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Corse: La rumeur passe par Le Point


Par Enrico Porsia

Jeudi 2 août 2007



Le Point du 26/07/2007 annonce en pleine page: "Deal secret avec les nationalistes corses".
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Les fidèles lecteurs d'Amnistia.net ne peuvent pas nous soupçonner d'entretenir des rapports de complaisance avec le responsable du Syndicat des travailleurs corses. Ceci étant dit, nous pouvons témoigner que Monsieur Alain Mosconi n'est pas du genre à fuir les journalistes. Même face à des questions, parfois bien embarrassantes, il ne s'est jamais dérobé. Pourquoi donc nos confrères du Point n'ont pas jugé utile de le contacter, avant de publier un article le mettant en cause? Nous n'avons obtenu de réponse.

En revanche, voici ce que nous communique Alain Mosconi:

<< Pour le moins que l'on puisse dire cet article du Point est surprenant; Soit dans le meilleur des cas son auteur dispose de très mauvaises informations et je l'invite à vérifier ses sources; Soit dans le pire des cas il y a une réelle volonté de nuire et dans ce cas, cela ne peut être que de la déstabilisation voire de la diffamation.

Dans les deux cas cet article ne fait pas honneur à la profession de journaliste.

Sur le fond de l'histoire, il suffit de rappeler que notre action était fixée dans un cadre syndical et qu'elle a été identifiée par tous comme tel. J'en veux pour preuve une motion adoptée à l'unanimité à l'Assemblée de Corse le 29 septembre 2005 dont la teneur est la suivante:

"CONSIDERANT le caractère syndical de l'action menée par le personnel navigant et sédentaire de la S.N.C.M., L'ASSEMBLEE DE CORSE DEMANDE la mise en liberté des quatre marins détenus, ainsi que l'arrêt des poursuites engagées à l'encontre de l'ensemble des syndicalistes de la S.N.C.M.".

De plus le Comité de Soutien que nous avons mis en place regroupe toutes les sensibilités politiques de l'Île, l'ensemble des Organisations Syndicales, de nombreux intellectuels et Artistes, et également des personnes extérieures à la Corse telles que Olivier BESANCENOT, José BOVE, Clémentine AUTAIN ou encore Guy BEDOS. Faudrait-il en conclure, à la lecture de l'article paru dans Le Point, que les membres de cette liste non exhaustive et vérifiable sur notre site "stc-marins.com", ne seraient en fin de compte que des membres de Corsica Nazione? Ou pire encore qu'ils auraient négocié avec le gouvernement un quelconque accord?

Soyons sérieux, dans cette affaire, il n'y a rien à négocier car nous pensons que dans la vie certaines choses ne s'achètent pas, comme par exemple notre conscience.

Pour nous les choses sont simples, l'Etat devra choisir entre respecter le vote de l'Assemblée de Corse en arrêtant les poursuites ou sanctionner devant une cours de justice des syndicalistes qui n'ont commis ni crimes ni délits. Autrement dit l'Etat devra assumer ses responsabilités, comme nous nous assumerons les nôtres>>.

Alain Mosconi, secrétaire national du Syndicat des travailleurs corses-Marins


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D
ans son édition du 26 juillet 2007, Le Point annonce en pleine page: Deal secret avec les nationalistes corses.
Selon des indiscrétions recueillies par Jean-Michel Decugis et Romain Gubert, journalistes d'investigation de l'hebdomadaire, et publiées à l'aide d'un conditionnel incertain, des tractations seraient en cours entre le gouvernement et les nationalistes.
Ces derniers, représentés par une frange "proche de Corsica Nazione Indipendente auraient promis le calme sur l'île, au moment où les projets immobiliers se multiplient". En échange, "les pouvoirs publics devraient, courant septembre, retirer leur plainte contre Alain Mosconi et trois autres leaders nationalistes corses", qui avaient, en septembre 2005, en plein conflit social contre la privatisation de la SNCM, détourné le ferry Pascal Paoli.

Il faut bien le reconnaître: la nouvelle délivrée par Le Point n'est pas légère…
Les deux journalistes mettent en cause quatre syndicalistes.
Ils affirment que ces derniers seraient au centre d'un deal secret.

