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La suite de notre dossier exclusif: Guerre maritime pour la conquête de l'île
SNCM et Corsica Ferries: Le choc final
Première partie - Deux petits navires pour un marché à 100 millions - La réponse est dans l'appel d'offres


Par Enrico Porsia

Jeudi 21 juin 2007


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Le 7 juin 2007, dans la ligne de la décision du Conseil d'Etat qui a débouté Corsica Ferries, la Collectivité territoriale de Corse (CTC) a officiellement attribué à l'alliance SNCM/CMN (Compagnie Méridionale de Navigation) la délégation de service public pour la desserte maritime Marseille-Corse, jusqu'en décembre 2013. La guerre maritime entre Corsica Ferries et la SNCM est définitivement terminée? Pas si sûr... Nous vous invitons à regarder de plus près.


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La première partie de "Corse: Guerre maritime pour la conquête de l'île - Qui veut couler la SNCM?"


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Deuxième partie: Transformer l'argent public en béton!

Première partie: Qui veut couler la SNCM?

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"C'est impossible!" Le visage fermé, la voix incrédule, le journaliste de l'AFP vient d'apprendre la sentence du Conseil d'Etat: la plus haute instance juridique administrative vient de rejeter, lundi 4 juin 2007, la requête de Corsica Ferries, contre la procédure d'attribution de la délégation de service public pour la liaison Marseille-Corse. La veille, le Commissaire du gouvernement avait pourtant plaidé pour l'annulation de toute la procédure… Fait rarissime, son argumentation n'a pas été retenue.

"Si je ne croyais pas que la magistrature est indépendante, je pourrais penser que le gouvernement n'a pas pris le risque de voir se déclencher un conflit social à la veille du premier tour des législatives". Le journaliste du service économique de l'AFP, visiblement choqué par la sentence, nous livre ainsi son sentiment.

"N'avez-vous pas remarqué que la requête formulée au Conseil d'Etat était déposée par une société inexistante, qui s'appelle Corsica Ferries (voir notre édition du 15.02.2006 et notre article L'extravagante publicité de Corsica Ferries)?"
"Comment ça?" nous questionne, déconcerté, le journaliste du service économique de l'Agence France Presse.

Deux petits navires pour un marché à 100 millions

"Bien, oui, la requête au Conseil d'Etat que vous avez dans les mains a bien été formulée par 'Corsica Ferries'. Or, il suffit de faire une recherche sur le registre de commerce pour s'apercevoir qu'aucune société correspondant au nom exact de Corsica Ferries n'a jamais été immatriculée. Tout au plus, vous trouverez une société répondant au nom de Corsica Ferries France SA, mais savez-vous de quelle flotte elle dispose?"
"Non…" nous répond notre confrère.

"Elle ne possède que deux navires, deux petits navires, deux NGV (voir notre édition du 06.09.2006). Or, pouvez-vous m'expliquer comment une telle entreprise peut prétendre gagner l'appel d'offres pour la desserte maritime entre Marseille et la Corse? Ne trouvez-vous pas surréaliste que sur la très officielle sentence du Conseil d'Etat apparaisse un simple nom commercial, Corsica Ferries, qui n'a pourtant aucune existence juridique?"


La requête au Conseil d'Etat a été formulée par une société inexistante. En fait, Corsica Ferries est un simple nom commercial. La seule société immatriculée au registre de commerce est Corsica Ferries France SA, qui ne possède que deux petits navires.

Décidément, notre confrère, ne connaît pas l'architecture très complexe qui se cache derrière le nom commercial de Corsica Ferries et n'arrive même pas à saisir la pertinence de notre question. Elle est pourtant simple: comment est-il possible qu'une société se présentant avec un nom inexact (Corsica Ferries n'existe pas, seul Corsica Ferries France a une existence juridique) ne possédant que deux petits bateaux, puisse s'aligner pour remporter un appel d'offres à 100 millions d'euros par an, nécessitant au moins une dizaine de navires?

La réponse est dans l'appel d'offres

La réponse à cette question, qui peut paraître surréaliste, il faut aller la chercher dans "le règlement particulier d'appel d'offres" rédigé par l'OTC, l'Office des transports de la Corse.

En effet, le deuxième paragraphe de l'article 4 autorise, implicitement, la subdélégation. Pour être clair, il offre la possibilité, pour l'entreprise qui répond à l'appel d'offres, de sous-traiter auprès d'autres entreprises maritimes une partie du service qu'elle propose.


Le "règlement particulier" autorise, implicitement, la subdélégation, c'est-à dire la possibilité, pour l'entreprise qui répond à l'appel d'offres, de sous-traiter auprès d'autres entreprises maritimes une partie du service qu'elle propose.
Le "règlement particulier" prévoit aussi la possibilité que l'entreprise qui répond à l'appel d'offres, puisse faire recours à une société d'armement. En clair: une compagnie qui répond à l'appel d'offres, pourrait ne pas être propriétaire, ni avoir la charge de la gestion "nautique" d'un ou de tous les navires qui naviguent pour elle, mais peut recourir à une sous-traitance auprès d'un armateur pour leur équipement et/ou gestion.
Il faut bien reconnaître que la transparence n'est pas forcément la première vertu qui est requise…
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Mais ce n'est pas tout. Si on lit attentivement le troisième paragraphe, on remarque que le cahier des charges présenté par l'Office des transports de la Corse prévoit la possibilité que l'entreprise qui répond à l'appel d'offres, puisse faire recours à une société d'armement, pour l'exploitation de tout ou partie des navires mis à disposition.

En clair: une compagnie qui répond à l'appel d'offres, pourrait ne pas être propriétaire, ni avoir la charge de la gestion "nautique" (le fonctionnement du bateau) d'un ou de tous les navires qui naviguent pour elle, mais peut recourir à une sous-traitance auprès d'un armateur pour leur équipement et/ou gestion.

C'est ainsi qu'une société qui affrète uniquement des navires qui sont possédés par une autre société et qui sont armés par une troisième société, peut se présenter tranquillement pour concourir à la délégation de service public. Il faut bien reconnaître que la transparence n'est pas forcément la première vertu qui est requise… Quant aux garanties exigées pour des bateaux qui transportent plusieurs centaines de passagers - jusqu'à plus de deux mille pour les plus grands… il faut bien admettre qu'elles sont un peu minces…

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L'intégralité du dossier PDF est déjà disponible dans l'espace abonnés et au moyen du service AlloPass. En voici le sommaire:

- Deux petits navires pour un marché à 100 millions
- La réponse est dans l'appel d'offres
- La clause N°3 du règlement a-t-elle été respectée?
- Les comptes de Corsica Ferries...
- "Monsieur, vous m'emmerdez, au revoir…"

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