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Dès le mois de septembre 2002, les
services du ministère de
l'Intérieur avaient
rédigé une "note blanche"
qui préfigurait exactement le
retournement, par la justice, de la
sentence acquise en 1991. Cette note
blanche, fabriquée en 2002,
affirmait, déjà, que la
justice française avait émis
à l'encontre de Battisti "un avis
favorable à son extradition".
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Le
20 mai 2003, le gouvernement français
décide brusquement d'activer une
procédure de demandes d'extradition
concernant trois réfugiés politiques
italiens. Un mois et demi plus tard, le premier
juillet 2003, le Cavaliere Berlusconi se voit
confier la présidence de l'Union
européenne à Bruxelles. Durant
les six mois qui suivent, aucune des trois demandes
d'extradition que son gouvernement avait
exigées, ne sont exécutées.
C'est
seulement le 10 février 2004, quelques
semaines après la fin de la
présidence Berlusconi à Bruxelles,
que le Garde de sceaux Dominique Perben obtient,
au moyen d'un tour de passe-passe extraordinaire
(voir
notre édition du
27/02/2004)
que le premier de ces trois réfugiés
soit arrêté et placé sous
écrou extraditionnel. C'est ainsi que
démarra l'affaire Battisti. "Une affaire"
qui fit couler beaucoup d'encre. Une affaire qui se
solda aussi par une décision de justice rien
moins que particulière.
La
justice française changea d'avis en
faisant l'impasse sur le fait que l'ancien militant
italien avait déjà été
jugé par une Cour française en 1991
et que cette première demande
d'extradition transalpine avait été
refusée. Chose impensable, un homme fut
ainsi condamné, au mépris des plus
élémentaires règles du droit,
pour des faits déjà examinés
13 ans auparavant. La première sentence,
qui avait été minutieusement
argumentée par les juges, fut tout d'abord
ignorée avant d'être
piétinée. L'avis
défavorable à l'extradition se
transforma en avis favorable.
Le
plus étonnant dans cette histoire, c'est que
les services du ministère de
l'Intérieur avaient été
capables de lire dans le marc de café. En
effet, dès le mois de septembre 2002, ils
avaient rédigé une "note blanche"
qui préfigurait exactement le retournement,
par la justice, de la sentence acquise en 1991.
Cette note blanche, fabriquée en 2002,
affirmait déjà que la justice
française avait émis à
l'encontre de Battisti un avis d'extradition
favorable. Deux ans avant que la sentence de
la chambre d'instruction de la cour d'appel de
Paris ne tombe!
La
justice, visiblement inspirée par une
nécessité gouvernementale bien
vigoureuse, décréta en 2004 que,
désormais, Cesare Battisti méritait
d'être renvoyé dans son pays
d'origine.
Il faut se rendre à l'évidence: les
services de la place Beauvau ont, parfois, le don
de la voyance!
Un
don qu'ils mettent au service du pouvoir du moment.
La question est de savoir pour quelle raison,
et en échange de quoi, le gouvernement
français ainsi que le président de la
République ont décidé, sans
lésiner sur les moyens, de renier la parole
de la République. Une parole qui
garantissait un droit d'asile, depuis bientôt
vingt ans, aux militants de l'extrême gauche
italienne rescapés des "années de
plomb"
Comme
nous l'affirmions dans
notre édition du
21/09/2004,
outre des considérations politiques
inspirées par un gouvernement dans lequel
d'anciens fascistes d'Ordre Nouveau font figure de
légions, un échange de "bons
procédés" a pu favoriser la trahison
de la parole donnée par la France.
Il s'agit d'une décision prise au
cours du Conseil "Compétitivité"
européen du 26 novembre 2003, au cours
duquel d'"énormes efforts" (comme le
souligne le communiqué officiel) ont
été menées par la
présidence italienne, le Cavaliere
Berlusconi en personne, lors de sa
présidence semestrielle de l'Union. La
coïncidence est plus que troublante, d'autant
que la décision en question concerne un
projet stratégique très cher à
la France (...)
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