"Le sous-marin a heurté le fond de la mer", avait en effet déclaré le commandant Kate Mueller, porte-parole de la Sixième flotte US. "Le gouvernail et la partie inférieure du sous-marin ont subi des dégâts, mais il n'y a jamais eu de danger pour les personnes ou pour l'environnement". A quelques encablures de là, sur l'île de Beauté, la communication officielle se voulait encore plus optimiste. Le 17 novembre, la Direction régionale des affaires maritimes de Corse affirmait que le sous-marin avait déjà été réparé et qu'il avait même pu reprendre "son programme de navigation". Rien de bien grave donc, sauf que l'US-Navy déclarait avoir désormais perdu "la confiance dans les capacités de commandement" du commodore Parker et du commandant Van Metre (voir notre édition du 15 décembre 2003). Rien de bien grave... sauf que, contrairement à ce qu'avait affirmé la Direction régionale des affaires maritimes de Corse, le sous-marin Hartford ne pouvait même pas être remis en état sur place et, après des réparations provisoires, il avait dû être rapatrié d'urgence vers les chantiers navals de Norfolk en Virginie. Rien de bien grave, sauf que les dommages subis ont nécessité des interventions lourdes, en cale sèche, dont le coût est estimé à plus de 9 millions de dollars. Pourtant,
l'optimisme officiel était de rigueur. Le 12 novembre
2003, le ministre italien de l'Environnement, Altero
Matteoli affirmait avec assurance: "Heureusement, les
premières informations dont nous disposons indiquent
qu'il n'y a pas eu de conséquences sur
l'environnement". En effet, c'est seulement le 14 janvier 2004 que Amnista.net révélait que le laboratoire indépendant de la CRIIRAD, qui avec l'aide d'associations de défense de l'environnement sardes et corses, avait pu analyser des échantillons d'algues prélevés à proximité de la base, n'avait détecté aucun radionucléide artificiel. "Ceci nous permet d'affirmer que l'accident du sous-marin atomique américain n'a pas provoqué une catastrophe majeure", nous certifiait Bruno Chareyron, le responsable du laboratoire indépendant. Toutefois, il nous faisait part d'un doute concernant les rejets radiologiques qui pourraient être émis par la base américaine. "Dans
les échantillons d'algues rouges,
prélevés à côté de la
base, nous avons trouvé un taux étonnamment
élevé de thorium 234,
radionucléide associé habituellement à
l'uranium 238. Il pourrait s'agir, bien évidemment,
d'un phénomène naturel, mais il pourrait
s'agir aussi d'un marquage radiologique dû au
fonctionnement de la base militaire", nous
précisait Bruno Chareyron (voir
aussi notre édition du 21 janvier
2004). Le 20
septembre 2004 (voir
notre édition du
23.09.2004),
le réseau italien des "Scientifiques contre la
guerre" publiait les résultats d'un travail de
recherche qui mettait en évidence la présence
d'un autre élément étonnant
retrouvé dans les eaux de l'archipel: "Dans les
échantillons recueillis le long des côtes de
l'archipel de La Maddalena on a retrouvé
une concentration inquiétante de
radioactivité émanant du plutonium
239". D'où vient-il? En attendant leur bon vouloir, nous avons pu reconstruire, minute par minute, ce qui s'est exactement produit le 25 octobre 2003, quand l'accident du sous-marin Hartford a failli provoquer une catastrophe majeure. C'est
grâce à notre confrère Antonio Zonza,
directeur du mensuel Lo Scoglio, diffusé
sur l'île de La Maddalena, que nous avons pu prendre
connaissance du rapport rédigé en mars 2004
par la US-Navy. Un document qui relate
précisément le récit d'un accident
qui aurait pu avoir des conséquences
terribles. Voici
donc, le récit de l'US-Navy, extrait de ce
rapport. Cet
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