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L'extravagante publicité de Corsica Ferries


Par Enrico Porsia

Mercredi 6 septembre 2006



La fiche du Registre du commerce de Genève de la société Lozali SA.

Lozali SA, le holding de tête du groupe, est solidement barricadé, à l'abri des Alpes suisses. Il ne publie pas ses comptes, et n'autorise même pas Pierre Mattei (directeur général de Corsica Ferries France SA) à communiquer sur ses activités.
"Lozali SA, est-il en actif ou en passif?" A cette simple question, Pierre Mattei nous a répondu: "No comment".


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Document: La "torpille" envoyée contre la SNCM par la CMN

Tout le Dossier Corse

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Notre dossier PDF de 41 pages à télécharger

Première partie: Qui veut couler la SNCM?

Deuxième partie: Transformer l'argent public en béton!

Voir le sommaire

C
orsica Ferries joue gros. Ou bien la compagnie italo-corso-suisse arrive à couler la SNCM, en réussissant avec sa nouvelle alliée, la Compagnie Méridionale de Navigation (CMN), à ravir à l'ex-compagnie publique des lignes entre Marseille et la Corse, ou bien, "les bateaux jaunes" pourraient bien avoir quelques soucis à se faire...

En effet, après quarante ans de positionnement, sur un marché bien limité, qui est celui de l'île de Beauté, comment ne pas imaginer que la ligne de flottaison des "bateaux jaunes" ne soit pas en train de sombrer sous les vagues des lourds investissements effectués?

Rappelons-nous. En 1998, le holding de tête de la galaxie correspondant au nom commercial Corsica Ferries était basé au Luxembourg et s'appelait Tourship Group. En 1999, le tribunal de Luxembourg menaçait Tourship Group de liquidation judiciaire, la société enregistrant des pertes égales "aux trois quarts du capital social" et connaissant même "une absence de fonds propres".

Le 27 janvier 2000, le cabinet Deloitte et Touche, réviseur d'entreprises, précisait qu'en raison "de l'incertitude résultant de la dégradation de la situation financière de Tourship group SA, nous ne pouvons pas nous exprimer sur les comptes consolidés".

Le 23 janvier 2001, Marc Muller, commissaire aux comptes luxembourgeois écrivait aux actionnaires de Tourship Group: "La perte cumulée au 31 décembre 2000 dépasse les trois quarts du capital social ce qui entraîne… l'obligation pour les actionnaires de se prononcer quant à la question de la continuation de l'activité de la société" (voir notre édition du 07/03/2006).

Le cabinet d'analyse financière Alpha Secafi, après avoir réalisé plusieurs rapports, en 2000, 2003 et 2004, sur Corsica Ferries et les holdings Tourship Group et Lota Maritime, précisait qu'il existait des "interrogations sur la partie maritime des résultats (…) la partie maritime enregistre des pertes de près de 8 millions d'euros". Noir sur blanc (voir notre édition du 14/03/2006).

Quelle est donc exactement l'actuelle situation de Corsica Ferries? Personne ne peut répondre.
Le holding de tête du groupe s'appelle désormais Lozali SA, est domicilié en Suisse et ne publie pas ses comptes (
voir notre édition du 17/03/2006).

Une chose est sûre:
La décision des élus de l'île concernant l'appel d'offres des lignes vers Marseille est primordiale pour l'avenir de la compagnie.
Corsica Ferries en est parfaitement consciente.

"Par souci de transparence et d'équité à l'égard des Corses"

Le neuf août 2006, les lecteurs de Corse Matin ont pu découvrir, dans une page entière de l'unique quotidien insulaire, "les points essentiels" détaillant les arguments de la compagnie appelée communément Corsica Ferries. La compagnie maritime s'était payé un encart publicitaire d'une pleine page pour bien expliquer, "par souci de transparence et d'équité à l'égard des Corses et de ses clients", la proposition qu'elle venait de déposer en réponse à l'appel d'offres lancé par la Collectivité territoriale de l'île.

"Seule compagnie à avoir son siège en Corse, Corsica Ferries fait une offre pour assurer les traversées..." ainsi débute la pub. Et, à vrai dire, malgré "le souci de transparence", elle débute mal.

Une compagnie corse?

Il n'existe aucune compagnie maritime correspondant au nom exact de Corsica Ferries. Il existe, et c'est vrai, une compagnie s'appelant Corsica Ferries France SA, dont le siège est à Bastia. Cette société est, à son tour, contrôlée par un holding intermédiaire qui s'appelle Lota Maritime, dont le siège est également à Bastia. Mais, il y a un hic. Dans les comptes consolidés de Lota Maritime n'apparaissent que deux navires. Il s'agit de deux NGV (navires à grande vitesse). Les plus petits de la flotte.

Qui contrôle donc les huit autres bateaux qui apparaissent en annexe dans les comptes du holding bastiais Lota Maritime? C'est le holding de tête du groupe, Lozali SA, nous a affirmé Pierre Mattei, le directeur général de Corsica Ferries France. Le holding n'est pas domicilié en Corse, mais bel et bien à Genève. En Suisse.

Quant au principal armateur de la flotte des "bateaux jaunes", qui battent, tous, pavillon italien, il s'appelle Forship SPA. Aujourd'hui, Forship SPA, arme neuf bateaux de Corsica Ferries (source: le Registre Italien Naval, RINA).

Forship SPA est une société basée à Gênes, en Italie, et son président n'est d'autre que le Docteur Ronald Zacharias… qui est aussi le vice-président du holding suisse Lozali SA!

Où est donc le vrai siège social de Corsica Ferries?
A Gênes ou a Genève ?
Par "souci de transparence" nous aimerions bien le savoir.