Loin de nous l'idée de penser que l'actuel gouvernement, soucieux, de ne pas gâcher l'Etat de grâce estival, du nouveau président de la République, n'ait pas donné son feu vert à des négociations. Selon nos informations, en effet, des contacts ont été noués. Des discussions se déroulent en ce moment même, via les 4 députés de l'île, dont 2 ultra-sarkozistes. Ils ont rencontré le 25 juillet dernier les représentants du "comité anti-répression" (organisation publique d'aide aux prisonniers), non pas dans la pénombre du maquis corse, mais bel et bien dans l'enceinte de l'Assemblée nationale. Une première! Difficile d'imaginer que cette initiative n'ait pas reçu la bénédiction de l'Elysée.
Seulement voilà, les sujets des discussions, ne portent nullement sur le retrait de la plainte de la part de l'Etat contre les syndicalistes du Syndicat des travailleurs corses (STC), mais uniquement sur le sort des prisonniers corses appartenant aux différentes mouvances clandestines, qui purgent actuellement leurs peines dans différents établissements pénitentiaires de l'Hexagone.

Doit-on crier au scandale, pour autant? Nous ne le pensons pas.
Quelle raison justifierait, en effet, de punir aussi les familles des détenus corses,
obligées à engager des lourds frais de transport pour rendre visite à leurs proches qui purgent leurs peines sur le continent? Quelle raison… sinon celle, bien cynique, d'offrir un argument aux différents partisans des actions militaires, qui leur permettrait de s'appuyer sur la douleur, compréhensible, qui touche les familles de détenus, afin de légitimer la violence?

Mais, pourquoi donc Le Point a-t-il pointé d'aussi énormes projecteurs sur le syndicaliste Alain Mosconi, qui s'est fait remarquer par son seul engagement syndical, non-violent?
Pourquoi, deux journalistes d'investigation d'un grand hebdomadaire français ont-ils balancé un article, borduré par l'utilisation du conditionnel, sans même se donner la peine de contacter le syndicaliste corse qu'ils mettent en cause, afin de recueillir sa réaction, avant publication?
Déontologiquement, il faut bien l'admettre, ce n'est pas un exploit.

Alain Mosconi, tout comme les autres syndicalistes du STC, qui ont détourné le Pascal Paoli, sans armes ni cagoules, bénéficient d'une solidarité publique très importante.
Leur comité de soutien affiche en effet, côte à côte, des personnalités venant d'horizons très divers. Olivier Besancenot, le porte-parole de la LCR ou encore José Bové, le syndicaliste agricole, jusqu'aux organisations syndicales CGT, FO, CFDT… Parmi les nombreux signataires du comité de soutien aux marins STC, on trouve même Stéphanie Grimaldi, maire UMP, sarkoziste, de La Porta et membre de l'exécutif de l'assemblée de Corse.
Mais ce n'est pas tout. Une motion a été votée, à l'unanimité, par les élus de l'île demandant que les poursuites judiciaires à l'encontre des syndicalistes soient retirées. Au sein de leur entreprise, la SNCM, les "mutins" du Pascal Paoli peuvent compter sur la solidarité, sans faille, de la puissante CGT-marins.

"Nous ne permettrons pas que des syndicalistes, qui n'ont commis aucune action criminelle, soient traînés devant une cour d'assises", nous déclare, sans ambiguïté aucune, Bernard Marty, secrétaire fédéral maritime CGT et secrétaire du comité d'entreprise de la SNCM.

Face à cette solidarité syndicale, la direction de la SNCM qui, dans un premier temps, s'était portée partie civile contre les militants corses, a retiré sa plainte. La décision nous paraît sage.
D'autant plus que,
comme nous l'avions déjà écrit dans notre édition du 2 mars 2006, le détournement du Pascal Paoli n'avait rien d'une action clandestine. En effet, les Renseignements généraux connaissaient depuis au moins la veille, les intentions des syndicalistes. Cette honorable administration avait, comme il se doit, mis au courant le préfet des Bouches-du-Rhône de l'action symbolique que préparaient les "mutins". Ces informations, nous tenons à le souligner, publiées par Amnistia.net n'ont jamais été démenties.

