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Volontaires internationaux contre Franco
Les cadres des Brigades internationales et la politique de l'Internationale communiste

Par Pierre Broué

Lundi 7 janvier 2008



Tant pis si la lutte est cruelle - Volontaires internationaux contre Franco. Coordinateurs: Stéfanie Prezioso, Jean Batou, Ami-Jacques Rapin. ©Syllepse 2008.
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Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse nous publions ici en exclusivité un extrait du livre "Tant pis si la lutte est cruelle - Volontaires internationaux contre Franco", chapitre "Les cadres des Brigades internationales et la politique de l'Internationale communiste" par Pierre Broué. De plus amples extraits seront publiés dans le prochain numéro de notre journal Les enquêtes interdites (format PDF). Sur abonnement. ©2008, Editions Syllepse

L'épopée, et les épopées individuelles, des volontaires internationaux qui vinrent se battre aux côtés des républicains espagnols contre Franco, entre 1936 et 1939. Si les livres sur la guerre d'Espagne que nous connaissons relatent souvent l'engagement des volontaires français, cet ouvrage est sans doute le premier à prendre le parti de raconter les aventures militaires et politiques de ces soldats souvent improvisés, issus de toutes les régions du globe. On y croise, sous forme de récits historiques, d'analyses historiographiques ou encore d'autobiographies, les parcours étonnants, et souvent funestes, des volontaires chinois, japonais, yougoslaves, maghrébins, des Noirs américains en quête du respect qu'ils ne connaissent pas dans leur pays, des Italiens fuyant le fascisme, des Allemands et les Autrichiens le nazisme, la confrontation des anarchistes et des trotskistes avec les staliniens, les Belges et les Français réunis notamment par la même langue, les Suisses en butte aux autorités policières et judiciaires de leur pays, des femmes volontaires pour se battre et pourtant trop souvent relégúees à l'arrière, etc., etc.

En juillet et août 1936, dans les deux premiers mois - décisifs - de la guerre d'Espagne, Staline a fait le grand écart politique. Comment maintenir une politique de non-intervention, et répondre en même temps aux aspirations des masses populaires et des membres des partis communistes où s'exprime un fort courant pour aider l'Espagne, ainsi qu'à la poussée ardente du peuple soviétique qui est convaincu que c'est son histoire que répètent les Espagnols ? La création des Brigades internationales est un premier élément de réponse à des exigences contradictoires, mais elle a été saisie comme le premier pas d'une aide et d'un engagement.

Il n'est pas douteux que c'est le gouvernement soviétique ou plutôt le bureau politique, Staline et ses proches collaborateurs, qui ont décidé de les créer, à la fois pour éviter un effondrement républicain qui aurait coûté cher, pour disposer en Espagne d'un atout politico-militaire, et pour couper l'herbe sous les pieds des initiatives internationalistes qui se multipliaient en Espagne de façon inquiétante pour Staline et pour ses préoccupations de rétablissement de l'ordre et de la légalité, destinées à séduire les puissances occidentales.

Des initiatives dispersées et inquiétantes

Les premiers combattants étrangers dans les rangs des milices ont été les athlètes venus à Barcelone où devaient avoir lieu les Olympiades populaires en juillet 1936. On situe dans une fourchette de 170 à 300 le nombre de combattants qu'ils fournirent.

Les anarchistes catalans ont eu dès le début de petits groupes étrangers dans leurs propres colonnes de la CNT-FAI, le Groupe international de la colonne Durruti où servirent Simone Weil et Emile Cottin, auteur d'un attentat contre Clemenceau. Ils bénéficiaient aussi des services d'un officier d'artillerie français de la première guerre mondiale, aide de Durruti, vivant en Espagne, le capitaine Louis Berthomieu, qui commandait un groupe dans la colonne Durruti.

C'est un républicain italien, proche du mouvement Giustizia e Libertà de Carlo Rosselli, Mario Angeloni, qui fonde la légion italienne de la colonne Ascaso (CNT-FAI); tué au bout d'une semaine, il est remplacé par Carlo Rosselli lui-même. Sans attendre d'ordre, des militants communistes viennent combattre en Espagne, comme le jeune communiste italien Nino Nanetti, parti de Toulouse, arrivé à Barcelone le 20 juillet, au front le même jour à la tête du bataillon des JSU, Octubre. Le POUM, en Catalogne, crée la colonne Lénine, dans laquelle combattent une centaine d'internationaux dirigés par un ancien du PC italien, l'oppositionnel bordiguiste Enrico Russo ; elle quitte Barcelone le 10 août pour le front d'Aragon.

Le communiste allemand Hans Beimler constitue en août une centurie Thälmann, d'une soixantaine d'émigrés de langue allemande, intégrée à la colonne 19 juillet du PSUC. Au même moment, le Français Jules Dumont, arrivé le 20 août, constitue la centurie Commune-de-Paris au sein d'une autre colonne du PSUC.

André Marty fait venir un ancien sous-officier de la coloniale, recom-mandé par le député communiste de Paris Prosper Môquet. Jean Marie dit Geoffroy, parfaitement inadapté, repart rapidement. Le capitaine en retraite Jacques Ménachem commande à Irun, en août 1936, des volontaires français. Ces hommes et un groupe italien combattent jusqu'à leur dernière cartouche. Le chef des Italiens, Remigio Maurovich, dit Gorizia, est tué.

Ailleurs, c'est un foisonnement. D'abord, il y avait des socialistes et des communistes étrangers sur place: Fernando De Rosa, officier de réserve, qui sort de prison après avoir commandé les milices socialistes en octobre 1934, Vittorio Vidali, qui représentait le Secours rouge et Ettore Quaglierini. Vidali devient Carlos Contreras, comandante Carlos, organisateur du 5e régiment et Quaglierini, Pablo Bono2. Des officiers arrivent. Le lieutenant-colonel français Jean Vincent s'est mis au service du gouvernement espagnol ; ce républicain, alors en retraite au Maroc, rejoindra le PCF après la Résistance. Si l'on en croit un rapport de Vital Gayman, les jeunes communistes parisiens Pierre Georges (futur colonel Fabien) et Marcel Pimpaud sont venus aussi de leur propre initiative(...)

- Des initiatives dispersées et inquiétantes
- Les officiers de l'Internationale communiste et de l'URSS
- L'encadrement des Brigades
- Les cadres militaires de l'Internationale venus en Espagne
- Les cadres militaires venant des partis communistes
- Les cadres militaro-politiques et policiers des Brigades
- Les interbrigadistes et la répression
- A quoi les Brigades internationales ont-elles servi?
- Dure destinée

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