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Arrestation de l'écrivain Cesare Battisti: décryptage d'une curieuse procédure


Par Enrico Porsia

Lundi 16 février 2004



Par ce courrier daté du 4 mars 1998, le Premier ministre de la France réaffirme les engagement pris par la République en 1985. Il s'engage en outre à prendre les dispositions nécessaires afin que les exilés politiques n'apparaissent plus dans le fichier des personnes recherchées via le système d'information de Schengen. Le président Chirac n'a jamais contredit la prise de position de son ancien Premier ministre.
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L'
écrivain Cesare Battisti a été arrêté mardi 10 février à Paris par des policiers de la Division nationale antiterroriste (DNAT). Très rapidement, il a été présenté devant un magistrat qui lui a notifié son placement sous écrou extraditionnel. Une procédure pour le moins curieuse à l'encontre de quelqu'un qui avait été déjà jugé inextradable en 1991. Les doutes sur les conditions de l'arrestation de l'écrivain sont renforcés quand on apprend qu'elle a mobilisé, en amont, la collaboration de certains services très discrets du ministère de l'Intérieur. Essayons d'y voir plus clair.

Les promesses de la République

Cesare Battisti, aujourd'hui âgé de 49 ans, fut dans les années 70, un militant actif de l'extrême gauche révolutionnaire italienne. Un passé avec lequel il a rompu. C'étaient les "années de plomb". Poursuivi par la justice, il fut condamné à la prison à vie. Une peine définitive prononcée en son absence et sur la foi de déclarations de "collaborateurs de justice", de "repentis". Une justice qui ne s'embarrassait pas trop de vérité, puisque le tribunal italien a réussi à condamner Battisti pour sa participation à deux meurtres commis le même jour, à la même heure. L'un à Milan et l'autre à Venise!

Après s'être exilé pendant une dizaine d'années au Mexique, Césare Battisti s'était installé en France en 1990. En 1985, par la voix de son Président, la France s'était engagée à ne pas extrader les anciens militants italiens qui avaient rompu avec la lutte armée. Par cet engagement, la République avait aussi reconnu le caractère politique des graves affrontements qui ont caractérisé l'Italie des années 70. Battisti, comme des centaines d'autres exilés italiens avait mis sa confiance dans les promesses de la République. L'Etat italien, de son côté, n'a jamais digéré cette manière de tirer les leçons de l'Histoire, comme il n'a jamais renoncé à assouvir sa vengeance.

Le 30 novembre 1990 Battisti est arrêté à Paris à la demande de la justice italienne. Placé sous écrou extraditionnel, il comparait devant la chambre d'accusation qui doit se prononcer sur son extradition. Le 29 mai 1991, les juges émettent un avis défavorable à toutes les requêtes présentées par les autorités italiennes.

Une procédure bien étrange

Cesare Battisti est désormais protégé non seulement par la promesse de la République, mais aussi par une décision judiciaire. C'est un grand soulagement qu'éprouve sa famille. Sa femme est française, ils se sont connus à Paris, aujourd'hui ils ont deux enfants. Battisti donne enfin libre cours à sa passion, l'écriture. Il s'est affirmé professionnellement en tant qu'écrivain, avec 11 romans à son actif. Vis-à-vis de l'administration, sa situation est tout à fait régulière. En 1997 la préfecture de police de Paris lui délivre une carte de résident d'une validité de dix ans.

Pour quelle raison, aujourd'hui, a-t-il été arrêté de nouveau? Pour quelle raison, une nouvelle fois, est-il placé sous écrou extraditionnel... et cela pour les mêmes faits? Une mesure qui bafoue toutes les règles, puisque l'un des principes fondateurs du droit exige qu'on ne rejuge jamais quelqu'un deux fois pour les mêmes motifs (...)

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