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Le sénateur Mauro Bulgarelli
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Marina
Petrella et Hamed, son compagnon, sont en
grève de la faim depuis le 6 décembre
dernier.
Marina
Petrella, ancienne militante des Brigades rouges,
vit en France depuis 1993. Elle est titulaire d'une
carte de séjour de dix ans
délivrée, en 1998, par la
préfecture de police de Paris. Elle a
été arrêtée le mardi 21
août 2007 alors qu'elle se rendait à
une convocation de police pour une banale question
administrative.
Le
6 décembre 2007, Marina Petrella a
entamé une grève de la faim pour
dénoncer la trahison d'une parole
donnée. La parole de la République
française qui garantissait le droit d'asile
aux anciens militants des organisations
combattantes de l'extrême gauche italienne.
Le droit d'asile aux rescapés d'une "guerre
civile jamais officialisée"
*.
"Une guerre civile de basse intensité"
*
qui a eu lieu en Italie entre la fin des
années 1970 et le début des
années 1980.
Le
14 décembre, la cour d'appel de Versailles a
rendu un avis favorable à son extradition
vers l'Italie.
Un pourvoi en Cassation a été
déposé.
Pourtant,
la décision finale sera une décision
politique.
L'avis favorable des juges n'étant pas
contraignant, en matière d'extradition, il
appartient désormais aux autorités
politiques françaises de décider du
destin de Marina Petrella.
Nous
publions ici cette tribune que nous a
adressée Mauro Bulgarelli, sénateur
italien, porte-parole du groupe "Insieme con
l'Unione" en commission Justice du
sénat.
Le
21 août 2007 Marina Petrella a
été arrêtée. Cette
ancienne militante des Brigades rouges vivait au
grand jour depuis 15 ans en France. Elle a
été arrêtée dans un
commissariat de banlieue, où elle
s'était rendue spontanément pour
éclaircir des questions administratives et
où elle a été retenue suite
à un contrôle effectué sur le
fichier informatique.
Sincèrement,
je ne comprends pas l'enthousiasme du gouvernement
italien.
En quoi consiste la "brillante opération
d'intelligence conduite conjointement par les deux
pays", dont le gouvernement italien se
vante?
Marina
Petrella ne se cachait pas. Elle était
parfaitement connue, tant par les autorités
françaises que par les autorités
italiennes. Elle savaient où elle
résidait, et quel travail elle
exerçait.
Cette arrestation, pourtant, pourrait revêtir
une tout autre dimension si l'on démontrait
que des démarches appuyées ont
été accomplies par l'Italie. Des
démarches insistantes, destinées
à clore définitivement la partie avec
les réfugiés politiques.
L'arrestation de Marina Petrella pourrait alors
être l'anticipation d'une plus
générale - et spectaculaire -
reddition des comptes avec la
génération des exilés des
années 1970.
Si
c'est la juste interprétation, la classe
politique italienne se montre, une fois encore,
totalement incapable d'affronter son passé
en dehors des chambres judiciaires; et il est
permis de penser, d'autre part, que le gouvernement
actuel s'apprête à capitaliser
démagogiquement et sans effort la question
des réfugiés sur le front
médiatique de la sécurité et
de la lutte contre le terrorisme.
Récemment,
l'actrice française Fanny Ardant a
défini Renato Curcio, fondateur des Brigades
rouges, comme un héros. Cette
affirmation a déchaîné la
polémique.
Personnellement, je n'aime pas les héros et
il me semble grotesque de recourir à un tel
terme pour parler de la génération
des années 1970. Une
génération qui ne peut être
réduite ni à une légion de
surhommes, mais pas non plus à une colonie
pénale.
Pourtant, encore aujourd'hui, dans mon pays, la
catégorie dans laquelle on inclut
habituellement les exilés politiques, est
celle des criminels. C'est une définition
que je refuse d'accepter et que, je pense, aucun
historien sérieux ne se prêterait
à confirmer.
L'histoire,
avant des héros et des criminels, est faite
d'hommes et de femmes, dont la conduite - quand
elle est inspirée par des idéaux
collectifs, qu'ils soient justes ou erronés
- doit être considérée à
l'intérieur du contexte temporel dans lequel
elle s'est manifestée.
