corse, journal du soir du 23 septembre 2008). Une cartographie dans laquelle les espaces protégés se retrouvent considérablement réduits.
Amnistia.net publie l'intégralité de ce document qui démontre le sérieux du travail des associations citoyennes de défense du littoral corse.

Le Padduc, qui a valeur de directive territoriale d'aménagement (DTA) peut préciser, les modalités d'application de la loi Littoral en Corse, et notamment :

1 - la limite des espaces proches du rivage où s'applique la règle de construction limitée en continuité avec l'existant conformément au L.146-4 II ;
2 - les espaces naturels remarquables, soumis avec les espaces littoraux boisés significatifs au principe d'inconstructibilité des L. 146-6 et R. 146-1 et 2 ;
3 - les coupures d'urbanisation de l'article L.146-2.

Une telle directive territoriale, pour produire ses effets, joint des cartes à un rapport de présentation.

Que constate-t-on en Corse dans le dossier soumis aux membres du Conseil des Sites? (dossier identique à celui remis aux membres du CESCC et aux Conseillers territoriaux)

Deux cartes seulement à l'échelle 1/150 000 ème ont été jointes, l'une intitulée "espaces remarquables du littoral et limite des espaces proches du rivage", l'autre intitulée "Principales protections relatives aux espaces" sur laquelle sont ajoutés, par rapport à la première, les paysages et milieux les plus remarquables du patrimoine naturel et culturel montagnard, les espaces à potentialité agronomique dominante et les espaces de développement rural.

Quelles remarques découlent de cette carte si on la compare à la cartographie des Atlas loi Littoral publiés par la DDE - DIREN, atlas parus en 2004 ?

1 - La limite des espaces proches du rivage est très rapprochée de la mer (annexe 1: exemple du Cap Corse). Une large bande proche des rivages ne sera donc plus soumise à la règle de construction limitée conformément au L.146-4 II, et ce en dépit du fait qu'il y ait covisibilité entre les terrains situés dans cette bande et la mer.
2 - Le nombre des espaces naturels remarquables est considérablement réduit. L'annexe 2 liste les suppresions en Corse du Sud … la liste est longue, les superficies importantes, sans qu'aucune justification scientifique, écologique ou paysagère ne soit fournie (alors que des fiches descriptives motivées ont été élaborées pour chacun des espaces remarquables recensés dans les Atlas).
3 - La carte du Padduc ne comporte aucune coupure d'urbanisation, alors que celles des atlas les ont localisées et délimitées. Or "les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme doivent prévoir des espaces naturels présentant le caractère d'une coupure d'urbanisation." (article L. 146-2 du code de l'urbanisme).
4 - L'échelle choisie est très différente : 1/25 000 pour les atlas contre 1/150 000 pour la carte du Padduc.


Cap Corse. Comparaison des tracés des limites des "espaces proches du rivage" des cartes de l'Atlas loi Littoral et du PADDUC.La différence entre les deux limites crée une bande dans laquelle la construtibilité n'est plus limitée. Un calcul approximatif montre que, sur la côte occidentale du Cap, 48% de la surface des "espaces proches du rivage" a été supprimée, pour 58% sur la côte orientale, soit en tout, très approximativement, 50 km2, soit 5000 hectares.

Des trois premiers points on peut déduire que la cartographie du Padduc favorise au maximum la constructibilité sur le littoral de la Corse.

La question des échelles des cartes est une question centrale si l'on veut assurer l'effectivité et l'opérationnalité de ce qu'on préconise.
L'échelle choisie, 1/150 000 ème, les épaisseurs exagérées des traits représentant les routes, les limites des communes, les tirets de la limite des EPR, un graphisme non adapté, le pourtour de la Corse (qui recouvre des plages), le fond de carte choisi, ont pour conséquence une grande imprécision de ces annexes cartographiques. Il est quelquefois impossible de connaître, à plus d'une centaine de mètres près, la délimitation de ces espaces remarquables, particulièrement lorsqu'ils sont de taille réduite. Les annexes 3 à 6 démontrent, par quatre exemples concrets (mais il y en a bien d'autres), que la détermination, sur la carte du Padduc, des limites, voire de la présence ou de l'absence des ER est impossible en de très nombreux endroits.

Or l'application d'une DTA produit des effets juridiques importants: les documents locaux doivent être compatibles avec les orientations de la DTA. Par ailleurs, les modalités d'application de la loi Littoral sont directement opposables aux demandes d'autorisation d'occupation et d'utilisation du sol, en l'absence de PLU ou de carte communale. De ce fait une incertitude juridique considérable subsiste et permet des interprétations parfois très divergentes.

Cette situation est d'autant plus paradoxale que les auteurs du Padduc justifient leur décision d'exercer, dans ce document, la faculté accordée à la CTC de "préciser les modalités d'application de la loi littoral en Corse", par le souci de renforcer la sécurité juridique.

Jacques Daligaux, dans "Enjeux et problématiques d'une nouvelle forme de planification dans les Bouches-du-Rhône", in Rives nord-méditerranéennes, Action publique et transformation des espaces en Méditerranée septentrionale, 2008, écrit …

- "Dans la DTA des Alpes-Maritimes (de juillet 2006), le volet modalités d'application de la loi Littoral visait à protéger des espaces naturels résiduels de petite taille, tandis que les élus souhaitaient minimiser le risque juridique par une compatibilité fine entre DTA et POS/PLU. Ils ont donc accepté une cartographie en tous points assez précise.