Soyons réalistes, et posons-nous la question: quel bénéfice pourraient tirer les syndicalistes du STC d'une intervention diplomatique clandestine, alors qu'ils sont protégés par un comité de soutien aussi vaste, alors qu'ils n'ont nullement l'intention de se dérober, ni d'agir dans l'ombre? Honnêtement, la réponse est: Aucune.
Posons-nous encore une question: est-il réaliste de penser que des émissaires clandestins aient posé sur la table des négociations le seul sort des syndicalistes du STC?
En oubliant au passage de demander que les prisonniers appartenant à la mouvance clandestine puissent "bénéficier" de purger leur peine dans un établissement pénitentiaire de l'île?
Inimaginable. Cette revendication est une pierre angulaire du mouvement national corse.

Pourquoi donc, une source mystérieuse, a-t-elle attiré l'attention des journalistes du Point, en laissant entendre que les actuelles négociations entre le gouvernement et "des nationalistes proches de Corsica Nazione" auraient comme seul objet le sort d'Alain Mosconi, et de "trois autres leaders nationalistes corses"? Nous tenons à préciser à nos lecteurs que, de nos jours, parler de Corsica Nazione équivaut à parler d'une structure en pleine mutation, car ce mouvement politique est parcouru par des profondes divisions qui pourraient même déboucher sur une scission. Une information, que le journaliste, d'investigation, du Point, Jean-Michel Decugis, que nous avons dûment contacté, ignorait complètement.

Pour quelle raison donc, une source mystérieuse a-t-elle livré à des journalistes, visiblement trop pressés pour la vérifier, une information bien curieuse? Peut-être bien pour tenter d'empêcher l'élaboration d'une solution juridique écartant la menace pénale qui pèse sur les syndicalistes… Ne s'agirait-il pas d'une manœuvre, malveillante, dont, involontairement, ont été victimes nos confrères du Point?
Une manœuvre visant à faire capoter la retraite des poursuites judiciaires à l'encontre des syndicalistes, afin d'entraîner, encore une fois, la SNCM dans des eaux troubles?

Imaginons, en effet, les conséquences d'une condamnation des syndicalistes du STC, qui, outre à la perte de leur emploi, risquent la bagatelle de trente ans de prison, pour avoir détourné un navire.
Bien entendu, le FLNC pourrait se sentir "autorisé" à réagir. Il pourrait justifier ainsi sa gesticulation armée en opérant un véritable kidnapping politique sur une action syndicale non-violente.
Mais ce n'est pas tout. La condamnation des militants du STC serait, aussi, une condition immédiate pour un conflit au sein même de l'entreprise. Comment les autres syndicats pourraient ne pas réagir? Comment ne pas imaginer que la SNCM puisse échapper à une grève de solidarité avec les marins corses? Avec quelles conséquences? Décrédibiliser aux yeux de l'opinion publique la SNCM. Offrir au fonds d'investissement Butler Capital Partners et à la multinationale Veolia, les deux repreneurs privés, un prétexte pour abandonner l'ex-compagnie publique, partiellement privatisée, en réalisant une consistante plus-value au passage.

Comment ne pas imaginer, enfin, qu'une telle situation ne puisse favoriser le rival historique de la SNCM, la mystérieuse Corsica Ferries? La compagnie maritime contrôlée par un holding suisse, à l'opacité à toute épreuve, dispose, faut-il le souligner, de solides réseaux insulaires. Elle a même été autorisée à concourir à l'appel d'offres pour la desserte maritime entre la Corse et Marseille alors qu'elle n'avait même pas rempli les conditions nécessaires pour pouvoir se porter candidate, comme nous l'a affirmé, avec une nonchalance surréaliste, Monsieur Yves Carsalade, le directeur de l'Office des transports de la Corse (voir notre édition du 26 juin 2007).

Une chose est certaine: Si le gouvernement ne devait pas faire preuve de responsabilité, en acceptant de considérer que l'action menée par les syndicalistes du STC s'inscrit dans le contexte tendu dans lequel Monsieur de Villepin avait imposé la privatisation d'une compagnie publique aux potentialités performantes, alors, la provocation envers le monde syndical serait évidente.
Il est tout aussi vrai, que les apprentis sorciers désireux de voir s'embraser la Corse, et Marseille, ne manquent pas.



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