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En lisant chaque jour les commentaires sur le procès des écoutes de l'Elysée, on se dit que si Jean-Edern Hallier était écouté, il n'était pas entendu! Des témoins aussi crédibles que Paul-Loup Sulitzer viennent chanter les louanges de l'écrivain un temps choyé par le président Mitterrand, avant que les chantages ne brouillent leur amitié. Les
dérives monarchistes de l'hôte de
l'Elysée, son mépris de la vie privée
des journalistes, des avocats, des intellectuels, ne doivent
pas faire oublier dans quelle direction s'était
engagé Jean Edern Hallier: revendiquant son
admiration pour Jean-Marie Le Pen, il proclamait son souhait
de voir réconciliés Thorez et Doriot. L'un fut
dirigeant du Parti Communiste Français au temps du
stalinisme flamboyant, l'autre quitta ce parti pour
créer un parti nazi, le Parti Populaire
Français, et termina sa vie sous l'uniforme
hitlérien. Nous
republions donc cet article déjà paru
en 1999, avec l'aimable autorisation des
Editions
Syllepse,
éditeur de la revue "Mauvais
Temps". A
lire aussi: Personne alors n'avait identifié le nouveau monstre en gestation, cette obscène alliance des contraires, qui se constituait sur les décombres de l'Union soviétique, sur les débris du socialisme autoritaire. Ceux qui enquêtaient sur cette question ne parvenaient pas, alors, à faire partager leur indignation née, par exemple, de la lecture de L'Idiot International de Jean-Edern Hallier. Cet hebdomadaire était un véritable laboratoire idéologique où, sous couvert d'anti-américanisme, d'anti-mitterrandisme, d'anti-sionisme, on redonnait des couleurs neuves à l'antisémitisme, où sous les apparences de la phraséologie révolutionnaire, on réhabilitait en fait la vieille pensée de l'extrême-droite française, celle de Barrès, de Maurras, de Daudet fils, de Drieu La Rochelle. La confusion était alors à son comble, et un ex-dissident soviétique, Edward Limonov, pouvait combattre les civils bosniaques dans une milice d'épurateurs ethniques serbes, et publier ses "journaux de guerre" à la fois dans l'hebdomadaire communiste Révolution et dans le mensuel lepéniste Le Choc du Mois! Par la suite, il rentrera en Russie pour diriger un parti néo-nazi baptisé "Parti National Bolchevique"... Dans ce pays à la dérive, il ne se passe pas un mois sans qu'un député affilié au Parti Communiste de la Fédération de Russie ne prononce des propos scandaleux. C'est Albert Macharov qui déclare "Il faut envoyer dans l'autre monde au moins une dizaine de youpins, usuriers et buveurs de sang", c'est Viktor Ilioukhine qui tient les Juifs pour responsable du "génocide du peuple russe". Cela n'a entraîné aucune protestation publique du responsable de ce parti, Guennadi Ziouganov qui vient de publier en France La Russie après l'an 2000 avec une préface du général "pacifiste" Pierre-Marie Gallois, proche de Chevénement et membre du comité de rédaction de la revue de la nouvelle extrême-droite Eléments.
Tout au long du drame des peuples de l'ex-Yougoslavie, les mêmes bourreaux se sont trouvés les mêmes complices pour répondre "Présent". C'est Patrick Besson, qui dans ses livres "Avec les Serbes" ou "Coup de gueule contre les calomniateurs de la Serbie" tente d'exonérer ses amis Karadzic et Mladic de leurs crimes, c'est l'ex-anarchiste Thierry Séchan qui appelle au sursaut des écrivains de droite dans un éditorial de l'hebdomadaire moribond Minute. C'est aujourd'hui une pétition intitulée "Contre la guerre" mais épargnant surtout le dictateur Milosevic, rédigée par le bras droit du gourou de la Nouvelle-Droite Alain de Benoist, et au bas de laquelle on trouve sans surprise les signatures du lepéniste Jean-Mabire, éditorialiste à National Hebdo, du mégrétiste Claude Rousseau de la revue Identités, des gens du GRECE comme Pierre Bérard, de toute la rédaction de la revue néo-fasciste Eléments, de Patrick Besson, et où certains seront surpris de trouver également Gilles Perrault, le chanteur Renaud, et quelques écolos en perdition avant qu'ils ne fassent prudemment machine arrière. Charles Conte et Guy Hennebelle, les animateurs de la revue Panoramiques, lieu d'expression privilégié de la Fondation qui usurpait le nom de Marc Bloch laisseront eux leurs noms accolés à ceux de Bernard Lugan, universitaire FN de Lyon et membre de jurys récompensant des thèses négationnistes, de Jean-Paul Cruse créateur de Libération, auteur d'un article "Vers le Front National" puis nègre du capitaine Baril et soutien, de Patrick Gofman ancien dirigeant trotskyste (OCI) qui a basculé vers le FN puis le journal mégrétiste Le Français...