Dans les Bouches-du-Rhône au contraire, où les espaces naturels étaient plus vastes, les services de l'État sont partis sur une cartographie beaucoup moins précise, mettant l'accent sur la protection des grandes unités naturelles. ……

Les choix cartographiques de la DTA des Bouches-du-Rhône ont clairement privilégié l'imprécision et la constitutionnalité du document, au détriment selon nous de son efficacité en terme d'outil d'encadrement des droits du sol. Plus encore que la carte générale embrassant tout le département, la carte modalités d'application de la loi Littoral, qui aurait nécessité une grande finesse en raison de ses enjeux environnementaux et juridiques, en offre le parfait exemple :

- L'échelle est celle de la carte générale, soit au 1/125.000e, et il n'y a pas de loupes sur les zones à enjeux exceptionnels.

- L'absence de fonds IGN interdit quasiment la localisation du zonage DTA par rapport au terrain.

- Les différents périmètres d'application de la loi Littoral sont cartographiés de façon très imprécise, qu'il s'agisse des flèches représentant les coupures d'urbanisation, ou des limites des espaces naturels remarquables (conjonction d'un trait épais et de barbelures).
….
L'imprécision cartographique porte en germe deux types de risques :

- Tout d'abord un risque environnemental consistant à voir certaines communes utiliser la " marge d'incertitude " de la DTA pour étendre au maximum les zones constructibles dans leur POS/PLU. Soit en profitant du flou des limites (celle des espaces naturels remarquables, avec son millimètre d'épaisseur et ses barbelures représente sur le terrain une bande de 125 mètres de large sur plusieurs centaines de kilomètres de longueur). Soit en profitant du fait que la DTA n'a pas cartographié partout les coupures d'urbanisation. C'est exactement le scénario qui s'est déroulé dans la commune de Martigues, où des opérations immobilières sont aujourd'hui lancées dans des secteurs qui non seulement ont perdu leur caractère d'espaces naturels remarquables, mais qui en outre n'ont pas été cartographiés comme des coupures d'urbanisation."


Voici une comparaison des cartes de l'Atlas "loi Littoral" et du projet du PADDUC sur deux communes: Sari-Solenzara et Conca.

On remarque une impressionnante perte de superficie des "espaces remarquables" sur les deux communes, en vert. De l'Atlas au plan du projet du PADDUC, les espaces verts, et donc protégés, ont été considérablement réduits.
On remarque encore un très grand rapprochement vers la mer de la limite des "espaces proches du rivage" (la ligne pointillée -rouge dans l'Atlas- qui représente la limite des "espaces proches du rivage" a été rapprochée de la mer dans le plan du projet du PADDUC).


Pour bien comprendre le contenu réel du PADDUC, du point de vue foncier et de la loi Littoral, nous vous invitons à regarder le diaporama, très instructif, réalisé par l'association de défense du littoral
"U Levante"

La DTA des Alpes Maritimes n'est pas la seule à avoir choisi des cartes précises. Ainsi, dans la DTA de l'Estuaire de la Loire, pour les 5 cartes - sur un total de 17 - représentant les orientations ayant une portée prescriptive, les 3 échelles suivantes ont été choisies :

· La carte de synthèse des enjeux et orientations (sur l'urbanisation, les infrastructures de transport et l'environnement), à portée essentiellement informative, a été présentée en format A3 (environ du 1/330.000).

· La carte délimitant la "trame verte" (espaces naturels, sites, paysages, comprenant des espaces agricoles), est au 1/125.000.

· Les trois cartes délimitant les dispositions d'application de la loi Littoral sont au 1/50.000. Elles comprennent trois volets : les EPR, les ER et les coupures d'urbanisation.

L'échelle des cartes n'est pas fixée par la loi. Cependant le choix du 1/150.000 de ces cartes du Padduc n'est pas du tout pertinent et crée une insécurité juridique inacceptable. Des DTA récentes ont fait un autre choix, celui de la précision et de la sûreté juridique. En Corse, des atlas récents ont déjà mis en application, sur des documents cartographiques au 1/25.000 ème, les modalités d'application de la loi Littoral. Il suffisait de les reprendre …

ABCDE: Vincente Cucchi, Nicole Feracci, Dominique Orsucci
U Levante, tous les membres du bureau.


A lire aussi
"Désanctuarisation" de la Corse: le mystère de la bande orange
Amnistia.net a des doutes sur les informations concernant monsieur Ange Santini, le président du Conseil exécutif.
Nous en faisons part à nos lecteurs


"Désanctuarisation" de la Corse: à lire, le dernier article de notre dossier:
Plan d'aménagement de la Corse: les terrains "invisibles" de Monsieur Ange Santini, gérant d'une société immobilière et président du Conseil exécutif de l'île


Abonnez-vous au site Amnistia.net (accès direct à tous les articles) et recevez, chaque mois, notre journal (format PDF).
Découvrez nos offres d'abonnement


©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation réservés
contact: redaction@amnistia.net

Rédaction: contact

Haut de page
La Une



Abonnez-vous à Amnistia.net
.