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Extraditions politiques: Un marché à 10 milliards d'euros


Par Enrico Porsia

Mercredi 16 février 2005



Dès le mois de septembre 2002, les services du ministère de l'Intérieur avaient rédigé une "note blanche" qui préfigurait exactement le retournement, par la justice, de la sentence acquise en 1991. Cette note blanche, fabriquée en 2002, affirmait, déjà, que la justice française avait émis à l'encontre de Battisti "un avis favorable à son extradition".
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L
e 20 mai 2003, le gouvernement français décide brusquement d'activer une procédure de demandes d'extradition concernant trois réfugiés politiques italiens. Un mois et demi plus tard, le premier juillet 2003, le Cavaliere Berlusconi se voit confier la présidence de l'Union européenne à Bruxelles. Durant les six mois qui suivent, aucune des trois demandes d'extradition que son gouvernement avait exigées, ne sont exécutées.

C'est seulement le 10 février 2004, quelques semaines après la fin de la présidence Berlusconi à Bruxelles, que le Garde de sceaux Dominique Perben obtient, au moyen d'un tour de passe-passe extraordinaire (voir notre édition du 27/02/2004) que le premier de ces trois réfugiés soit arrêté et placé sous écrou extraditionnel. C'est ainsi que démarra l'affaire Battisti. "Une affaire" qui fit couler beaucoup d'encre. Une affaire qui se solda aussi par une décision de justice rien moins que particulière.

La justice française changea d'avis en faisant l'impasse sur le fait que l'ancien militant italien avait déjà été jugé par une Cour française en 1991 et que cette première demande d'extradition transalpine avait été refusée. Chose impensable, un homme fut ainsi condamné, au mépris des plus élémentaires règles du droit, pour des faits déjà examinés 13 ans auparavant. La première sentence, qui avait été minutieusement argumentée par les juges, fut tout d'abord ignorée avant d'être piétinée. L'avis défavorable à l'extradition se transforma en avis favorable.

Le plus étonnant dans cette histoire, c'est que les services du ministère de l'Intérieur avaient été capables de lire dans le marc de café. En effet, dès le mois de septembre 2002, ils avaient rédigé une "note blanche" qui préfigurait exactement le retournement, par la justice, de la sentence acquise en 1991. Cette note blanche, fabriquée en 2002, affirmait déjà que la justice française avait émis à l'encontre de Battisti un avis d'extradition favorable. Deux ans avant que la sentence de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris ne tombe!

La justice, visiblement inspirée par une nécessité gouvernementale bien vigoureuse, décréta en 2004 que, désormais, Cesare Battisti méritait d'être renvoyé dans son pays d'origine.
Il faut se rendre à l'évidence: les services de la place Beauvau ont, parfois, le don de la voyance!

Un don qu'ils mettent au service du pouvoir du moment. La question est de savoir pour quelle raison, et en échange de quoi, le gouvernement français ainsi que le président de la République ont décidé, sans lésiner sur les moyens, de renier la parole de la République. Une parole qui garantissait un droit d'asile, depuis bientôt vingt ans, aux militants de l'extrême gauche italienne rescapés des "années de plomb"

Comme nous l'affirmions dans notre édition du 21/09/2004, outre des considérations politiques inspirées par un gouvernement dans lequel d'anciens fascistes d'Ordre Nouveau font figure de légions, un échange de "bons procédés" a pu favoriser la trahison de la parole donnée par la France.
Il s'agit d'une décision prise au cours du Conseil "Compétitivité" européen du 26 novembre 2003, au cours duquel d'"énormes efforts" (comme le souligne le communiqué officiel) ont été menées par la présidence italienne, le Cavaliere Berlusconi en personne, lors de sa présidence semestrielle de l'Union. La coïncidence est plus que troublante, d'autant que la décision en question concerne un projet stratégique très cher à la France
(...)

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