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Rouges-Bruns:
une nouvelle passerelle, via
Bagdad...
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Par
Didier Daeninckx
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Lundi
30 juin 2003
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AMITIES
FRANCO - IRAKIENNES
Comité
pour la libération des Irakiens
séquestrés par les troupes
d'occupation américaines en
Irak
APPEL
POUR LA LIBERATION DE TAREK
AZIZ
La
guerre conduite par les Etats-Unis contre
l'Irak étant illégale au
regard du droit international, la
séquestration de dirigeants, de
civils et de militaires irakiens l'est
tout autant.
Les forces d'occupation américaines
détiennent d'anciens dirigeants
irakiens et de nombreux civils en des
lieux tenus secrets (...)
Ayant appris que le Vice - Premier
ministre Tarek Aziz a récemment
été victime de deux alertes
cardiaques, qu'il risque une
hémiplégie et que son
état de santé est alarmant,
nous réclamons sa libération
immédiate.
Le 19 mai 2003
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Le 19 mai dernier, l'association des Amitiés
franco-irakiennes rend public son appel à la
libération immédiate de Tarek Aziz.
Un mois plus tard, le 25 juin, la liste des
premiers signataires circule sur le net avec, pour
attirer le chaland, les noms d'un
député chevénementiste, d'un
député UMP, d'un député
pasquaïen et d'un député
communiste. Ce dernier s'étonne de figurer
parmi les signataires bien que la diffusion du
texte occupe certains de ses camarades.
Voir
l'intégralité de la pétition
avec la liste des signataires au 25 juin
2003
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"Hors
de tous les conformismes de droite et de gauche, uniquement
soucieux de l'unité nationale, fidèle aux
traditions, adversaires des privilèges,
défenseurs des libertés, nous voulons un
gouvernement qui gouverne et une république qui ne
fasse plus rire d'elle. Et nous appelons tous les
Français, sans distinction de classe ou d'opinion,
à participer à ce bon combat".
Un
lecteur pressé pourrait facilement attribuer cette
envolée à Jean-Pierre Chevènement,
leader de l'exsangue coalition rose-marron. En fait, elle
date de 1951, et figure, sous la signature de Jacques
Isorni, défenseur du maréchal Pétain,
dans le journal Unir dont le rêve était,
déjà, de trouver des lieux de convergences
entre anciens collaborateurs et anciens
résistants.
Il leur
faudra attendre près d'une quarantaine
d'années pour qu'une opération d'envergure
puisse être menée, prenant sa source dans
l'effondrement du bloc communiste et la
désintégration d'une Yougoslavie minée
par l'ultra-nationalisme (voir
notre article L'extrême droite et la guerre des
Balkans: Engagés pour le
pire).
Les vecteurs de cette alliance en formation furent
constitués, en France par deux journaux, l'Idiot
International de Jean-Edern Hallier et l'hebdomadaire
communiste Révolution. On se souvient que des
dirigeants de la presse du Front National pouvaient alors
s'inviter au siège du PC, rue Lafayette, et
participer à l'élaboration de feuilles
à caractère antisémite comme La
Lettre écarlate. Ainsi que le
révèle même Sarah Wajda dans la
biographie critique qu'elle vient de consacrer à
Jean-Edern Hallier, un membre éminent du Bureau
Politique du PC s'était retrouvé à
dîner, place des Vosges chez le directeur de
l'Idiot International, avec Alain Sanders, patron de
National-Hebdo.
Le
scandale provoqué par une réunion commune des
intellectuels du PC et de la Nouvelle Droite d'Alain de
Benoist, à la Mutualité, mettait en
lumière les nombreuses connexions existant entre
des journalistes de Révolution, de
l'Humanité et de l'appareil
"presse-édition" du PC avec les néo-fascistes
de la Nouvelle-Droite. C'est paradoxalement Georges Marchais
qui, à l'époque, mît fin à ces
alliances en gestation après la publication d'une
série d'articles circonstanciés dans Le
Canard Enchaîné et Le Monde.
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Le scandale provoqué par la diffusion de
l'appel pro-serbe piloté par la
Nouvelle-Droite avait conduit nombre de signataires
à retirer leur soutien. Comme
l'ex-députée communiste Aline
Pailler, Didier Motchane, fidèle compagnon
de Chevénement, Philippe Cohen et Elisabeth
Lévy qui usurpaient alors le nom de
l'historien Marc Bloch pour baptiser leur Fondation
basée sur le "ni-droite/ni-gauche",
Jean-François Kahn, patron de
Marianne. D'autres comme Gilles Perrault ou
Max Gallo eurent besoin d'un peu plus de temps pour
trouver la gomme à effacer.
