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Sarko en Corse: Les clans, la loi littoral, et l'enveloppe de continuité territoriale


Mercredi 31 octobre 2007



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En prononçant son discours devant la collectivité territoriale de Corse, le président de la République nous a quelque peu surpris.
Nicolas Sarkozy a en effet bien voulu souligner son opposition a tout système clanique:

"L'avenir de la Corse n'est pas une affaire de clan - a-t-il affirmé - les clans ont fait beaucoup de mal à la Corse". Nous sommes entièrement d'accord, mais il y a un hic.

Pour quelle raison, l'ancien ministre de l'Intérieur, s'est-il toujours appuyé sur les dynasties familiales de l'île pour mener à bien sa politique en Corse?
Qui est le principal relais sarkozyste sur l'île de Beauté, sinon la famille de Rocca Serra, dont Camille a hérité du fauteuil de son père à la présidence de l'assemblée de l'île?

Le président de la République s'est aussi clairement prononcé pour le maintien de la loi littoral… tout en demandant aux clans qui détiennent le pouvoir de la collectivité de l'île d'accélérer la mise en place du Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC).
Un plan qui prévoit précisément le démantèlement des espaces remarquables…

Enfin, le président de la République s'est fait un devoir de dénoncer une "curieuse conception du service public", qui empêcherait que l'île soit desservie par des compagnies aériennes low-cost. "Je ne comprends pas pourquoi l'ensemble du territoire français peut aujourd'hui trouver des vols à trente euros sur des compagnies à bas coût, sauf la Corse".

Le chef de l'Etat a donc proposé que "la révision des obligations [de service public] en 2008 soit l'occasion de les structurer différemment pour laisser une place aux compagnies low-cost". "Ce pourra aussi être l'occasion de se demander s'il est indispensable de consacrer chaque année de telles sommes aux subventions de continuité territoriale", a-t-il ajouté.

Nous connaissons bien ces arguments. Ils avaient été déjà développés, en 2006, d'une façon identique, par l'héritier du clan du Sud de l'île, et ami personnel du président. A l'époque, nous avions déjà expliqué à nos fidèles lecteurs l'arnaque intellectuelle que cachaient ces propos (voir notre dossier Transformer l'argent public en béton):

<< "Le transport aérien - précise M. de Rocca Serra - est également aberrant et handicape le développement touristique de l'île".

La liaison Paris-Corse "a été attribuée, en 2005, à Air France, dans le cadre d'une délégation de service public", souligne M. de Rocca Serra. "Cette délégation fait sens sur le bord à bord mais pas sur Paris, où elle élimine toute concurrence et maintient des tarifs prohibitifs", précise le président de l'assemblée de Corse.

C'est quand même extraordinaire! Les tarifs affichés actuellement par le groupe Air France entre la France et la Corse sont les moins chers (par kilomètre parcouru) de toute l'Union européenne, pour des lignes régulières et subventionnées. Et, pourtant, M. de Rocca Serra prétend que ces prix pratiqués seraient "prohibitifs"... handicapants pour le développement touristique...

"Nous militons pour un système souple de l'aide au passager sur Paris qui nous permettrait d'accéder à une clientèle plus internationale. C'est pourquoi nous allons favoriser l'ouverture de liaisons à bas coûts à l'international". Monsieur de Rocca Serra "milite" pour favoriser des liaisons à bas coût… des liaisons internationales... c'est très intéressant… Mais qu'est-ce qui empêche aujourd'hui une compagnie low-cost d'ouvrir une ligne vers la Corse? Rien. Elle peut le faire de Paris-Roissy, tout comme de Londres, Barcelone, Rome ou Bruxelles... Et pourtant, il n'y a pas une seule low-cost à l'horizon dans le ciel de Corse. Pourquoi?

Non pas parce que Monsieur de Rocca Serra n'a pas assez "milité" à faveur de la question.
Mais bel et bien parce que la Corse possède la bagatelle de 4 aéroports. Ainsi, le volume des passagers transportés est morcelé sur les quatre escales.

Prenons un exemple: une compagnie low-cost ouvre une ligne, irrégulière, entre un point de départ et un autre d'arrivée. Si elle se positionne, disons, sur Paris-Bastia, elle ne peut pas desservir aussi Ajaccio, Calvi et Figari. Sauf à vouloir ouvrir quatre comptoirs. Un choix s'impose. Il est aisément compréhensible que le marché de la Corse n'est pas un marché attractif pour ces compagnies bon marché.

Même en été, quand la demande est au plus haut, aucune low-cost n'ira s'aventurer à ouvrir une ligne vers une île comportant quatre escales qui fractionnent le volume des passagers. Quant à la saison hivernale… 260.000 habitants pour quatre aéroports... soyons réalistes: une compagnie low-cost changera immédiatement de cap. Voilà la raison pour laquelle aucune compagnie à bas coût n'a pas encore envisagé à atterrir sur l'île de Beauté.>>

Et ceci même si le président de la République fait mine de ne pas "le comprendre".

Le véritable problème ne serait-il pas celui de rétrécir le budget destiné aux transports pour économiser? Réduire le service public, déspécialiser les économies réalisées sur l'enveloppe de continuité territoriale pour les injecter dans autant de subventions destinées à l'économie, privée, du tout-tourisme…

Pourquoi le président Sarkozy fait mine de ne pas savoir?



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