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Irving est l'auteur de Hitlers' War (la guerre d'Hitler), un livre paru en 1977 qui tente constamment de minimiser les atrocités nazies et d'exonérer Hitler de sa responsabilité dans l'extermination des juifs. Ce livre, et ses déclarations antisémites et racistes plus ou moins voilées ont valu à David Irving un ostracisme grandissant au sein de la communauté des historiens, et le soutien appuyé d'organisations néo-nazies de par le monde, qui voient en lui, on s'en serait douté, le champion injustement sali d'un combat intellectuel pour "rétablir" la vérité sur la Shoah. Mais Irving s'est toujours défendu d'être négationniste, et son intelligence retorse lui a permis pendant de nombreuses années d'instiller le doute dans les esprits tandis même que ses liaisons avec les mouvements néo-nazis, ses speechs enflammés devant des assemblées fascistes aux Etats-Unis, en Allemagne, en Argentine et au Canada, n'auraient dû laisser planer aucun doute sur ses véritables motivations. La publication du livre de Deborah Lipstadt ayant sérieusement entamé la pseudo-réputation d'historien de David Irving, celui-ci avait donc décidé d'attaquer l'auteur du livre et son éditeur au nom de "la liberté d'expression". Ne laissant à Deborah Lipstadt et à Penguin Books d'autre choix... que de se lancer dans une analyse détaillée des écrits de David Irving pour prouver que l'accusation de négationnisme à son encontre était fondée. Quatre ans de recherches furent nécessaires, et plus de 2,5 millions de livres de frais de recherches et de frais légaux, pour épingler une fois pour toutes David Irving et lui retirer toute crédibilité. La défense a ainsi pu produire devant le juge Gray un imposant rapport de 700 pages détaillant la méthodologie historique d'Irving, compilé pendant trois ans de recherche et d'analyse par Richard Evans, professeur d'Histoire Moderne à l'Université de Cambridge: "Je n'étais pas préparé, écrit-il, à rencontrer de tels abîmes de duplicité dans la façon dont Irving présentait les documents historiques, ni pour la manière dont cette malhonnêteté s'étendait à l'ensemble de sa production écrite et orale." Sur une trentaine de points précis, Evans, et les autres historiens qui vinrent témoigner à la barre, purent montrer qu'Irving avait sciemment manipulé les faits, dissimulé des documents qui ne cadraient pas avec ses thèses ou en avait tronqué ou falsifié la traduction. Dans le but de minimiser l'implication d'Hitler dans l'extermination des Juifs, sous prétexte qu'aucun document directement signé de sa main ne prouverait sa connaissance des faits... qui eux-mêmes étaient mis en doute: le génocide systématique de populations entières était réduit à une série d'exactions sporadiques, répréhensibles mais bien compréhensibles en période de guerre... une extermination quasi-inévitable, ni préméditée, ni voulue, ni engendrée par personne. Pour ce faire, il transformait le camp d'Auschwitz-Birkenau (dans lequel, historien fasciné par l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale et auteur de trente ouvrages sur cette période, il n'avait jamais mis les pieds...) en camp de travail forcé, arguant que les chambres à gaz servaient à l'extermination des poux... Patiemment, pendant plus d'un mois, les preuves de la duplicité d'Irving furent amenées devant la cour: livres annotés de sa main montrant qu'il avait eu connaissance depuis 1982 d'un ordre établi en 1941 à un groupe mobile d'extermination, les Einsatzgruppen, spécifiant qu'Hitler serait régulièrement tenu au courant de leurs massacres, notes personnelles où il laissait filtrer son antisémitisme, son racisme, compte-rendus de speechs dans lequel il niait ouvertement l'holocauste pour attiser l'hilarité malsaine de ses fans: "Plus de femmes sont mortes à l'arrière de la voiture d'Edward Kennedy à Chappaquiddick qu'à l'intérieur d'une chambre à gaz à Auschwitz" avait-il affirmé au Canada en 1991, faisant référence à un accident de voiture dans lequel la secrétaire du jeune frère de John Fitzgerald Kennedy avait perdu la vie. Le verdict, lu devant la Haute Cour par le juge Gray le mardi 11 avril 2000, fut on ne peut plus clair: "Irving, pour ses propres raisons idéologiques, a de manière persistente et délibérée déformé et manipulé l'évidence historique... il a montré Hitler sous un jour systématiquement favorable... il est un négateur actif de l'Holocauste... il est antisémite et raciste et... il s'associe avec des extrêmistes de droite qui promeuvent l'idéologie néo-nazie. ... Le contenu de ses speechs et de ses interviews montre souvent un biais distinctement pro-Nazi et anti-Juif. Il proclame... des assertions infondées sur le régime Nazi qui tendent à exonérer les Nazis pour les atrocités terrifiantes infligées aux Juifs... Il se satisfait de s'entourer de néo-fascistes et semble partager beaucoup de leurs préjugés racistes et anti-sémites. Le portrait d'Irving qui émerge révèle un polémiste d'extrême-droite pro-Nazi." Irving, débouté de sa plainte initiale contre Deborah Lipstadt, a donc perdu toute crédibilité en tant qu'historien, mais a aussi été comdamné aux dépens, soit au remboursement des frais entrepris par l'éditeur Penguin pour assurer la défense de Deborah Lipstadt. Son appartement londonien étant déjà lourdement hypothéqué, Irving, qui veut faire appel, ne pourra jamais rembourser les sommes déboursées par l'éditeur de l'écrivain qu'il a traîné en justice, mais le porte-parole de Penguin a pris la chose avec philosophie: "Parfois les principes passent au-dessus des considérations financières." Sur son
site web, comme dans la préface de la nouvelle
édition de Hitler's War, David Irving
écrivait: "Il est donné aux historiens un
talent refusé aux dieux eux-mêmes, celui de
modifier le passé." Pas cette fois, Irving. Pas cette
fois. Abonnez-vous
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