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Les services de la préfecture de la
Corse-du-Sud ont délivré, le
premier avril 1998, un permis de lotir
à Monsieur Camille de Rocca Serra.
Le projet de l'actuel président de
l'Assemblée de l'île se
trouve dans un espace non urbanisé
et donc inconstructible.
Théoriquement.
L'autorisation
de lotir n'est pas signée
personnellement par le préfet
Bernard Bonnet.
L'ancien
préfet de Corse nous explique:
"Je vous confirme que l'autorisation de
lotir accordée à Monsieur
Rocca Serra avait fait l'objet avant mon
arrivée de négociations
entre les services techniques de
l'administration et M. Rocca Serra. Ces
négociations avaient abouti
à un accord.
Le projet était bouclé et
l'arrêté de lotir devait
être mis à la signature du
préfet Claude Erignac lorsqu'est
survenu le drame du 6 février 1998.
Je ne me suis pas senti alors
autorisé à revenir sur cet
accord, d'autant plus que je me suis
trouvé au même moment
contraint de remettre en cause un autre
accord qui avait été
donné par l'administration sur le
POS de Bonifacio".
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Le 21 avril 1999 le préfet
Bonnet avait refusé ce
permis de construire à la
SA Marcellesi...
Vis-à-vis
de la loi, le projet immobilier
de la SA Marcellesi se retrouvait
dans le même cas de figure
que le lotissement de Monsieur
Camille de Rocca
Serra.
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"C'est avec la meilleure
attention que j'ai pris
connaissance de votre
décision de retirer et de
refuser le permis de construire".
Le 20 mai 1999, soit exactement
15 jours après que le
préfét Bonnet a
quitté l'île de
Beauté pour la prison de
la Santé, Camille de Rocca
Serra prenait sa plume et
adressait un courrier au nouveau
préfet. Il lui demande de
"procéder à un
nouvel examen de ce projet" de la
SA Marcellesi.
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Le
6 septembre 1999, Bruno Delsol,
le secrétaire
général de la
préfecture, écrit
à Gérard
Bonchristiani, le
président de l'association
de défense de
l'environnement de
Porto-Vecchio.
"Monsieur Marcellesi a
déposé un recours
gracieux. Au vu des
éléments qu'il m'a
apportés, je suis
arrivé à la
conclusion que son projet, tel
qu'il l'a complété,
était conforme aux lois et
règlements. J'ai donc
accepté ce recours
gracieux". Une réponse
lapidaire.
L'association "Pour le libre
accès aux plages et la
défense du littoral"
décide donc de porter
l'affaire devant la justice.
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Le 21 octobre 1999, le
préfet Jean-Pierre Lacroix
confirme personnellement au maire
de Porto-Vecchio que
"l'achèvement de
l'urbanisation de la rive nord du
golfe de Santa Giulia est
légitime".
Il sera démenti par la
cour administrative d'appel de
Marseille, le 15 avril 2004!
En
effet, en cette date, le permis
de construire de la SA Marcellesi
sur la rive nord du golfe de
Santa Giulia a été
annulé.
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Six
février 1998, le préfet de Corse,
Claude Erignac, est assassiné.
Le 13 février 1998, le préfet Bernard
Bonnet arrive en Corse. Le ministre de
l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement
a fait, lui aussi, le voyage. "Le ministre
accompagné de ses collaborateurs m'installe
personnellement à la préfecture
d'Ajaccio", se souvient Bernard Bonnet. Il faut
bien reconnaître que le nouveau préfet
ne perd pas de temps et s'intéresse tout de
suite au dossier du littoral. Un dossier
très sensible.
"Le
16 février, je suspends le Plan
d'Occupation des Sols (POS) de Bonifacio,
pas assez respectueux de l'environnement", nous
explique l'ancien préfet de Corse. Et, le
jeudi 5 mars, le nouveau préfet
défère devant le tribunal
administratif de Bastia, le Plan d'Occupation
des Sols de la commune. "Ce POS était
incompatible avec la loi sur le littoral",
précise Bernard Bonnet. (Et,
effectivement, le tribunal administratif de
Bastia annula, le 10/07/1998, le POS de
Bonifacio, car jugé non conforme à
la loi Littoral).
"Le
préfet estime que le POS adopté
par 'anticipation', le 23 décembre 1997,
par la municipalité de Bonifacio
comporte des 'erreurs manifestes' d'application
du code de l'urbanisme. Il fonde son
argumentation sur une dizaine d'exemples
d'aménagements prévus par le maire
qu'il considère comme incompatibles avec
la loi sur le littoral", écrit à
l'époque Le Monde. "La commune entendait,
en effet, transformer en zones constructibles
des espaces jusqu'alors interdits à tout
aménagement. Ainsi, au lieu-dit Cala
Longa, sur une bande de 3,5 kilomètres,
des maisons individuelles de grand standing
devaient être construites face à la
mer. La préfecture affirme que ce site
est enregistré en 'zone écologique
remarquable'. Le rivage est classé
réserve naturelle de chasse maritime et
les oiseaux y trouvent un espace
protégé. En relevant le même
type de manquement sur des sites comme ceux de
Tonnara ou de Pozzoniello, le préfet
entend, par ce recours devant le tribunal
administratif, bloquer toute extension de
l'urbanisation et le 'mitage' de la côte",
lisait-on dans les colonnes du Monde le
14 mars 1988.
Nous
nous permettons de rappeler à nos lecteurs
que le Plan Local d'Urbanisme de Bonifacio fait
encore de nos jours l'actualité et qu'il
est actuellement attaqué devant la justice
par l'association de défense du littoral
ABCDE. Nous nous permettons aussi de souligner que
le secteur de Cala Longa a désormais acquis
une notoriété certaine.
