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Corse, territoriales: Récit d'une partie de poker menteur


Par Enrico Porsia

Jeudi 15 avril 2004


Corse-Matin, samedi 3 avril. La veille du vote à l'Assemblée territoriale le quotidien insulaire craint un blocage de l'institution.
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Le lendemain, Camille de Rocca Serra, le chef de clan de la droite, serre la main à Edmond Simeoni, le tribun nationaliste. La droite prend le pouvoir grâce à l'apport des voix nationalistes.
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J
eudi premier avril: "Il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous pouvons nous retrouver". C'est ainsi que Camille de Rocca Serra, l'héritier du clan de la droite insulaire, s'exprime, après avoir applaudi le long discours prononcé par Edmond Simeoni. Le leader de la coalition Unione Naziunale avait pris la parole en qualité de doyen de l'Assemblée territoriale. Au premier tour du scrutin, les huit élus nationalistes de la nouvelle assemblée de Corse avaient offert le pouvoir à l'héritier de la dynastie des Rocca Serra, les seigneurs de l'extrême Sud. Mais Camillou avait préféré démissionner plutôt que de risquer de suggérer à la presse des titres soulignant une "collusion UMP- nationalistes- FLNC". Celui qui, avec son partenaire Ange Santini, n'a pas raté une occasion pour apparaître comme le relais principal de Nicolas Sarkozy en Corse, a préféré attendre. Attendre que le doyen de l'Assemblée reprenne la parole. Pour, enfin, applaudir Edmond Simeoni, auteur d'un discours prononcé "avec le cœur et avec les tripes", comme l'a rapporté le très sérieux Corse-Matin.

"La Corse fonctionne depuis deux siècles sous le système de l'arbitraire, de la négation du droit et de la fraude", dénonçait Simeoni. Et Rocca Serra, pardon, de Rocca Serra, applaudissait… "Donnez une chance à l'espérance collective. Nous sommes ici pour tendre la main, alors ne nous tournez pas le dos". Une main tendue, dans une Assemblée territoriale où les élus de gauche avaient décidé de quitter la salle… une main tendue, visiblement à droite toute… Un geste qui a mérité les applaudissements des élus présents.

"Camille de Rocca Serra est à la hauteur de ce court moment d'émotion, même si les mots spontanés sortent de la bouche d'un militant nationaliste endurci. Il a senti, comme d'autres, que c'était là les paroles d'un Corse, à d'autres Corses, qui partagent les mêmes valeurs, le même espoir pour les générations à venir". Ces lignes fleurissent sous la plume, clairement enthousiaste, de Jean-Marc Raffalli, dans Corse-Matin du 2 avril. "Il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous pouvons nous retrouver", lance enfin Camille de Rocca Serra au vieil Edmond. "Une phrase à dimension humaine de ce qu'il vient d'entendre, lui, qui a démissionné parce qu'il avait bénéficié des suffrages nationalistes. Il n'y a pas de calcul politicien derrière ces quelques mots"… nous précise toujours Jean-Marc Raffalli, l'éditorialiste politique, très averti, de l'unique quotidien insulaire.

Et, pourtant, c'est bien ces applaudissements et ces quelques mots qui marqueront, d'une façon tangible, la disponibilité de l'UMP insulaire à s'accommoder avec les nationalistes. En gage de bonne foi, dans son discours enflammé, Edmond Simeoni avait bien précisé: "La violence c'est quand on interdit aux gens de parler leur langue, quand on interdit d'acquérir des biens, car les lois d'un marché véritablement excessif, en fait, pénalisent les gens les plus modestes, quand la loi littoral, par exemple, est soutenue par des nantis qui veulent que la Corse reste un véritable parc d'Indiens…" La droite ultra-libérale, qui ne rêve que d'aménager la loi littoral pour ouvrir enfin le marché aux spéculateurs immobiliers, ne peut que se trouver en parfaite harmonie avec le "cœur et les tripes" du ténor nationaliste (...)

Amnistia.net retrace ici le long feuilleton des élections territoriales en Corse. Une histoire riche en rebondissements...

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