"L'arme donne à chaque homme un sentiment de force, de liberté. La guerre exerce une attirance gigantesque. En tant que participant à cinq guerres (Slovénie, Moldavie, Bosnie, Abkhasie, Krajina) je peux dire sans hésiter que la plupart des hommes éprouvent un grand plaisir en combattant. Moi-même, avec une mitraillette, parmi mes collègues armés, je respire l'odeur de brûlé, la puanteur des cadavres, la pisse, et je me sens beaucoup plus libre qu'à Paris. J'ai toujours eu l'instinct d'agression, et grâce aux guerres, je peux le satisfaire". Dans son journal La Sentinelle assassinée, paru à L'Age d'Homme, il raconte une visite d'inspection en compagnie de Radovan Karadzic sur les hauteurs d'où les Serbes pilonnent Sarajevo. "Un gars
tire à la mitrailleuse légère sur une
cible que nous ne voyons pas. La bande se raccourcit
à vue d'oeil. Le gars m'aperçoit. Il se
lève. "Tu veux tirer?" Je me couche
derrière la mitrailleuse. La bande se raccourcit, la
crosse trépidant dans le creux de l'épaule. Je
m'exclame : "Pour la Serbie". Et il conclut son chapitre
sur un survol de la Bosnie dans un hélicoptère
d'attaque. Après l'atterrissage, le chef de la
république serbe auto-proclamée de Pale
s'éloigne:
Patrick Besson, avant de se recycler à Marianne, était de nombre de combats de l'extrême-droite. Pour lui, l'antiracisme, "c'est une sorte de passeport magique, vachement tentant pour un mec qui a des choses à se reprocher. Si vous n'avez pas de talent, d'un seul coup, vous êtes considéré. Pas mal d'ordures se cachent parmi les antiracistes. Exactement comme les crapules qui se précipitant à Monaco pour ne pas payer d'impôts". (Cinérevue, 26 mars 1998). C'est sans aucun doute sa volonté de promouvoir un véritable antiracisme qui l'a conduit à écrire, dans Le Viol de Mike Tyson, concernant les positions amoureuses: "La femme noire se met naturellement à quatre pattes alors que la femme blanche hésite"... Le viol
est l'une de ses obsessions. Dans son "Coup de gueule
contre les calomniateurs de la Serbie", il
n'hésite pas à prétendre qu'
"après la chute du Mur de Berlin, les jeunes femmes
russes et polonaises sont entrées sans
difficulté dans la prostitution car elles avaient
déjà l'habitude de coucher avec plusieurs
hommes dans la même journée, voire dans le
même lit". "Paraît aussi qu'ils violent des femmes. Les viols, on ne les voit pas, mais on entend le témoignage gratiné des femmes violées. Le Croate et le Musulman, ils sont un peu colère: pendant qu'ils s'emmerdent dans leur carrée, le Serbe prend du bon temps. Qu'est-ce qu'il leur reste, à eux? Thé à la menthe pour le Musulman, slivovitz pour le Croate. (...) Vous parlez d'une vie de soldat. Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient, Klujic et Izetbegovic. Ils pourraient aussi, tant qu'ils y sont, leur filer des travaux de broderie. Quand ils pensent, le Croate et le Musulman, que le Serbe n'a pas violé une femme, mais 60 000 (soixante mille), ils en sont malades. Soixante mille femmes violées (quelqu'un a-t-il déjà noté que l'anagramme de violée est voilée) par les soldats serbes". Violée, voilée... Tout est dit, ou presque. Au coeur d'un autre chapitre, Besson s'en prend aux médecins de Première Urgence présents en Bosnie. D'après lui, ils dépriment en ne disposant que d'un ou deux livres pour tromper leur ennui: "Les humanitaires font le compte de ce qu'ils ont à lire: deux livres de Pierre Bellemare, un point, c'est tout. Pas terrible. Ils auraient quand même pu penser à prendre, avant de quitter la France, un petit Finkielkraut chez Arléa, un Lévy en Livre de Poche, un Bruckner en Points-Seuil, un Kouchner en France-loisirs".