La
donnée bizarre, c'est que dans la seule
occasion dans laquelle l'Etat italien s'est
occupé de façon organique de la
question de la lutte armée - avec la
constitution de la Commission d'enquête
parlementaire présidée par le
sénateur Pellegrino - il a fait sien le
critère du jugement historique, en parvenant
à deux conclusions sans
équivoques::
la
première, c'est que dans l'action des
organisations armées d'extrême
gauche il n'a été possible de
repérer aucune implication de puissances
étrangères ou de services
"dévoyés";
la
deuxième, c'est que les dimensions
sociales du phénomène furent
tellement profondes qu'on pu le définir
"une guerre civile de basse
intensité".
Pendant
20 ans, tous les gouvernements français ont
rigoureusement adopté la "stratégie
de l'accueil" construite par François
Mitterrand. Il n'y avait rien de
"révolutionnaire" dans la conduite du
président français, inspirée
en premier lieu par un garantismo
**
rigoureux et soutenue par la capacité
d'interpréter avec autorité la figure
du "puissant bienveillant".
Une
conduite sur la base de laquelle la
République française a
décidé d'accueillir ceux qui avaient
rompu tout rapport avec la lutte armée, et
de leur offrir une issue. En
conséquence, elle offrait une
opportunité de réinsertion sociale
à des centaines d'Italiens "installés
en France à la suite d'actes de nature
violente d'inspiration politique
réprimés dans leur pays", comme
encore l'avait affirmé le Premier ministre
Lionel Jospin, quand le président de la
République s'appelait Jacques
Chirac.
Cette
ligne de conduite a été remise en
question au début du nouveau
millénaire. En exploitant l'influence
émotionnelle du terrible attentat contre les
Twin Towers, le gouvernement Berlusconi a obtenu
les premières extraditions de la France, en
utilisant le mot d'ordre de la "guerre au
terrorisme" pour se venger d'une guerre
finie
depuis plus de 20 ans!
Et
encore aujourd'hui, si effectivement les demandes
d'extradition devaient se multiplier dans les
prochains mois, il sera complètement
clair que l'actuel gouvernement italien les aura
promues par un pur calcul politique, avec
l'objectif de les insérer dans cette
"campagne pour la sécurité"
populiste, grâce à laquelle il
espère récupérer une partie du
consensus social qu'il a perdu pendant son
mandat.
Pour
moi, homme de gauche, il est triste de constater
que c'est "mon" gouvernement qui veut jouer cette
partie truquée, qui veut reléguer les
années 1970 dans un "passé qui ne
passe pas", quand au contraire il serait sage
de décider un moratoire des extraditions et
de revenir au thème de l'amnistie. De
réussir, enfin, par un acte de
clémence et dans le respect de toutes les
parties concernées, à recoller les
morceaux de notre histoire.
Ce serait une décision politique courageuse.
Mais, malheureusement, je dois constater que pour
"mon" gouvernement la question de l'amnistie n'est
pas d'actualité. Le vent souffle dans une
tout autre direction.
Se
renouvellent donc les raisons pour que la
République française sauvegarde ces
personnes qu'elle a accueillies il y a plus de 20
ans.
Je pense que le gouvernement lui-même,
nommé par le président Sarkozy, ne
peut ignorer que pendant plus de 20 ans les
pouvoirs exécutifs précédents
ont offert asile aux réfugiés
italiens, en leur permettant de travailler, de se
marier, de se reconstruire une vie. Nous parlons de
centaines de personnes. Comment auraient-ils pu
fonder des familles, des familles
françaises, sans qu'on leur accorde, de
fait, un droit d'asile?
Ainsi
faisant, en accueillant sur son territoire les
perdants d'une "guerre civile de basse
intensité" qui s'est déroulée
dans un pays voisin et ami, la France a
contribué à la pacification en
Italie, elle a permis à des centaines de
militants de déposer les armes et de se
réinsérer dans la
société.
Pourquoi punir aujourd'hui ceux qui se sont,
déjà,
réinsérés?
Pourquoi réduire, aujourd'hui, ces citoyens
à la condition de criminels?
Pourquoi, choisir la vengeance?
Je
ne puis croire que 20 ans après, la France
puisse se rendre complice d'un choix objectivement
cruel, qui ne rend pas honneur à
l'Italie, et qui interdit de lire politiquement une
page tragique de l'histoire de mon pays.
Mauro
Bulgarelli, sénateur italien,
porte-parole du groupe "Insieme con l'Unione" en
commission Justice du sénat
* Sénateur Pellegrino, président de
la Commission parlementaire d'enquête sur
"les massacres et le terrorisme".
**
Conception politique qui souligne l'importance
prépondérante de la garantie
constitutionnelle des droits civils.
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