Tollé en Allemagne, où Eva Herman fait l'apologie des thèses nazies sur la famille. Cette ancienne vedette du petit écran est l'auteur d'ouvrages dans lesquels elle appelle les Allemandes à repeupler le pays. Adoubée par l'extrême-droite, elle peut aussi compter sur le soutien d'une partie de l'Eglise catholique. A
lire aussi: TF1:
Une maison de tolérance pour un
multirécidiviste La chaîne publique NDR où elle travaillait depuis 19 ans a réagi promptement en lui signifiant son licenciement, soulignant que cette décision intervenait après plusieurs dérapages. Pour sa part, son éditeur, Christian Strasser, qui n'avait rien trouvé à redire jusqu'à présent, reconnaissait qu'il s'agissait "du pire épisode de sa carrière". Tout en se défendant de sympathie pour l'idéologie nationale socialiste, Eva Herman, âgée de 48 ans, dénonce un lynchage médiatique basé sur une mauvaise interprétation de ses propos. Mais ses détracteurs rappellent qu'ils s'inscrivent dans la droite ligne de la vision de la famille qu'elle défend depuis des années. "Les femmes aux fourneaux" Dans un précédent ouvrage, Le principe d'Eve, qu'elle avait sous-titré "Pourquoi nous devons sauver la famille", elle plaidait pour une stricte séparation des rôles dans le couple: l'homme doit être "fort" et la femme "soumise". Eva Herman y appelait les femmes "à redonner un sens à leur vie en revenant vers les fourneaux". Et elle les exhortait à faire davantage d'enfants pour sauver le pays d'une mort certaine. Un discours qui n'est pas sans rappeler les thèses natalistes des nazis, qui avaient défini le rôle de la femme dans la société par le slogan "Kinder, Küche, Kirche" (enfants, cuisine, église). Le mardi 10 octobre, le feuilleton a connu un nouveau rebondissement quand Eva Herman est intervenue dans un talk-show populaire de la chaîne publique ZDF. Poussée dans ses retranchements par l'animateur Johannes B. Kerner, elle a déclaré: "Si on ne peut plus s'exprimer sur la valeur famille des nazis, on ne peut pas non plus parler des autoroutes qui ont été construites à cette époque et sur lesquelles nous roulons aujourd'hui". Après cinquante minutes d'un débat à l'avenant, Kerner l'a virée du plateau. A l'indignation générale, plusieurs journaux allemands répondent que la présence d'Eva Herman dans cette émission avait été précédée d'une forte médiatisation. Ce qui a permis à Kerner de réaliser son meilleur audimat de l'année. Près de 30% des Allemands présents devant leurs téléviseurs ce soir-là, soit millions de personnes, ont suivi le débat. Les plus de 65 ans étaient particulièrement nombreux, remarque par ailleurs l'hebdomadaire Der Spiegel. L'extrême-droite ravie Le quotidien à grand tirage Bild a pour sa part orienté le débat sur le sujet de la liberté d'expression. Dans un sondage sans aucune valeur scientifique, 64 % des internautes fréquentant le site du tabloïd de droite estimaient qu'Eva Herman a le droit de s'exprimer! Ce formidable coup de publicité pour leurs propres idées n'a pas échappé aux partis de l'extrême-droite allemande. L'un d'entre eux, le DVU, a appelé ses sympathisants à manifester en faveur de l'ancienne animatrice. Un autre lui propose d'être sa tête de liste aux prochaines municipales à Hambourg. Cependant, la réaction la plus inquiétante est venue de l'Eglise catholique. Après son coup d'éclat sur le plateau de ZDF, Eva Herman s'est rendue à Fulda, dans l'est du pays, pour tenir un discours devant 700 membres du très conservateur Forum catholique d'Allemagne. Elle y a été ovationnée par une salle acquise à sa cause. "Nous avons invité Eva Herman car elle partage notre conception de la famille", a scandé Hubert Gindert, à l'instigation de ce rassemblement. "Art dégénéré" Pour le Conseil central des Juifs d'Allemagne, les événements de ces derniers jours constituent une dérive d'autant plus inacceptable qu'elle survient après d'autres incidents mettant en cause l'Eglise catholique. Le 14 septembre, dans un prêche, le cardinal de Cologne avait recouru à une expression empruntée à l'idéologie nazie, qualifiant "d'art dégénéré" la culture "découplée du culte, de la vénération de Dieu". En mars, un évêque allemand avait comparé le sort des habitants palestiniens de Ramallah à celui des Juifs du ghetto de Varsovie. Après
le discours d'Eva Herman devant le Forum catholique
d'Allemagne, l'institution juive demande donc à
la conférence épiscopale allemande de
clarifier sa position. Pour l'instant, celle-ci reste
muette, soucieuse, sans doute, de ménager des
fidèles vieillissants, dont une partie au moins
adhère aux idées d'Eva Herman. Abonnez-vous
au site Amnistia.net (accès direct à
tous les articles) et recevez, chaque mois, notre
journal Les Enquêtes interdites
(format PDF).
|
|||||||||||||||||