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Finkielkraut et Dieudonné, l'effet miroir

Par Didier Daeninckx

Jeudi 24 novembre 2005



(L'interview de Alain Finkielkraut n'est plus disponible en ligne sur le site de Haaretz, ndlr).

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Il fut un temps où la France ne se lamentait pas de la part "black" de son équipe nationale...
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I
l nous est tous arrivé, un jour, accoudé au zinc devant un café, d'entendre un type chercher l'approbation silencieuse de son auditoire en lançant ce qu'il est convenu d'appeler des brèves de comptoir. La discussion de troquet a longtemps figuré parmi les médias les plus importants et l'idéologie qui s'y donnait cours, comme les breuvages qu'on y servait, était rarement d'une grande élévation.

Depuis quelque temps, conscients de la perte d'influence de ces tribunes arrosées, les intellectuels se sont retroussé les manches, inventant par exemple les cafés philo. Alain Finkielkraut est l'un des plus récents animateurs de ce "revival" de la tchatche apéritive. Et si on ne désespère pas de venir l'entendre au "Bar des Amis" d'Aubervilliers tenu par Lakdhar, un cousin par alliance, on reste attentif à ses premiers pas en territoire sécurisé. Alain Finkielkraut a en effet choisi Le Rostand, un confortable repère germanopratin, une sorte de préfecture de la République des Lettres, dont les terrasses donnent sur les couleurs automnales des arbres du jardin du Luxembourg.

C'est dans ce cadre rassurant que le philosophe que le monde nous envie a convoqué la presse pour livrer son message sur ce qu'il connaît le mieux: le malaise des banlieues. Le magazine israélien Haaretz publie deux pleines pages de ses fines sentences qui permettent de faire passer Nicolas Sarkozy pour un aimable plaisantin et Jean-Marie Le Pen pour un modèle de retenue.

Pour Alain Finkielkraut, la révolte n'a pas de causes sociales: "il s'agit d'une révolte avec un caractère ethnico-religieux" basée sur la constatation que "la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane".

On prend la mesure du don d'observation d'Alain Finkielkraut, qui devrait d'urgence consulter Alain Afflelou, quand le philosophe lance cette affirmation hautement scientifique:

"Les gens disent que l'équipe nationale française est admirée de tous parce qu'elle est 'black-blanc-beur'. En réalité, l'équipe nationale est aujourd'hui 'black-black-black', ce qui en fait la risée de toute l'Europe".

Barthez, Coupet, Pirès, Sagnol, Lizarazu, Petit ou Zidane... apprécieront.

Les problèmes de vue du chroniqueur vedette de France-Culture ne concernent pas que l'aspect chromatique. Il déclare ainsi que les émeutiers: "savent très bien que, partout ailleurs, et en particulier dans les pays d'où ils viennent, leur situation serait encore plus difficile pour tout ce qui concerne leurs droits et leurs chances", refusant d'admettre une simple évidence soulignée par le défilé devant les tribunaux des personnes arrêtées: à quelques exceptions près, les incendiaires étaient de nationalité française, et le pays d'où ils viennent s'appelle la France.

Que répondrait, légitimement, Alain Finkielkraut si l'on pointait le lieu de naissance de son père, la Pologne, pour lui conseiller d'aller déverser sa haine dans le "pays d'où il vient"? Pour finir, la voix de l'intelligence s'élève dans le brouhaha soudain du Rostand envahi par des touristes japonais. La France s'est abaissée, elle donne quitus à Dieudonné, ouvre un boulevard à un nouvel antisémitisme, celui des Noirs:

"Mais en France, au lieu de combattre ce genre de propos, on fait exactement ce qu'ils demandent: on change l'enseignement de l'Histoire de la colonisation et l'histoire de l'esclavage dans les écoles (sic). Maintenant l'enseignement de l'Histoire coloniale est exclusivement négatif. Nous n'apprenons plus que le projet colonial a aussi apporté l'éducation, a apporté la civilisation aux sauvages".

Visiblement, le commentateur pointilleux de la société française ne s'est pas aperçu que la majorité gouvernementale avait fait voter une loi, en février 2005, obligeant les enseignants à vanter les mérites de la mission civilisatrice de la France dans les colonies.

Dieudonné doit se frotter les mains, dans son réduit du Passage de la Main d'Or. Alain Finkielkraut lui fournit obligeamment le petit bois dont il a besoin pour entretenir le feu de sa haine parallèle. D'un côté le pilier de café philosophique rejette sur les "Noirs" et les "Arabes" l'organisation des "pogroms anti-républicains", de l'autre, le comique atrabilaire fait porter, au mépris de toute réalité historique, la responsabilité de la traite sur des négriers juifs! Comme toujours, le délire des uns nourrit le délire des autres.

Si l'on ne risquait pas de paraître inconvenant, on pourrait leur conseiller de se reporter à la lecture d'un ouvrage où Noirs et Juifs sont traités sur un pied d'égalité. Un des ouvrages les plus effrayants écrits au siècle précédent, dont on sait qu'il n'en fût pas avare. Je veux parler de "Mein Kampf", d'Adolf Hitler. L'un des aspects négligés de cette machine de guerre contre l'humanité est justement l'alliance conclue en France, selon le dirigeant nazi, entre les "Juifs" et les "Nègres":

"Ce peuple (La France, ndlr), qui tombe de plus en plus au niveau des Nègres, met sourdement en danger, par l'appui qu'il prête aux Juifs pour atteindre leur but de domination universelle, l'existence de la race blanche en Europe. Car la contamination provoquée par l'afflux de sang nègre sur le Rhin, au cœur de l'Europe, répond aussi bien à la soif de vengeance sadique et perverse de cet ennemi héréditaire de notre peuple, qu'au froid calcul du Juif, qui y voit le moyen de commencer le métissage du continent européen en son centre et, en infectant la race blanche avec le sang d'une basse humanité, de poser les fondations de sa propre domination".

Voyez-vous Dieudonné, voyez-vous Finkielkraut, on est toujours le Juif de quelqu'un comme on est toujours le Noir de son voisin.








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