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Ingrid Betancourt, Nicolas Sarkozy et Marina Petrella: Que vaut la parole de la France?


Par Enrico Porsia

Vendredi 4 juillet 2008


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Ingrid Betancourt vient d'être libérée et Nicolas Sarkozy vient d'envoyer un message aux guérilleros des Farc.
Le président français demande aux guérilleros: arrêtez votre combat. Si vous déposez les armes, la France est prête à vous accueillir.

Question: quelle est la crédibilité de cette proposition de Nicolas Sarkozy, alors qu'en ce moment même, Marina Petrella, ancienne militante des Brigades rouges, se laisse mourir dans les prisons françaises?
Comme beaucoup de militants de l'extrême gauche italienne qui avaient choisi la lutte armée dans les années 70, Marina Petrella avait, elle aussi, été accueillie, officiellement, en France.
Elle avait eu la garantie de la République française: une fois déposées les armes, elle pouvait vivre en France. En toute tranquillité. Tous les anciens militants des organisations combattantes de l'extrême gauche italienne ont alors été régularisés vis-à-vis de l'administration française.

Ce choix du président Mitterrand n'était pas une faveur. La France avait considéré qu'un grave conflit social avait parcouru la péninsule italienne. La commission d'enquête parlementaire italienne, chargée de faire la lumière sur "les années de plomb", était arrivée aux mêmes conclusions: une guerre civile, de basse intensité, avait secoué le pays. "Une guerre civile jamais officialisée". C'est dans ces termes, exacts, que s'était exprimé le sénateur Giovanni Pellegrino, qui avait la charge de présider la commission d'enquête parlementaire en Italie.

Plusieurs centaines de militants des organisations combattantes de l'extrême gauche italienne avaient accueilli favorablement la proposition de l'Etat français.
Aujourd'hui le gouvernement nommé par le président Sarkozy, décide, avec une nonchalance extraordinaire, que la parole donnée par la République française en 1985 n'a plus aucune valeur.
Les anciens militants italiens d'extrême gauche doivent donc être renvoyés dans leur pays pour purger leur peine. Le gouvernement actuel, se moque donc de la parole donnée par le président de la République, au nom de la France. Il est vrai que plus de 20 ans se sont écoulés.
Qu'en sera-t-il, dans vingt ans, de la proposition formulée aujourd'hui par la nouvelle voix de la France, Nicolas Sarkozy?

Pendant ce temps, les militants italiens ont déposé les armes, se sont intégrés à la société française et ont fondé des familles. Marina Petrella a deux enfants.
Elle a été arrêtée l'été dernier, juste après l'élection de Nicolas Sarkozy.
La chambre d'instruction de Versailles a donné un avis favorable à son extradition.
Le Premier ministre François Fillon a signé le décret d'extradition. Seule une décision contraire du Conseil d'Etat peut empêcher que l'ancienne militante des Brigades rouges soit extradée. Une décision du Conseil d'Etat... ou une prise de responsabilité politique du président de la République!

Si Marina Petrella est extradée, elle sera enfermée à perpétuité dans les geôles du Cavaliere Berlusconi, qui était dans les années 70 un membre éminent de la loge maçonnique P2 (voir la liste des adhérents).
Une loge maçonnique occulte, qui était à la botte de Washington. Une organisation antirépublicaine et putschiste qui avait été activée, et financée, par les Etats-Unis d'Amérique pour mettre en œuvre "la stratégie de la tension". Une stratégie qui prévoyait des attentats terroristes et aveugles, tel que l'attentat de la gare de Bologne, où en 1980 une bombe a causé la mort de 85 personnes.

Face à cette situation, face à la trahison de la parole donnée, Marina Petrella a choisi la "grève de la vie". Elle est en train de se laisser mourir en prison.
Que vaut la parole de la France?

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