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Extradition: le Gouvernement de la République française a-t-il été court-circuité?

Paris, jeudi 29 août 2002

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L
a date est inscrite. Ça sera symboliquement le 11 septembre prochain que le ministre de la Justice italien (qui n'est autre qu'un des dirigeants de la très xénophobe Ligue du Nord) Monsieur Castelli présentera aux autorités françaises la liste des militants d'extrême gauche que le Gouvernement de Berlusconi souhaite voir extradés.

L'arrestation et l'extradition expéditive de Paolo Persichetti (voir notre édition du 27/08/2002), n'auraient pas été, selon nos informations, décidées par les plus hautes autorités de la République française. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, n'aurait même pas été, toujours selon nos sources, mis aux parfum de cet "extraordinaire exploit". L'extradition du militant italien pourrait donc bien avoir été le fruit d'une collaboration directe entre les services du ministère de la Justice italien et ceux de la Chancellerie française. Une collaboration si étroite qu'on pourrait se poser la question de savoir si Monsieur Perben, l'actuel garde des Sceaux, n'aurait pas, lui aussi, été court-circuité.

Afin de bien rappeler à nos lecteurs les traits de la personnalité de Silvio Berlusconi, qui dirige actuellement l'Italie, fort de sa coalition d'ultralibéraux, de "post"-fascistes et de xénophobes, nous (re)publions aujourd'hui l'article qui suit écrit au moment de son élection. A nos lecteurs de juger si la République française, dont le président Chirac a été élu avec des millions de voix du peuple de gauche face au danger lepéniste, peut s'abaisser ainsi et capituler devant les requêtes du pouvoir berlusconien.



Berlusconi, le nouveau "duce"

Cet article a été publié en juin 2001 dans le numéro 4 de notre revue Les Enquêtes interdites. Soutenez notre rédaction indépendante, abonnez-vous!


L
a gauche italienne s'est asphyxiée toute seule. De compromis en compromis elle a non seulement perdu son âme, mais lors de ces dernières élections elle avait même honte de ses origines. Les anciens apparatchiks du PCI, après avoir abandonné le "C" de communiste et le "P" de parti, ont même abandonné la référence de gauche en se présentant dans une coalition qui s'est autoproclamée de centre-gauche. Et que proposait donc ce centre-gauche gouvernemental qui mélangeait allègrement les post-communistes avec des post-démocrates chrétiens? De gérer le pays comme à l'habitude, de conserver ce qu'il y a, de garantir ce qui existe. De hisser au plus haut le drapeau de la tradition.

Dimanche dernier les Italiens n'avaient pas à choisir entre deux programmes, entre deux projets pour le pays. Dimanche dernier les Italiens avaient le choix entre le statu quo, (qui dure depuis... au fait, depuis combien de temps? Sûrement depuis bien plus longtemps que notre faculté de la mémoire) et... Berlusconi. "La majorité des Italiens qui l'ont désigné n'ont pas forcément choisi une idéologie (à part le fric, les magouilles et le mauvais goût, il est bien difficile de lui en trouver une) ils ont choisi un chef. Un chef d'entreprise qui "s'est fait tout seul", qui gère "tout seul" une constellation de sociétés, qui commande "tout seul" des milliers d'employés. Un homme qui s'est même inventé un parti, Forza Italia... Tout seul", comme le fait remarquer Curzio Maltese dans Repubblica. Un homme qui en pleine campagne électorale est arrivé à proposer un contrat avec le peuple italien qui ne comporte que, chose exceptionnelle s'agissant d'un contrat, une seule signature. La sienne. Silvio Berlusconi. Le plus riche des Italiens ne dit qu'une seule chose à ses compatriotes: "enrichissez-vous, à moi de transformer l'Italie dans le modèle simplifié de la parfaite entreprise. Quant au reste... chacun pour soi".

C'est ainsi que demain nous verrons apparaître une nouvelle république. Celle de 1946 a, très vite, trahi la résistance antifasciste. Celle des années 90 a vu le pilotage de la part du pouvoir (de centre-gauche) d'une armada de magistrats. Ce même pouvoir les a transformés, ensuite, en ingénieurs sociaux dont la tâche était celle de lessiver le pays des criminels, des mafieux... Tout en se gardant bien de rechercher les causes sociales qui ont favorisé et qui favorisent encore le développement des rapports mafieux dans l'establishment politique. Maintenant nous verrons surgir une république nouvelle. Cogérée entre l'ex-membre de la loge P2 (voir la liste), Berlusconi, et les "post" fascistes de Fini, elle pourra enfin boucler la boucle: assassiner l'histoire de la résistance antifasciste et absoudre les criminels ayant les moyens de payer une caution.

