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Malgré
les déclarations d'une prochaine victoire, les
soldats russes, mal payés et
démotivés, risquent de s'embourber au
Daghestan contre une guérilla islamiste peu
nombreuse, certes, mais qui a préparé
l'attaque depuis longtemps et qui peut jouir de l'appui des
mafias locales...
Chamil Bassaïev, puissant seigneur de la guerre dans la voisine Tchétchénie, a passé la frontière pour conduire la guerre au Daghestan. Il rêve d'une grande république islamique qui réunirait les deux pays. En fait, ces deux pays sont traversés par les principaux oléoducs qui acheminent le pétrole de la Caspienne vers la mer Noire... Le contrôle de ce flux est la principale aspiration des clans mafieux locaux qui vivent du trafic de pétrole et de la prise d'otages, dans un pays, le Daghestan, qui compte plus de 80% de chômage et dont le 90% du budget provient de Russie. Et c'est uniquement à cause de cette dépendance économique que, selon des experts, les Russes peuvent espérer d'arriver, cette fois-ci, à reprendre le contrôle de la région... mais à terme, l'indépendance semble inévitable. La nouvelle guerre du Daghestan n'est qu'un chapitre secondaire de la lutte de pouvoir qui fait rage à Moscou. Au Kremlin, le temps presse. Boris Eltsine, en fin de règne, a de plus en plus de mal à garder son pouvoir. Il est confronté à deux échéances électorales majeures: le renouvellement de la Douma, la chambre basse du parlement, fixé pour le 19 décembre prochain, et les présidentielles de juillet 2000. Eltsine ne peut plus se représenter une troisième fois, mais la "Famille", comme on appelle l'entourage présidentiel, cherche le moyen de placer un homme de confiance au commandes de l'ex-empire. La conquête de la Douma, actuellement dominée par les "Communistes", représente un bon tremplin vers la présidence et Vladimir Poutine, le Premier ministre qui vient d'être nommé, est le seul candidat dont dispose la "Famille" face au nouveau mouvement qui monte: "La Patrie-Toute la Russie". Cette coalition, entre le puissant maire de Moscou Youri Loujkov, l'ancien Premier ministre Evgueni Primakov, et un fort mouvement régional conduit par Mintimer Chaïmiev, président du Tatarstan, réunit les dirigeants d'une vingtaine de régions et représente une des principales préoccupations de Tzar Boris... C'est pour cette raison qu'Eltsine avait choisi Sergueï Stépachine, comme Premier ministre. Sa principale mission consistait à négocier avec les dirigeants régionaux et les dissuader de s'allier avec le maire de Moscou. Son échec lui aurait valu le limogeage... Mais on avance aussi une autre raison à l'éviction de Stépachine: Il aurait été contraire à la (re)nationalisation du Gazprom, l'énorme organisme qui produit 23% du gaz naturel mondial. Actuellement, il est contrôlé à seulement 38% par l'Etat, après la privatisation partielle décidée en 1992 par son dirigeant de l'époque, Tchernomyrdine (devenu Premier ministre de 1992 à 1998, et qui avait pu le rester si longtemps grâce aux liens qu'il avait gardé avec le Gazprom). La nationalisation du "Colosse du gaz" pourrait être décidée lors de l'assemblée extraordinaire des actionnaires convoquée pour le 25 août... Cette opération, assurerait au clan de Tzar Boris le contrôle de la plus grosse caisse noire de Russie: une manne bien précieuse pour financer les prochaines campagnes électorales... et, plus loin, pour "acheter" un peu plus de tranquillité au nouveau maître du Kremlin.
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