|
|

|
|
Sous la plume de Guillaume Perrault, un
journaliste "très bien
renseigné", voici la version de la
Chancellerie. Le ministre de la Justice
s'est empressé de confirmer ces
propos sur la chaîne LCI. Nous
savons, par contre, que Battisti a
été arrêté
à la suite de tractations
occultes.
.
|
|
|
Comme
nous l'affirmions dans
notre édition du 16 février
2004,
le ministre de la Justice, monsieur Dominique
Perben a menti sur les circonstances de
l'arrestation de Cesare Battisti,
l'écrivain condamné par contumace en
Italie pour avoir milité, il y a 25 ans,
dans les rangs des Prolétaires armés
pour le communisme. Immédiatement
après l'arrestation, le garde des Sceaux
avait affirmé que Battisti avait
été interpellé pour "avoir
menacé de mort son voisin". Dans
notre édition du 16
février
nous avions déjà affirmé que
ce mensonge du ministre de la Justice était
destiné à occulter sa
responsabilité personnelle dans la
démarche d'extradition qui menace
désormais Battisti. Une démarche
moralement déshonorante. Car la France avait
garanti, depuis 1985, le droit d'asile aux anciens
militants de l'extrême gauche
révolutionnaire italienne, recherchés
dans leur pays pour des "actes de nature violente
d'inspiration politique". Ainsi le soulignait
très précisément, encore en
1998, le Premier ministre de Jacques
Chirac.
L'actuel
coup de force de Dominique Perben est juridiquement
inacceptable: Battisti ayant déjà
été jugé inextradable par deux
avis de la Chambre d'Accusation en 1991.
Et la tentative de revenir sur l'autorité de
la chose jugée ne peut signifier qu'une
seule chose:
De sombres tractations se sont
engagées entre la République
française et l'Italie berlusconienne.
Information qui a été
confirmée par le ministre de la Justice
italien en personne (voir
notre édition du 16
février).
Voici
les faits:
Dès
la réélection de Jacques Chirac en
2002, le gouvernement Berlusconi, insiste pour
récupérer les anciens militants
d'extrême gauche, jusque-là
protégés par la parole de la
République. Le but de la manuvre
consiste à donner en pâture à
l'opinion publique italienne des
"communiqués de victoires antiterroristes"
afin de faire oublier le déluge d'affaires
judiciaires qui encerclent Silvio Berlusconi,
l'ancien membre de la loge maçonnique
putschiste P2.
Quels
sont les termes de ce marchandage inavouable?
En échange de quoi, la Chancellerie
française accepterait-elle de trahir la
parole donnée par la République ? Ces
questions sont toujours sans réponse.
Nous
savons par contre qu'après avoir reçu
une liste de 14 noms du ministère italien de
la justice, le 11 septembre 2002, la Chancellerie
française a accepté de
procéder à une sélection.
Nous confirmons ce que nous avancions dans notre
précédente édition:
l'Italie a concédé à la
France le droit du choix. Quel honneur!
Les
Renseignements généraux ont
immédiatement fourni 14 fiches correspondant
aux noms proposés par le ministre de la
Justice italien Castelli, qui est aussi l'un des
responsables de la très xénophobe
Ligue du Nord. Sur ces fiches, toutes les
adresses étaient à jour... et pour
cause! Suite à la promesse de Lionel Jospin,
agissant en tant que Premier ministre de Jacques
Chirac, de retirer les noms des exilés
italiens du "fichier Schengen", les avocats des
réfugiés ont été
invités à fournir tous les
renseignements concernant leurs clients aux fins de
régulariser leur situation administrative
sur le territoire français. En fait, des
permis de séjour pour eux tous ont
été octroyés. Aujourd'hui,
Maître de Felice et Maître Terrel sont
outrés. "La trahison de la parole
donnée nous fait devenir, en quelque sorte
les délateurs de nos propres clients",
affirment ils.
Déjà
après l'extradition expéditive de
Paolo Persichetti, en août 2002 (voir
nos
éditions du
27.08.2002
et du 12.09.2002),
Louis Joinet, Premier Avocat Général
à la Cour de Cassation déclarait:
"Au plan des principes, les plus gravement
touchés sont surtout des avocats. Ils se
sont portés garants de la confiance en la
parole donnée et se trouveraient
ramenés, a posteriori, à
l'état d'indicateurs. Il est difficilement
concevable qu'un pareil traitement soit
réservé à des membres du
Barreau" (Libération, 23 septembre
2002).
