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Berlusconi exige des extraditions

Paris, vendredi 6 septembre 2002

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M
ercredi dernier une délégation de hauts fonctionnaires du ministère de la Justice italien a rencontré à Paris leurs homologues français. Le but de cette réunion de travail était d'examiner la situation juridique des anciens militants de l'extrême gauche italienne qui ont trouvé refuge en France après les violents affrontements sociaux qu'a vécue l'Italie pendant les années 70 et 80. Après l'extradition expéditive de Paolo Persichetti, survenue dans la nuit de samedi 24 à dimanche 25 août, les autorités italiennes s'apprêtent à demander l'extradition d'une trentaine d'exilés politiques qui vivent actuellement en France. Comme nous l'indiquions déjà dans notre édition du 29.08.2002, nous confirmons, aujourd'hui, que l'extradition de Paolo Persichetti n'a pas été directement décidée par les plus hautes autorités de l'Etat français. Selon nos informations, le sort du militant italien a été scellé par une collaboration directe entre des fonctionnaires du ministère de la Justice italien, épaulés par les agents de l'UCIGOS, la police politique italienne qui est autorisée à intervenir à l'étranger, et de hauts fonctionnaires de la Direction des affaires criminelles de la Chancellerie française.

Mercredi prochain, le 11 septembre, le ministre de la Justice italien, Monsieur Castelli sera reçu à Paris par son homologue français Monsieur Perben.

A cette occasion, selon le quotidien italien Corriere della sera d'aujourd'hui 6 septembre, l'Italie présentera une première liste comprenant 12 noms d'exilés italiens dont le gouvernement de Berlusconi solliciterait, avec insistance, l'extradition. Il semblerait que les autorités italiennes concentrent leurs efforts pour récupérer surtout des anciens militants des Brigades Rouges. Parmi les exilés qui seraient visés en priorité, par l'irrésistible envie de vengeance berlusconienne, le Corriere della sera cite les noms de six anciens militants de la colonne romaine des Brigades Rouges. Nous tenons à souligner que toutes ces personnes vivent et travaillent au grand jour en France depuis de très nombreuses années. Elles disposent toutes d'un permis de séjour régulier. Il nous paraît donc incompréhensible que la République française puisse se soumettre aux injonctions d'un gouvernement italien dont le ministre de la Justice Castelli est un militant de la très xénophobe Ligue du Nord et dont le président du Conseil, Silvio Berlusconi est un ancien adhérent de la loge occulte, antirépublicaine et putschiste, P2.

Si la France devait donner suite aux requêtes italiennes non seulement elle abdiquerait sur tous les principes du droit d'asile, mais elle se disqualifierait aussi vis-à-vis des plus élémentaires principes du droit. En effet, plusieurs des ces anciens militants ont été condamnés définitivement et par contumace, en leur absence, par les normes pénales italiennes qui, en plus d'appliquer le Code mussolinien encore en vigueur, sont régies par les lois d'exception de "l'état d'urgence" décrété dans les années 70. Rappelons-nous, en Italie point besoin de preuves pour condamner un suspect: le témoignage d'un repenti, un collaborateur de justice, est suffisant. En outre selon le droit français il est inconcevable de condamner quelqu'un en son absence à une peine définitive. Il convient donc de souligner que, en cas d'extradition, les anciens militants des BR ne seraient pas remis à la justice italienne en vue d'être jugés, mais directement entre les mains de l'administration pénitentiaire afin qu'ils purgent une peine décrétée en leur absence par des tribunaux dont la norme, est l'exception.

Hier, au siège de la Ligue des droits de l'homme à Paris, au cours d'une conférence de presse le président de la LDH, Michel Tubiana s'est adressé directement au président de la République: "Il y a une éthique et une morale en politique. C'est à Jacques Chirac que nous nous adressons, en lui demandant de respecter la parole qu'il avait respectée auparavant". Michel Tubiana faisait référence aux engagements pris par François Mitterrand, au nom de la République, en 1985, et toujours respectés par la République française jusqu'au 25 août dernier, de ne pas extrader des anciens militants politiques italiens accusés d'être des "terroristes" dans leur pays d'origine. Mardi prochain les avocats Jean-Jacques De Felice et Irene Terrel doivent être reçus par des conseillers du président Chirac au palais de l'Elysée. Nous ne pouvons imaginer, ne serait-ce un seul instant que le président de la République puisse trahir la parole donnée.

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