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La
nébuleuse avait repris de la surface quelque temps
plus tard, en 1999, initiant une pétition dont le
titre pouvait rassembler très large: "Non à la
guerre". Il s'agissait en fait d'un soutien
déguisé à la Serbie de Milosevic dont
pas un mot ne condamnait la politique d'épuration
ethnique. Le gros de la troupe des premiers signataires
était constitué par les habitués de la
Nouvelle Droite dont Alain de Benoist, Guillaume Faye, Jean
Mabire, Laurent Ozon, Charles Champetier, le
général Pierre-Marie Gallois etc... On
trouvait, déjà, la fausse écolo Ginette
Skandrani, le pasquaïen futur ex-chevénementiste
Paul-Marie Couteaux, Patrick Besson, Gilles Perrault qui
finit par se récuser tout comme la fine fleur de
l'hebdomadaire Marianne, Jean-François Kahn et
Philippe Cohen en tête. Noam Chomsky s'associait lui
à l'opération par le biais d'un article
donné au journal faisant la promotion de l'appel
(voir
notre article Noam Chomsky: un linguiste
édité par les
néo-fascistes).
A ceux,
de gauche, qui minimisaient le poids de leur présence
sur une liste drivée par l'extrême droite, le
critique Patrick Kéchichian avait répondu
par anticipation dans un article de Art-Press
intitulé "Signer est un acte". Il évoquait
alors les participations "d'hommes de gauche" tels Jean
Baudrillard, Jean-François Kahn
(L'Evénement du Jeudi) ou Bernard Langlois
(Politis) à la revue Krisis d'Alain de
Benoist:
"Mais
non, il faut encore s'attarder, expliquer, souligner
qu'un ennemi est un ennemi, qu'une signature est une
signature, que signer est un acte, une caution
donnée à toutes les pages brochées
ensemble d'une publication et à tout l'entour
idéologique de celle-ci, qu'une revue
dirigée par un homme qui prend ses aises à
l'extrêmité de la droite n'est pas une revue
neutre et sans saveur, que la confusion sert celui qui
l'entretien".
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Le premier avril 1999, le journal Le Monde
révèle le mélange de
signatures néo-fascistes et d'autres
normalement classées à gauche au bas
d'un texte qui roule pour Milosevic, le dictateur
de Belgrade, et dont la première phrase est
la suivante: "Pour la première fois
depuis 1945, un Etat souverain de l'Europe se voit
bombardé par une alliance militaire
placée sous commandement
américain...". La
référence à Berlin, capitale
du IIIe Reich était pourtant assez claire
pour interdire à un progressiste de
cautionner une telle entreprise.
Dès la parution de cette information, on se
bouscule pour retirer son nom. Jusqu'à la
prochaine occasion...
Voir
le document en grand
format
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En
introduction, Patrick Kéchichian posait la question:
"N'ont-ils donc rien appris, rien compris? Le fascisme,
pour eux, commence-t-il au seuil de ce théâtre
où des jeunes gens en chemises sombres envahissent la
scène, courant en tout sens, brassards au bras,
bottes aux pieds, invectives aux lèvres, criant de
haine? L'idée de ruse et de duplicité, du
remodelage des anciennes et canoniques figures, des
leçons, là, bien prises à l'histoire,
des relais cachés, des sourires enjôleurs, du
brouillage des frontières, du poison qui n'a ni
goût ni apparence, qui s'insinue cependant, qui agit
et se répand, contamine... tout cela n'a-t-il aucune
chance de leur traverser l'esprit, de s'y arrêter un
instant?"
Il semble
bien, hélas, que pour certains, l'expérience
ne compte pas. Actuellement, circule sur Internet un
nouvel appel composé dans les mêmes officines
que les précédents. Et force est de constater
que la ruse, même grossière, est toujours aussi
efficace dès lors que l'on s'adresse à un
personnel politique aveuglé par le ressentiment.
Cette
fois, la Nouvelle-Droite fait dans l'humanitaire. Elle
réclame la libération d'un pauvre homme
"victime" de deux alertes cardiaques. Il s'agit ni plus ni
moins de Tarek Aziz, le numéro deux du
régime dictatorial irakien. Un homme qui du temps de
sa splendeur n'a pas eu un mot de condamnation quand son
maître, Saddam Hussein, gazait les populations kurdes,
exécutait les chiites rebellés par centaines
de milliers.