Trois
noms figurants sur la liste fournie par Monsieur
Castelli sont choisis par les services de la place
Vendôme. Il s'agit de deux anciens
militants des Brigades rouges, Enrico Villimburgo
et Roberta Cappelli, et de Cesare Battisti. Il faut
dire que les services du ministère de
l'Intérieur ne se sont pas privés du
plaisir d'attirer particulièrement
l'attention sur l'écrivain. C'est ainsi
qu'ils ont glissé trois fautes
grossières dans la "note blanche" le
concernant (voir
notre édition du 16
février).
Ensuite, comme le confirmait personnellement
Monsieur F. Veaux, Commissaire divisionnaire, chef
de la division nationale antiterroriste "la
mention: interpeller et aviser Parquet" fait
à nouveau son apparition, sur le "fichier
Schengen", à côté des noms des
exilés italiens.
En
janvier 2003, les autorités italiennes
fournissent deux premières demandes
d'extradition, correspondant à deux des
trois "favoris" de la Place Vendôme. Le
dossier concernant la troisième "cible de
choix" n'étant pas encore prêt. Mais
qu'à cela ne tienne... Le 20 mai 2003, le
garde des Sceaux s'impatiente. Il prend
personnellement sa plume pour écrire
à Monsieur le Procureur
Général de la Cour d'Appel de
Paris. "Je vous remercie de bien vouloir
trouver sous ce pli deux dossiers de demande
d'extradition présentés par le
gouvernement italien concernant deux de ses
ressortissants...", écrit Dominique Perben
dans son courrier référencé
sous le n° 2393 T5 et 3527 T5. Le ministre
tient tout particulièrement à
souligner que "les autorités italiennes ont
également saisi le gouvernement
français d'une demande concernant Madame
Roberta Cappelli. Ce dossier n'est pas actuellement
en état d'être transmis à votre
parquet général. Il est possible
toutefois qu'à bref délai le
gouvernement italien nous fasse parvenir les
éléments complémentaires qui
lui ont été demandés". Nous
avons bien lu: "les éléments qui lui
ont été demandés": Le garde
des Sceaux avoue lui-même être à
l'origine de la demande. Ce qui correspond
exactement à ce qu'avait affirmé son
homologue italien le 12 février dernier
(voir
notre édition du 16
février).
Pourtant,
Jean-Louis Nadal, Procureur Général
près la Cour d'Appel de Paris
répondait, le 4 décembre 2003, en ces
termes précis à la sollicitation du
ministre: "J'ai l'honneur de vous faire retour non
exécutées des trois demandes
d'extradition (références:
EXT/2003/02599; EXT/2003/02602; EXT/2003/02605)
visées en objet". Il s'agit d'une
véritable fin de non recevoir. La Justice
refuse ainsi d'être impliquée dans
cette forfaiture.
Mais le ministre insiste. Le 10 février,
Cesare Battisti est arrêté et
immédiatement placé sous écrou
extraditionnel.
Quel
accord inavouable passé avec le gouvernement
de Berlusconi lie Dominique Perben, pour
expliquer l'insistance d'un ministre de la Justice
désavoué par le Procureur
Général près la Cour
d'Appel...
Mercredi
3 mars la Chambre d'instruction de la Cour d'appel
de Paris doit examiner la demande de mise en
liberté de Cesare Battisti. Nous faisons
confiance à l'Etat de droit. Il serait
incompréhensible que la Justice refuse de
libérer immédiatement
l'écrivain. Nous n'osons pas croire que les
juges puissent se soumettre aux raisons occultes de
tractations inavouables passées entre la
Place Vendôme et le garde des Sceaux
berlusconien.
Roberta
Cappelli et Enrico Villimburgo, les deux autres
exilés italiens ayant trouvé asile en
France et "séléctionnés" par
les services de la Place Vendome, ont chargé
leurs avocats d'informer, officiellement:
"Qu'ils entendaient ne se soustraire à
aucune procédure, quelle qu'elle soit,
aussi irrecevable et immorale soit-elle". Ainsi, si
le Gouvernement devait se déshonorer, il ne
pourra plus le faire dans les chambres obscures des
tractations secrètes.
Maîtres
Jean-Jacques de Felice et Irène Terrel, les
avocats des réfugiés italiens,
viennent d'adresser un courrier au Procureur
Général de la Cour d'Appel de
Paris. Il y est écrit: "Nous nous tenons
à votre disposition pour contribuer
à résoudre, une fois pour toutes,
et au plus haut niveau de l'Etat, la question
des 'réfugiés italiens issus des
années de plomb' placés aujourd'hui
dans des situations aussi juridiquement
inacceptables qu'intolérables sur le plan
humain".
|