C'est
en effet ici que Jean Reno, Jacques
Séguéla et l'homme d'affaires Marc
Sulitzer voulaient construire des luxueuses
résidences
avant que le Conseil d'Etat d'abord, et le tribunal
administratif ensuite leur rappellent que la loi
Littoral est toujours en vigueur et que les permis
de construire, délivrés par la
municipalité, ne sont pas conformes. Ils
viennent d'être annulés! (T.A. de
Bastia, 9/10/2008).
Décidément, l'histoire se
répète et les appétits
qu'aiguise le littoral de la cité des
falaises ne sont pas près de
s'atténuer au fil du temps
Déjà en 1998, le maire de Bonifacio
avait réagi avec colère face à
la fermeté du préfet
Bonnet.
La
mairie de Bonifacio, dirigée à
l'époque par Jean-Baptiste Lantieri,
(celui même qui vendra son propre terrain de
la côte Est à Jean Reno, d'abord, et
à Marc Sulitzer ensuite) ne manqua pas une
occasion pour faire état de son
mécontentement.
"Nous
révisons notre POS depuis 1992, cela nous
a coûté plus de 180.000 francs,
et le préfet Erignac avait donné
son accord si nous ouvrions une enquête
d'utilité publique, ce que nous devions
faire au mois de mai", expliqua un proche du
maire au Monde (14 mars 1988). Le journal ne
manqua pas de souligner que "tous les services
de l'Etat présents sur l'île et les
présidents des conseils
généraux et de l'Exécutif
avaient donné leur accord au nouveau POS
de la ville
" Et voilà le
problème!
"J'avais
remis en cause l'accord que mon
prédécesseur, Claude Erignac,
avait personnellement négocié
avec Jean-Baptiste Lantieri, le maire de la
commune, sur les zones constructibles du POS de
Bonifacio. Je me souviens de la très vive
réaction du maire de l'époque", se
rappelle très précisément
Bernard Bonnet
C'est
dans ce contexte qu'un autre permis de lotir, dans
une propriété aujourd'hui très
fameuse est accordé
En effet, le premier avril 1998, un permis de lotir
(1)
est accordé à Monsieur Camille de
Rocca Serra. L'actuel président de
l'assemblée territoriale n'avait pas encore
hérité du fauteuil
présidentiel où siégeait jadis
son père; à l'époque, il ne
disposait que d'un siège au conseil
général ainsi que de la mairie de
Porto-Vecchio. La troisième ville de Corse
est le fief des Rocca Serra. Le pouvoir se transmet
de père en fils. Des pères et des
fils qui veillent jalousement sur le
bien-être et le développement de la
région.
Or,
ce permis de lotir concerne un terrain situé
dans un espace non urbanisé, au beau
milieu de ce qui bientôt devait devenir la
Réserve naturelle des Bouches de
Bonifacio.
Vis-à-vis de la loi Littoral, ce n'est pas
exactement ce qui s'appelle un endroit
constructible!
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Et,
pourtant
aujourd'hui, une soixantaine de
villas de luxe, parmi lesquelles la
célèbre bâtisse de Christian
Clavier, ont poussé de terre comme autant de
champignons. Difficile de le croire, si la loi
Littoral avait été appliquée.
Difficile encore de le croire, quand on sait
qu'à quelques encablures du lotissement de
Monsieur de Rocca Serra, un autre projet immobilier
porté par la SA Marcellesi, dont le patron
est aussi le vice-président de la chambre de
commerce et de l'industrie de la Corse-du-Sud, a
été bloqué par la vigilance du
préfet Bonnet. C'était en d'avril
1999. Juste un an après la délivrance
du permis de lotir à Monsieur de Rocca
Serra. Or,
vis-à-vis de la loi, le projet immobilier de
la SA Marcellesi se retrouvait dans le même
cas de figure que le lotissement de Monsieur
Camille de Rocca
Serra.
Les deux projets immobiliers étant dans des
espaces non urbanisés et donc
inconstructibles. Théoriquement.
Le
premier avril 1998, un permis de lotir est donc
délivré à Monsieur Camille de
Rocca Serra. Le document n'est pas signé
personnellement par le préfet
et
pourtant, le permis de lotir est bien là.
Comment est-ce possible?
Nous
avons posé la question à l'ancien
préfet de Corse. Bernard Bonnet n'a
aucun mal à reconnaître qu'il y a bien
eu une grosse anomalie dans la délivrance du
permis de lotir à l'actuel président
de l'Assemblée territoriale:
"Je
vous confirme que l'autorisation de lotir
accordée à Monsieur Rocca Serra
avait fait l'objet avant mon arrivée de
négociations entre les services
techniques de l'administration et M. Rocca
Serra. Ces négociations avaient abouti
à un accord.
Le
projet était bouclé et
l'arrêté de lotir devait être
mis à la signature du préfet
Claude Erignac lorsqu'est survenu le drame
du 6 février 1998. Je ne me suis pas
senti alors autorisé à revenir sur
cet accord, d'autant plus que je me suis
trouvé au même moment contraint de
remettre en cause un autre accord qui avait
été donné par
l'administration sur le POS de
Bonifacio".
Et
voilà la raison qui a permis à
Monsieur Camille de Rocca Serra de "valoriser",
comme il se plaît à le dire, le
terrain familial de Punta d'Oru. Un terrain qui,
après la délivrance du permis de
lotir, a sûrement rapporté "de l'or" a
son heureux propriétaire!
(1)
Un premier permis de lotir avait déjà
été accordé à Punta
d'Oru à la famille de Rocca Serra en
1988
Deux ans après le vote de la loi
Littoral, approuvée à
l'unanimité en 1986!
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