Pour une
telle cause qui ignore superbement les souffrances d'hier et
d'aujourd'hui du peuple irakien, c'est par dizaines que
l'extrême droite la plus rancie se lève. On
trouve ainsi sur la liste diffusée par les
Amitiés franco-irakiennes:
Gilles Munier, ancien militant
national-révolutionnaire, fondateur des
amitiés franco-irakiennes en compagnie de
Jean-Pierre Chevénement, et agent
littéraire de Saddam Husein,
Paul-Marie Coûteaux, souverainiste
pasquaïen et chevénementiste hôte
régulier des banquets de l'Action
Française,
Michel Lelong, ami indéfectible de
Roger Garaudy, (voir
notre article Sciences inhumaines à
l'Harmattan)
Le général Pierre-Marie
Gallois, ponte de la revue Eléments de
Alain de Benoist, préfacier du secrétaire
gnéral du PC russe Ziouganov,
Isabelle Coutant-Peyre, avocate de Garaudy,
et du terroriste antisémite Carlos qu'elle a
épousé en prison, (voir
notre article Sciences inhumaines à
l'Harmattan)
Jean-Pierre Lussan, élu
régional, membre du conseil national du MNR de
Bruno Mégret,
Jean-Paul Cruse, ancien journaliste
à Libération et collaborateur du capitaine
Paul Barril, auteur d'un article de l'Idiot
International titré "Vers un Front National"
dans lequel il prônait l'alliance des communistes
souverainistes, des pasquaïens, des
chevénementistes et des mégrétistes,
(voir
notre article La face cachée de "La face
cachée du
Monde"),
Claude Karnoouh, chercheur au CNRS,
collaborateur régulier de Krisis et
d'Eléments. Le 25 juin 1981, il
déclarait devant la 17e chambre correctionnelle
où était jugé Robert Faurisson: "Je
crois en effet que les chambres à gaz n'ont pas
existé: un certain nombre de vérités
de l'histoire officielle ont fini par être
révisées". (voir
notre article Après Garaudy, un chercheur au
CNRS, soutien de Faurisson en 1981, accueilli par
l'Harmattan)
Pierre-Henri Bunel, commandant de
l'Armée de terre, officier de renseignement,
condamné en décembre 2001 pour "trahison"
au profit des Serbes de Milosevic. Aujourd'hui
pseudo-analyste militaire, on retrouve souvent sa prose
sur le site des Identitaires (ex-Unité
Radicale)
Jean-Loup Izambert, journaliste proche du
PC. Il vient de faire paraître aux éditions
Carnot un ouvrage dans lequel il expose favorablement,
sans présenter sa source, les analyses de
Christian Bouchet, fondateur du réseau
néo-fasciste Unité Radicale.
Mondher Sfar, dont on retrouve une
contribution dans une publication négationniste,
la Revue d'histoire révisionniste.
Cette
énumération est assez éloquente, et
il suffit de faire une recherche basique sur n'importe quel
logiciel pour trouver ces informations.
On peut
donc présumer que lorsque le député
chevénementiste Sami Naïr laisse circuler son
nom au bas de cette pétition, il le fait en toute
connaissance de cause et ne redoute pas d'être sur
la photo. De même qu'Amaury Couderc qui se
présentait sous les couleurs de l'Alliance Rouge et
Verte (Arev) avec le soutien de la LCR. Même chose
pour Pierre Lévy, animateur d'une Fondation qui avait
usurpé le nom de l'historien Marc Bloch, et
éphémère candidat à la
candidature contre Robert Hue. Le courant de la Gauche
communiste dirigé par Jean-Jacques Karman est
représenté par Patricia Latour,
conseillère municipale communiste, opposante
résolue au rénovateur Jack Ralite en
Seine-Saint-Denis.
Le
nom mis en avant pour faire signer les communistes
orthodoxes est celui d'André Gerin, maire de
Vénissieux et député PC du Rhône.
Contacté par la rédaction
d'Amnistia.net, il déclare ne pas avoir
signé le texte. Pourtant, des appels à
l'approbation de cette pétition de la Nouvelle-Droite
émanent d'une section "Politique Extérieure"
dite (Pollex) du groupe des "Rouges-Vifs", structure
d'oppositionnels qui n'est pas inconnue de Pierre
Lévy et d'André Gerin.
Une
bourde de camarades trop sensibles, au cur
attendri par le sort du numéro deux du régime
irakien?
La
Nouvelle-Droite qui a été le laboratoire
idéologique du Front National, avant de parier
sur le courant païen mégretiste, a besoin
aujourd'hui de reconquérir de la surface politique.
Elle claudique, mais il se trouve toujours, sur son chemin,
des "idiots utiles" pour lui servir de béquilles.
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