Son article premier dira sans doute que "l'Italie est une république basée sur la libre entreprise" à l'image de son nouveau "duce".

Mais au fait comment a-t-il fait pour faire fortune le richissime Silvio Berlusconi?

Dans le lointain 1968, celui qui deviendra le "Cavaliere" avait 32 ans et dirigeait déjà une société, Edilnord. A l'époque sa passion n'était pas encore les médias, à l'époque Silvio Berlusconi, le bâtisseur, était dans l'immobilier. Il acheta au comte Bonzi un vaste terrain dans la banlieue de Milan d'une valeur de plus de 3 milliards de lires. Ensuite il y construisit une ville nouvelle, en un temps record de 5 ans. Seulement, pour y arriver il a dû débourser environ 500 millions de lires par jour. Voilà le prix de son premier grand chantier. Qui lui a donné l'argent? Qui se cachait derrière les mystérieuses sociétés financières suisses administrées par un avocat de Lugano, Renzo Rezzonico, qui ont apporté les fonds au futur Cavaliere? A cette question Silvio Berlusconi n'a jamais apporté une réponse claire. A la rumeur qui veut que c'est avec des capitaux illégalement expatriés en Suisse que le futur chevalier ait pu se financer, tout en blanchissant cet argent douteux, Berlusconi n'a jamais apporté un démenti convaincant.

En 1973 Berlusconi fonda une autre société de BTP. C'était une PME à responsabilité limitée, Italcantieri SARL. Deux ans plus tard cette société a reçu une injection financière de 500 millions de lires. Ensuite, 2 milliards supplémentaires ont atterri à l'improviste dans les caisses de Italcantieri qui n'était plus une petite SARL, mais s'était transformée en une société anonyme, laquelle, à travers un emprunt obligataire obtenait encore 2 milliards de lires supplémentaires. D'où venait l'argent, quels étaient les partenaires financiers de Berlusconi?

En 1975 Berlusconi donne naissance à une société d'investissement, Fininvest. Au départ il s'agissait d'une société à responsabilité limitée, mais six mois après elle disposait de 2 milliards de lires de capitaux et fut transformée en société anonyme. Le 8 juin 1978 Berlusconi crée encore une autre société qui s'appelle toujours Fininvest mais qui, disposant uniquement de 20 millions de lires, est à nouveau une modeste SARL. Le 30 juin le capital de Fininvest SARL était augmenté, pour atteindre les 50 millions et, le 7 décembre 18 milliards. Ensuite, le 26 Janvier 1979, les deux Fininvest (SA et SARL) fusionnent. Et voici encore une augmentation de capital. Après la fusion en effet il y avait 52 milliards de lires dans les caisses. D'où provenait l'argent? Mystère.

Berlusconi imagina aussi de donner naissance à 22 holdings qui détiennent les capitaux de la société financières Fininvest. Pourquoi? (voir aussi notre édition du 10.04.2001). Et pourquoi une grande partie de l'argent détenu par ces holdings fut-il donné en gestion à la société de gérance de patrimoines Par.Ma.Fid. qui comptait parmi ses clients, en même temps que Berlusconi, Antonio Virgilio, le caissier des principaux mafieux siciliens spécialisés dans le trafic de drogue? Simple coïncidence?

Il faut dire que Berlusconi a un faible pour la Sicile. En effet quand il décida, en 1979, de se lancer à la conquête du marché des télévisions privées italiennes, il chargea Adriano Galliani de parcourir la péninsule afin d'acheter des concessions de fréquences et d'absorber des petites télés privées dans toutes les régions du pays. C'est sans doute un hasard si Galliani commença sa tâche en s'envolant pour la Sicile. Plus précisément dans la banlieue de Palerme où l'homme de Berlusconi fit son entrée dans la société télévisuelle Rete Sicilia Sarl. Cette société avait la particularité d'être dirigée par les frères Inzaranto, Antonio et Giuseppe. Or il est intéressant de remarquer que Giuseppe Inzaranto s'était marié avec la nièce du boss mafieux Tommaso Buscetta. Rappelons qu'à l'époque, nous sommes en 1979, Tommaso Buscetta n'avait pas encore été arrêté, il n'était pas encore le "super repenti" de la mafia, mais l'un des plus importants chefs mafieux en activité. Mais, sans doute, encore une fois, nous retrouvons-nous face à une étrange coïncidence du destin...

Voilà donc comment Silvio Berlusconi a commencé à construire son empire. Voilà les origines bien opaques de la fortune du "Cavaliere" du Travail. Voilà d'où vient le nouveau "duce" qui bâtira la république nouvelle, ultralibérale et "post" fasciste.



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