Marc-Edouard Nabe, protégé de Phillipe Sollers et habitué des émissions à prétention littéraire de Canal+, ne pouvait que se sentir à l'aise en pareille compagnie. En 1984, il avait fait paraître un pamphlet Au Régal des vermines chez Bernard Barrault, soutenu par Gilles Perrault qui publiait en même temps et chez le même éditeur Un homme à part consacré à Henri Curiel. Nabe y faisait pourtant profession d'ignoble, à visage découvert: "Barrault, il trouve qu'Au régal des vermines est assez bourré de dynamite comme ça. Il a commencé à sabrer, dans les vingt premières pages que vous ne lirez pas ici, les passages trop caricaturaux sur les rabbins, les hassidiques, les lamentés de toutes sortes, les cacher à phylactères... Avec plaisir on vous sort des petites esquisses méchantes à souhait de gros Bretons cons avec leurs chapeaux ronds, de nègres avec un os dans le nez, de Corses en sieste sous un arbre et on vous tient même les côtes que vous riiez bien décontracté! Un yiddish barbu à petites couettes en train d'enculer un cochon : ça ne passe pas, ça gêne, ça gêne. Instructif! 1984! Je note". Un peu
plus loin, le délire antisémite atteint son
apogée: Lors de sa sortie, ce livre fut défendu, au nom du style, par des plumes aussi différente que celles de Delfeil de Ton, Michel Polac, Patrick Besson, Gérard Guégan ou Frédéric Ferney. Jérôme Garcin eut, lui, le courage de dire ce qu'il en pensait. Pourquoi Bernard Pivot offrira-til sa tribune d'Apostrophe à Nabe qui l'utilisera pour lancer ses anathèmes? Ulcéré par le discours antisémite qui se donnait libre cours sur les écrans, Georges-Marc Bénamou se déplacera jusqu'aux studios d'Antenne 2 pour gifler le dandy, ce qui lui vaudra d'être appelé "Benamerde" dans le journal de Nabe. Il est vrai que le mentor de Nabe, Jean-Edern Hallier ne pouvait pas écrire Jean Daniel sans déraper sur Ben Sanisette. Comme tous les écrivains d'extrême-droite, Marc-Edouard Nabe empile ses livres et s'y juche dans la posture d'un Céline de sous-préfecture. Il consacre des dizaines de pages à rendre hommage à la voix de son maître: "Il n'est pas question de reprocher à Céline ses pamphlets, d'abord parce qu'ils ont été dictés, soufflés par l'un des esprits les plus sains, les plus fous de grandeur, par certainement l'écrivain français le plus noble, le plus humain, le plus irréprochable éthiquement, le plus utile, celui qui a vraiment risqué quelque chose, qui n'a pas eu peur de s'offrir à l'hallali pour prévenir les hommes, c'est-à-dire les espérer moins cons et moins salauds". Céline n'a pris que le risque de se réfugier chez ses protecteurs nazis, pendant qu'un poète qu'il avait dénoncé était assassiné. En mars 1941, Robert Desnos avait réussi à faire paraître dans l'hebdomadaire Aujourd'hui une critique négative du livre pro-nazi de Céline, Les Beaux Draps. Céline exigea de répondre dans le numéro du 17 mars 1941 pour le désigner à ses maîtres: "M. Desnos me trouve ivrogne, vautré sur moleskine et sous comptoir, ennuyeux à bramer, moins que ceci... pire que cela... Soit ! Moi je veux bien, mais pourquoi M. Desnos ne hurle-t-il pas plutôt le cri de son coeur, celui dont il crève imbibé... "Mort à Céline et Vivent les Juifs!" M. Desnos mène, il me semble, campagne philoyoutre (et votre journal) inlassablement depuis juin. Le moment doit être venu de brandir enfin l'oriflamme. Tout est propice? Que s'engage-t-il, s'empêtre-t-il dans ce laborieux charabia!... Mieux encore, que ne publie-t-il, M. Desnos, sa photo grandeur nature, face et profil, à la fin de tous ses articles?". Incarcéré à Compiègne, déporté en Allemagne puis au camp de Terezin, Robert Desnos y est mort en avril1945. Et il est encore de bons esprits qui, aujourd'hui, lorsqu'ils lisent sous la plume de Céline "Mort aux Juifs..." s'extasient sur ses géniaux trois points de suspension. J'y vois,
quant à moi, la trace de la rafale. Abonnez-vous
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