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En
prononçant son discours devant la
collectivité territoriale de Corse, le
président de la République nous a
quelque peu surpris.
Nicolas Sarkozy a en effet bien voulu souligner son
opposition a tout système
clanique:
"L'avenir
de la Corse n'est pas une affaire de clan - a-t-il
affirmé - les clans ont fait beaucoup de
mal à la Corse". Nous sommes
entièrement d'accord, mais il y a un
hic.
Pour
quelle raison, l'ancien ministre de
l'Intérieur, s'est-il toujours appuyé
sur les dynasties familiales de l'île
pour mener à bien sa politique en Corse?
Qui est le principal relais sarkozyste sur
l'île de Beauté, sinon la famille de
Rocca Serra, dont Camille a hérité du
fauteuil de son père à la
présidence de l'assemblée de
l'île?
Le
président de la République s'est
aussi clairement prononcé pour le maintien
de la loi littoral
tout en demandant aux
clans qui détiennent le pouvoir de la
collectivité de l'île
d'accélérer la mise en place du Plan
d'aménagement et de développement
durable de la Corse (PADDUC).
Un plan qui prévoit
précisément le
démantèlement des espaces
remarquables
Enfin,
le président de la République s'est
fait un devoir de dénoncer une "curieuse
conception du service public", qui
empêcherait que l'île soit desservie
par des compagnies aériennes low-cost. "Je
ne comprends pas pourquoi l'ensemble du territoire
français peut aujourd'hui trouver des vols
à trente euros sur des compagnies à
bas coût, sauf la Corse".
Le
chef de l'Etat a donc proposé que "la
révision des obligations [de service
public] en 2008 soit l'occasion de les
structurer différemment pour laisser une
place aux compagnies low-cost". "Ce pourra aussi
être l'occasion de se demander s'il est
indispensable de consacrer chaque année de
telles sommes aux subventions de continuité
territoriale", a-t-il ajouté.
Nous
connaissons bien ces arguments. Ils avaient
été déjà
développés, en 2006, d'une
façon identique, par l'héritier du
clan du Sud de l'île, et ami personnel du
président. A l'époque, nous avions
déjà expliqué à nos
fidèles lecteurs l'arnaque intellectuelle
que cachaient ces propos (voir notre dossier
Transformer
l'argent public en
béton):
<<
"Le transport aérien - précise M.
de Rocca Serra - est également
aberrant et handicape le développement
touristique de l'île".
La
liaison Paris-Corse "a été
attribuée, en 2005, à Air France,
dans le cadre d'une délégation de
service public", souligne M. de Rocca Serra.
"Cette délégation fait sens sur le
bord à bord mais pas sur Paris, où
elle élimine toute concurrence et
maintient des tarifs prohibitifs",
précise le président de
l'assemblée de Corse.
C'est
quand même extraordinaire! Les tarifs
affichés actuellement par le groupe Air
France entre la France et la Corse sont les
moins chers (par kilomètre parcouru)
de toute l'Union européenne, pour des
lignes régulières et
subventionnées. Et, pourtant, M. de Rocca
Serra prétend que ces prix
pratiqués seraient "prohibitifs"...
handicapants pour le développement
touristique...
"Nous
militons pour un système souple de l'aide
au passager sur Paris qui nous permettrait
d'accéder à une clientèle
plus internationale. C'est pourquoi nous
allons favoriser l'ouverture de liaisons
à bas coûts à
l'international". Monsieur de Rocca Serra
"milite" pour favoriser des liaisons à
bas coût
des liaisons
internationales... c'est très
intéressant
Mais qu'est-ce qui
empêche aujourd'hui une compagnie low-cost
d'ouvrir une ligne vers la Corse? Rien. Elle
peut le faire de Paris-Roissy, tout comme de
Londres, Barcelone, Rome ou Bruxelles... Et
pourtant, il n'y a pas une seule low-cost
à l'horizon dans le ciel de Corse.
Pourquoi?
Non
pas parce que Monsieur de Rocca Serra n'a pas
assez "milité" à faveur de la
question.
Mais bel et bien parce que la Corse
possède la bagatelle de 4
aéroports. Ainsi, le volume des passagers
transportés est morcelé sur les
quatre escales.
Prenons
un exemple: une compagnie low-cost ouvre une
ligne, irrégulière, entre un point
de départ et un autre
d'arrivée. Si elle se positionne,
disons, sur Paris-Bastia, elle ne peut pas
desservir aussi Ajaccio, Calvi et Figari. Sauf
à vouloir ouvrir quatre comptoirs. Un
choix s'impose. Il est aisément
compréhensible que le marché de la
Corse n'est pas un marché attractif pour
ces compagnies bon marché.
Même
en été, quand la demande est au
plus haut, aucune low-cost n'ira s'aventurer
à ouvrir une ligne vers une île
comportant quatre escales qui fractionnent
le volume des passagers. Quant à la
saison hivernale
260.000 habitants pour
quatre aéroports... soyons
réalistes: une compagnie low-cost
changera immédiatement de cap.
Voilà la raison pour laquelle aucune
compagnie à bas coût n'a pas encore
envisagé à atterrir sur
l'île de Beauté.>>
Et
ceci même si le président de la
République fait mine de ne pas "le
comprendre".
Le
véritable problème ne serait-il pas
celui de rétrécir le budget
destiné aux transports pour
économiser? Réduire le service
public, déspécialiser les
économies réalisées sur
l'enveloppe de continuité territoriale pour
les injecter dans autant de subventions
destinées à l'économie,
privée, du tout-tourisme
Pourquoi
le président Sarkozy fait mine de ne pas
savoir?
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