Le 14 janvier 2004, nous révélions que le laboratoire indépendant de la CRIIRAD avait trouvé un taux "étonnamment élevé" de thorium 234 dans des algues prélevées près de la base nucléaire US de La Maddalena, dans les Bouches de Bonifacio. La publication de notre enquête a suscité des questions parlementaires posées par des députés italiens aux ministres de la Défense, de l'Environnement et des Affaires étrangères. Les autorités italiennes ont enfin décidé de diligenter des recherches. Entre février et mars de cette année ont été effectués des prélèvements d'échantillons de sédiments, eau de mer, algues rouges, oursins, posidonies et rochers. Ces examens ont été effectués à la demande du ministère de l'Environnement et de la région Sardaigne. Lamberto Matteocci de l'APAT, l'Agence pour la protection de l'environnement italienne, a précisé: "Nous n'avons pas mis en évidence des concentrations anormales de radionucléides artificiels. Il existe dans les algues rouges - comme l'avait signalé il y a quelques mois l'institut de recherche CRIIRAD - des concentrations de thorium 234, mais pas d'uranium 238, duquel le thorium est le premier descendant dans la chaîne de désintégration radioactive". C'est la conclusion des experts du groupe de travail nommé par le ministère et par la région pour établir si l'accident du sous-marin Hartford du 25 octobre 2003 avait provoqué une pollution dangereuse de l'environnement. Les chercheurs de l'agence de l'environnement italienne cherchent, visiblement, à minimiser la portée de leurs résultats en affirmant que "le thorium ne peut être une conséquence d'une activité humaine à cause de l'absence d'autres éléments radioactifs qui lui sont liés, et donc sa présence dans les algues est due à des phénomènes d'accumulation naturelle, qu'on trouve d'ailleurs dans d'autres zones". Cette
explication ne satisfait pas du tout Mauro Bulgarelli,
député des Verts au parlement italien: "Plusieurs experts italiens et étrangers avaient déjà déclaré au cours des derniers mois que l'attribution de la présence de thorium 234 à des phénomènes naturels était une sottise. Et maintenant arrive cette nouvelle qui, faute de fournir les données des prélèvements, promises pour le mois de juin, ressemble fort à une mesure de propagande en prévision de l'ouverture de la saison touristique. Le ministre [de l'Environnement] Matteoli - conclut le député Vert - avait promis que des mesures menées conjointement par des instituts de recherche italiens et français auraient été effectuées, mais, que je sache, cela n'a pas été le cas. Ma crainte est que, encore une fois, on veuille tout cacher en étalant des résultats rassurants qui, en revanche, confirment la donnée la plus inquiétante: le thorium est bien là, mais son origine naturelle reste toujours à démontrer". Les
autorités italiennes ont affirmé que la
campagne de mesures va continuer avec des moyens plus
approfondis (spectrométrie alpha) et que les
résultats définitifs devraient être
rendus publics au début du mois de juin. Abonnez-vous
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