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David
Irving: un négationniste pris
à son propre
piège
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David
Irving vient de perdre le procès
retentissant pour diffamation qu'il avait
intenté à Deborah Lipstadt et
à l'éditeur de celle-ci, Penguin
Books. Irving, connu en Grande-Bretagne pour ses
trente livres sur la Seconde Guerre Mondiale,
refusait l'étiquette de négationniste
que lui avait valu la publication en 1995 du livre
de Deborah Lipstadt: Denying the Holocaust.
Irving
est l'auteur de Hitlers' War (la guerre
d'Hitler), un livre paru en 1977 qui tente
constamment de minimiser les atrocités
nazies et d'exonérer Hitler de sa
responsabilité dans l'extermination des
juifs. Ce livre, et ses déclarations
antisémites et racistes plus ou moins
voilées ont valu à David Irving un
ostracisme grandissant au sein de la
communauté des historiens, et le soutien
appuyé d'organisations néo-nazies de
par le monde, qui voient en lui, on s'en serait
douté, le champion injustement sali d'un
combat intellectuel pour "rétablir" la
vérité sur la Shoah. Mais Irving
s'est toujours défendu d'être
négationniste, et son intelligence retorse
lui a permis pendant de nombreuses années
d'instiller le doute dans les esprits tandis
même que ses liaisons avec les mouvements
néo-nazis, ses speechs enflammés
devant des assemblées fascistes aux
Etats-Unis, en Allemagne, en Argentine et au
Canada, n'auraient dû laisser planer aucun
doute sur ses véritables
motivations.
La
publication du livre de Deborah Lipstadt ayant
sérieusement entamé la
pseudo-réputation d'historien de David
Irving, celui-ci avait donc décidé
d'attaquer l'auteur du livre et son
éditeur au nom de "la liberté
d'expression". Ne laissant à Deborah
Lipstadt et à Penguin Books d'autre choix...
que de se lancer dans une analyse
détaillée des écrits de David
Irving pour prouver que l'accusation de
négationnisme à son encontre
était fondée. Quatre ans de
recherches furent nécessaires, et plus de
2,5 millions de livres de frais de recherches et de
frais légaux, pour épingler une fois
pour toutes David Irving et lui retirer toute
crédibilité.
La
défense a ainsi pu produire devant le juge
Gray un imposant rapport de 700 pages
détaillant la méthodologie historique
d'Irving, compilé pendant trois ans de
recherche et d'analyse par Richard Evans,
professeur d'Histoire Moderne à
l'Université de Cambridge: "Je
n'étais pas préparé,
écrit-il, à rencontrer de tels
abîmes de duplicité dans la
façon dont Irving présentait les
documents historiques, ni pour la manière
dont cette malhonnêteté
s'étendait à l'ensemble de sa
production écrite et orale."
Sur
une trentaine de points précis, Evans, et
les autres historiens qui vinrent témoigner
à la barre, purent montrer qu'Irving avait
sciemment manipulé les faits,
dissimulé des documents qui ne cadraient
pas avec ses thèses ou en avait
tronqué ou falsifié la traduction.
Dans le but de minimiser l'implication d'Hitler
dans l'extermination des Juifs, sous
prétexte qu'aucun document directement
signé de sa main ne prouverait sa
connaissance des faits... qui eux-mêmes
étaient mis en doute: le génocide
systématique de populations entières
était réduit à une
série d'exactions sporadiques,
répréhensibles mais bien
compréhensibles en période de
guerre... une extermination
quasi-inévitable, ni
préméditée, ni voulue, ni
engendrée par personne. Pour ce faire, il
transformait le camp d'Auschwitz-Birkenau (dans
lequel, historien fasciné par l'histoire de
la Seconde Guerre Mondiale et auteur de trente
ouvrages sur cette période, il n'avait
jamais mis les pieds...) en camp de travail
forcé, arguant que les chambres à gaz
servaient à l'extermination des
poux...
Patiemment,
pendant plus d'un mois, les preuves de la
duplicité d'Irving furent amenées
devant la cour: livres annotés de sa
main montrant qu'il avait eu connaissance depuis
1982 d'un ordre établi en 1941 à un
groupe mobile d'extermination, les Einsatzgruppen,
spécifiant qu'Hitler serait
régulièrement tenu au courant de
leurs massacres, notes personnelles où il
laissait filtrer son antisémitisme, son
racisme, compte-rendus de speechs dans lequel il
niait ouvertement l'holocauste pour attiser
l'hilarité malsaine de ses fans: "Plus de
femmes sont mortes à l'arrière de la
voiture d'Edward Kennedy à Chappaquiddick
qu'à l'intérieur d'une chambre
à gaz à Auschwitz" avait-il
affirmé au Canada en 1991, faisant
référence à un accident de
voiture dans lequel la secrétaire du jeune
frère de John Fitzgerald Kennedy avait perdu
la vie.
Le
verdict, lu devant la Haute Cour par le juge Gray
le mardi 11 avril 2000, fut on ne peut plus clair:
"Irving, pour ses propres raisons
idéologiques, a de manière
persistente et délibérée
déformé et manipulé
l'évidence historique... il a
montré Hitler sous un jour
systématiquement favorable... il est un
négateur actif de l'Holocauste... il est
antisémite et raciste et... il s'associe
avec des extrêmistes de droite qui promeuvent
l'idéologie néo-nazie. ... Le contenu
de ses speechs et de ses interviews montre souvent
un biais distinctement pro-Nazi et anti-Juif. Il
proclame... des assertions infondées sur le
régime Nazi qui tendent à
exonérer les Nazis pour les atrocités
terrifiantes infligées aux Juifs... Il se
satisfait de s'entourer de néo-fascistes et
semble partager beaucoup de leurs
préjugés racistes et
anti-sémites. Le portrait d'Irving qui
émerge révèle un
polémiste d'extrême-droite
pro-Nazi."
Irving,
débouté de sa plainte initiale contre
Deborah Lipstadt, a donc perdu toute
crédibilité en tant qu'historien,
mais a aussi été comdamné aux
dépens, soit au remboursement des frais
entrepris par l'éditeur Penguin pour assurer
la défense de Deborah Lipstadt. Son
appartement londonien étant
déjà lourdement
hypothéqué, Irving, qui veut faire
appel, ne pourra jamais rembourser les sommes
déboursées par l'éditeur de
l'écrivain qu'il a traîné en
justice, mais le porte-parole de Penguin a pris la
chose avec philosophie: "Parfois les principes
passent au-dessus des considérations
financières."
Sur
son site web, comme dans la préface de la
nouvelle édition de Hitler's War,
David Irving écrivait: "Il est
donné aux historiens un talent refusé
aux dieux eux-mêmes, celui de modifier le
passé." Pas cette fois, Irving. Pas cette
fois.
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