"Un actionnariat familial corse et stable"


Le 23 janvier 2001, Marc Muller, commissaire aux comptes luxembourgeois écrivait aux actionnaires de Tourship Group (l'ancien holding de tête de Corsica Ferries avant Lozali SA): "La perte cumulée au 31 décembre 2000 dépasse les trois quarts du capital social ce qui entraîne… l'obligation pour les actionnaires de se prononcer quant à la question de la continuation de l'activité de la société".

Corsica Ferries se définit avec fierté: "Une entreprise avec un actionnariat familial corse et stable empêchant tout accident ou stratégie boursière". Décidément nous ne comprenons pas en quoi un tel type "d'actionnariat familial", fût-t-il corse, puisse mettre une société à l'abri d'un coup de tabac.

Nous nous permettons néanmoins de souligner que dans l'actionnariat historique du groupe, le holding Tourship Group SA, affichait bien une famille, la famille Lota, majoritaire… si toutefois on regroupait les actions de tous les membres de la famille! Mais, le plus gros actionnaire était bel et bien une banque. Plus précisément la Banque du Gothard.

Cette banque suisse était autrefois la propriété du Banco Ambrosiano, la banque proche du Vatican qui était aussi soumise à l'influence d'un certain Licio Gelli, le grand maître de la loge maçonnique occulte et putschiste P2.

Comme nous le rappelions dans notre dossier Guerre maritime pour la conquête de l'île:
La banque du Gothard a été citée dans plusieurs affaires financières bien opaques: depuis le crack du Banco Ambrosiano, jusqu'au Kremlin-Gate, l'énorme scandale financier mondial de l'époque Eltsine.

Aujourd'hui qui possède quoi dans Corsica Ferries?
Pourquoi ni le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie français, ni la Collectivité territoriale de Corse ne demandent-ils tous les comptes de Corsica Ferries, à commencer par ceux du holding de tête du groupe, Lozali SA?

Cette démarche ne serait pas extraordinaire vis-à-vis d'une société, coiffée par un holding suisse, qui perçoit néanmoins des subventions financées par les contribuables français.

"Un accord d'entreprise avec ses syndicats italiens"


Pendant l'instruction du dossier pour l'autorisation à la recapitalisation de la SNCM, en 2003, la Commission européenne a écouté toutes les parties en cause.

Corsica Ferries attirait l'attention de la Commission européenne sur le fait que, selon elle, le marins de la SNCM sont "mieux traités que ce qu'exigent les conventions collectives". Ceci en dit long sur la politique salariale de l'entreprise aux "bateaux jaunes", battant pavillon italien…

Dans cette même page publicitaire, la compagnie aux "bateaux jaunes" affirme fièrement: "Une réglementation et un accord d'entreprise avec ses syndicats italiens garantissent un service sans interruption. Grâce à un accord constant avec ceux-ci, la compagnie n'a connu aucun jour de grève depuis sa création".

Aucun jour de grève... un accord avec des syndicats italiens: mais où est donc la "corsisation des emplois", revendication si chère aux nationaux-corsistes, qui naviguent autour de Corsica Ferries?

Où se cachent tous les emplois affichés dans la pub?

Corsica Ferries se vante, dans sa pleine page publicitaire, d'avoir créé 292 emplois sur l'île. Où sont-ils?

En se basant sur les données publiques du registre de commerce, et qui datent de 2004, il apparaît que: Corsica Ferries France SA, emploie 142 personnes. Le holding Lota Maritime: 4 personnes. La filiale EGM, Entreprise Générale Maritime, emploie: 24 personnes. Cela nous fait, 170 personnes en tout. Où se cachent les 122 emplois supplémentaires affichés dans la pub?

Il est important de souligner que les données relatives aux employés de 2005 ne sont pas publiées sur les comptes que Corsica Ferries France, Lota Maritime et l'Entreprise Générale Maritime ont déposé auprès du Tribunal de commerce.
Il est tout aussi intéressant de remarquer que les comptes relatifs à l'activité de 2005 de ces trois sociétés, viennent tout juste d'être déposés... en cette fin de mois d'août 2006!

La seule compagnie à avoir été condamnée pour dégazage volontaire

Corsica Ferries se fait un point d'honneur de rappeler qu'elle a "supprimé les sacs plastiques de ses boutiques et imposé le papier recyclé pour toutes ses impressions". La compagnie maritime tient particulièrement à souligner son engagement "dans le développement durable".

C'est quand même extraordinaire! Forship SPA, société du groupe Lota Maritime-Corsica Ferries-Lozali SA a le triste honneur d'être la seule compagnie à avoir été condamnée, le 8 juin 2005, à 490.000 euros d'amende.

Notre dossier PDF de 41 pages à télécharger

Première partie: Qui veut couler la SNCM?

Deuxième partie: Transformer l'argent public en béton!

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La raison de cette sentence? Dégazage, volontaire, au large du Cap Corse!

"Rester vigilante pour apprécier la transparence"

Au fond de la pleine page publicitaire, on peut lire: "Corsica Ferries saura rester vigilante pour apprécier la transparence des choix qui engagent durablement l'avenir des transports et de l'économie corses"; c'est écrit en gras.

A qui est donc destinée cette phrase, qui ressemble à une mise en garde? Aux élus de l'assemblée de Corse?
Pourquoi ce "souci de transparence" qui anime Corsica Ferries ne lui impose-t-elle pas de rendre publique, aux élus de l'île, l'intégralité des comptes de toutes ses sociétés, qu'elles soient domiciliées à Gênes, ou bien à Genève?

Nous attendons la réponse.











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