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Exclusif La vraie histoire du domaine de Punta d'Oru
Le préfet Bernard Bonnet nous raconte dans quelles conditions il a délivré l'autorisation de lotir à l'actuel président de la Collectivité territoriale de Corse


Par Enrico Porsia

Lundi 13 octobre 2008




Les services de la préfecture de la Corse-du-Sud ont délivré, le premier avril 1998, un permis de lotir à Monsieur Camille de Rocca Serra. Le projet de l'actuel président de l'Assemblée de l'île se trouve dans un espace non urbanisé et donc inconstructible. Théoriquement.

L'autorisation de lotir n'est pas signée personnellement par le préfet Bernard Bonnet.

L'ancien préfet de Corse nous explique:
"Je vous confirme que l'autorisation de lotir accordée à Monsieur Rocca Serra avait fait l'objet avant mon arrivée de négociations entre les services techniques de l'administration et M. Rocca Serra. Ces négociations avaient abouti à un accord.
Le projet était bouclé et l'arrêté de lotir devait être mis à la signature du préfet Claude Erignac lorsqu'est survenu le drame du 6 février 1998. Je ne me suis pas senti alors autorisé à revenir sur cet accord, d'autant plus que je me suis trouvé au même moment contraint de remettre en cause un autre accord qui avait été donné par l'administration sur le POS de Bonifacio".





Le 21 avril 1999 le préfet Bonnet avait refusé ce permis de construire à la SA Marcellesi...
Vis-à-vis de la loi, le projet immobilier de la SA Marcellesi se retrouvait dans le même cas de figure que le lotissement de Monsieur Camille de Rocca Serra.




"C'est avec la meilleure attention que j'ai pris connaissance de votre décision de retirer et de refuser le permis de construire". Le 20 mai 1999, soit exactement 15 jours après que le préfét Bonnet a quitté l'île de Beauté pour la prison de la Santé, Camille de Rocca Serra prenait sa plume et adressait un courrier au nouveau préfet. Il lui demande de "procéder à un nouvel examen de ce projet" de la SA Marcellesi.




Le 6 septembre 1999, Bruno Delsol, le secrétaire général de la préfecture, écrit à Gérard Bonchristiani, le président de l'association de défense de l'environnement de Porto-Vecchio.
"Monsieur Marcellesi a déposé un recours gracieux. Au vu des éléments qu'il m'a apportés, je suis arrivé à la conclusion que son projet, tel qu'il l'a complété, était conforme aux lois et règlements. J'ai donc accepté ce recours gracieux". Une réponse lapidaire.
L'association "Pour le libre accès aux plages et la défense du littoral" décide donc de porter l'affaire devant la justice.




Le 21 octobre 1999, le préfet Jean-Pierre Lacroix confirme personnellement au maire de Porto-Vecchio que "l'achèvement de l'urbanisation de la rive nord du golfe de Santa Giulia est légitime".
Il sera démenti par la cour administrative d'appel de Marseille, le 15 avril 2004!
En effet, en cette date, le permis de construire de la SA Marcellesi sur la rive nord du golfe de Santa Giulia a été annulé.
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Six février 1998, le préfet de Corse, Claude Erignac, est assassiné.
Le 13 février 1998, le préfet Bernard Bonnet arrive en Corse.
Le ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement a fait, lui aussi, le voyage. "Le ministre accompagné de ses collaborateurs m'installe personnellement à la préfecture d'Ajaccio", se souvient Bernard Bonnet. Il faut bien reconnaître que le nouveau préfet ne perd pas de temps et s'intéresse tout de suite au dossier du littoral. Un dossier très sensible.

"Le 16 février, je suspends le Plan d'Occupation des Sols (POS) de Bonifacio, pas assez respectueux de l'environnement", nous explique l'ancien préfet de Corse. Et, le jeudi 5 mars, le nouveau préfet défère devant le tribunal administratif de Bastia, le Plan d'Occupation des Sols de la commune. "Ce POS était incompatible avec la loi sur le littoral", précise Bernard Bonnet. (Et, effectivement, le tribunal administratif de Bastia annula, le 10/07/1998, le POS de Bonifacio, car jugé non conforme à la loi Littoral).

"Le préfet estime que le POS adopté par 'anticipation', le 23 décembre 1997, par la municipalité de Bonifacio comporte des 'erreurs manifestes' d'application du code de l'urbanisme. Il fonde son argumentation sur une dizaine d'exemples d'aménagements prévus par le maire qu'il considère comme incompatibles avec la loi sur le littoral", écrit à l'époque Le Monde. "La commune entendait, en effet, transformer en zones constructibles des espaces jusqu'alors interdits à tout aménagement. Ainsi, au lieu-dit Cala Longa, sur une bande de 3,5 kilomètres, des maisons individuelles de grand standing devaient être construites face à la mer. La préfecture affirme que ce site est enregistré en 'zone écologique remarquable'. Le rivage est classé réserve naturelle de chasse maritime et les oiseaux y trouvent un espace protégé. En relevant le même type de manquement sur des sites comme ceux de Tonnara ou de Pozzoniello, le préfet entend, par ce recours devant le tribunal administratif, bloquer toute extension de l'urbanisation et le 'mitage' de la côte", lisait-on dans les colonnes du Monde le 14 mars 1988.

Nous nous permettons de rappeler à nos lecteurs que le Plan Local d'Urbanisme de Bonifacio fait encore de nos jours l'actualité et qu'il est actuellement attaqué devant la justice par l'association de défense du littoral ABCDE. Nous nous permettons aussi de souligner que le secteur de Cala Longa a désormais acquis une notoriété certaine.

C'est en effet ici que Jean Reno, Jacques Séguéla et l'homme d'affaires Marc Sulitzer voulaient construire des luxueuses résidences… avant que le Conseil d'Etat d'abord, et le tribunal administratif ensuite leur rappellent que la loi Littoral est toujours en vigueur et que les permis de construire, délivrés par la municipalité, ne sont pas conformes. Ils viennent d'être annulés! (T.A. de Bastia, 9/10/2008).
Décidément, l'histoire se répète et les appétits qu'aiguise le littoral de la cité des falaises ne sont pas près de s'atténuer au fil du temps… Déjà en 1998, le maire de Bonifacio avait réagi avec colère face à la fermeté du préfet Bonnet.

La mairie de Bonifacio, dirigée à l'époque par Jean-Baptiste Lantieri, (celui même qui vendra son propre terrain de la côte Est à Jean Reno, d'abord, et à Marc Sulitzer ensuite) ne manqua pas une occasion pour faire état de son mécontentement.

"Nous révisons notre POS depuis 1992, cela nous a coûté plus de 180.000 francs, et le préfet Erignac avait donné son accord si nous ouvrions une enquête d'utilité publique, ce que nous devions faire au mois de mai", expliqua un proche du maire au Monde (14 mars 1988). Le journal ne manqua pas de souligner que "tous les services de l'Etat présents sur l'île et les présidents des conseils généraux et de l'Exécutif avaient donné leur accord au nouveau POS de la ville…" Et voilà le problème!

"J'avais remis en cause l'accord que mon prédécesseur, Claude Erignac, avait personnellement négocié avec Jean-Baptiste Lantieri, le maire de la commune, sur les zones constructibles du POS de Bonifacio. Je me souviens de la très vive réaction du maire de l'époque", se rappelle très précisément Bernard Bonnet…

C'est dans ce contexte qu'un autre permis de lotir, dans une propriété aujourd'hui très fameuse est accordé…
En effet, le premier avril 1998, un permis de lotir
(1) est accordé à Monsieur Camille de Rocca Serra. L'actuel président de l'assemblée territoriale n'avait pas encore hérité du fauteuil présidentiel où siégeait jadis son père; à l'époque, il ne disposait que d'un siège au conseil général ainsi que de la mairie de Porto-Vecchio. La troisième ville de Corse est le fief des Rocca Serra. Le pouvoir se transmet de père en fils. Des pères et des fils qui veillent jalousement sur le bien-être et le développement de la région.

Or, ce permis de lotir concerne un terrain situé dans un espace non urbanisé, au beau milieu de ce qui bientôt devait devenir la Réserve naturelle des Bouches de Bonifacio. Vis-à-vis de la loi Littoral, ce n'est pas exactement ce qui s'appelle un endroit constructible!

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Et, pourtant… aujourd'hui, une soixantaine de villas de luxe, parmi lesquelles la célèbre bâtisse de Christian Clavier, ont poussé de terre comme autant de champignons. Difficile de le croire, si la loi Littoral avait été appliquée. Difficile encore de le croire, quand on sait qu'à quelques encablures du lotissement de Monsieur de Rocca Serra, un autre projet immobilier porté par la SA Marcellesi, dont le patron est aussi le vice-président de la chambre de commerce et de l'industrie de la Corse-du-Sud, a été bloqué par la vigilance du préfet Bonnet. C'était en d'avril 1999. Juste un an après la délivrance du permis de lotir à Monsieur de Rocca Serra. Or, vis-à-vis de la loi, le projet immobilier de la SA Marcellesi se retrouvait dans le même cas de figure que le lotissement de Monsieur Camille de Rocca Serra. Les deux projets immobiliers étant dans des espaces non urbanisés et donc inconstructibles. Théoriquement.

Le premier avril 1998, un permis de lotir est donc délivré à Monsieur Camille de Rocca Serra. Le document n'est pas signé personnellement par le préfet… et pourtant, le permis de lotir est bien là. Comment est-ce possible?

Nous avons posé la question à l'ancien préfet de Corse. Bernard Bonnet n'a aucun mal à reconnaître qu'il y a bien eu une grosse anomalie dans la délivrance du permis de lotir à l'actuel président de l'Assemblée territoriale:

"Je vous confirme que l'autorisation de lotir accordée à Monsieur Rocca Serra avait fait l'objet avant mon arrivée de négociations entre les services techniques de l'administration et M. Rocca Serra. Ces négociations avaient abouti à un accord.

Le projet était bouclé et l'arrêté de lotir devait être mis à la signature du préfet Claude Erignac lorsqu'est survenu le drame du 6 février 1998. Je ne me suis pas senti alors autorisé à revenir sur cet accord, d'autant plus que je me suis trouvé au même moment contraint de remettre en cause un autre accord qui avait été donné par l'administration sur le POS de Bonifacio".

Et voilà la raison qui a permis à Monsieur Camille de Rocca Serra de "valoriser", comme il se plaît à le dire, le terrain familial de Punta d'Oru. Un terrain qui, après la délivrance du permis de lotir, a sûrement rapporté "de l'or" a son heureux propriétaire!


(1) Un premier permis de lotir avait déjà été accordé à Punta d'Oru à la famille de Rocca Serra en 1988… Deux ans après le vote de la loi Littoral, approuvée à l'unanimité en 1986!…




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