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La
gauche latino-américaine: Entre
épreuve du pouvoir et volonté de
changement Lundi
1er août 2005 Par
Beatriz Stolowicz |
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L'Amérique latine est entrée dans une conjoncture politique nouvelle. En 1997, quelque 60 millions de Latino-Américains vivaient dans des municipalités gouvernées par la gauche. En 2003, c'est le cas de plus de 200 millions. Outre Cuba, deux Etats nationaux sont aussi aux mains de la gauche: le Venezuela depuis 1999 et le Brésil depuis 2003. La force électorale acquise par la gauche est un indicateur pertinent de cette conjoncture politique nouvelle, mais elle ne l'exprime ni ne l'explique suffisamment et pourrait même conduire à des conclusions équivoques. L'une de ces conclusions serait de supposer que la force électorale de la gauche signifie par elle-même un recul absolu des forces conservatrices en Amérique latine. L'enthousiasme et les espérances que cette progression des forces démocratiques inspire, de façon justifiée, ne doivent pas pour autant nous faire perdre de vue la complexité des processus politiques à l'uvre sur notre sous-continent. Dans cette nouvelle conjoncture, les progrès électoraux de la gauche expriment une réalité sociale et politique nouvelle, définie principalement par l'ascension des luttes populaires ainsi que par une recomposition croissante de la capacité de résistance au néolibéralisme. A l'occasion, elle se manifeste à travers des soulèvements massifs qui ont pu freiner certaines privatisations et autres politiques antisociales, ont fait tomber des présidents et, parfois, ont immédiatement précédé des victoires électorales. Pourtant, ce panorama des luttes ne s'accompagnent pas toujours d'une expression électorale correspondante et ces mouvements populaires ne sont pas non plus nécessairement liés aux partis de gauche qui participent aux processus électoraux. En janvier 2000, un soulèvement populaire en Equateur entraîne la destitution du président Jamil Mahuad. En avril 2000, un autre soulèvement populaire à Cochabamba en Bolivie freine la privatisation de l'eau. En février 2001, c'est "la marche de la dignité" convoquée par l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) au Mexique qui mobilise des millions de personnes. En décembre 2001, un mouvement populaire en Argentine fait tomber le président Fernando De la Rúa et trois autres présidents en quinze jours et se maintient dans les rues pendant plus de sept mois. En avril 2002, la résistance du peuple vénézuélien conjure un coup d'Etat, et la mobilisation se répète entre décembre 2002 et février 2003 face au débrayage du patronat putschiste. En mai 2002, une mobilisation nationale débute en Bolivie, qui se maintient de façon ininterrompue jusqu'en février 2003, faisant reculer des décisions économiques impopulaires du gouvernement et réclamant une assemblée nationale constituante (ces mobilisations serviront de base électorale au quasi-triomphe d'Evo Morales cette année-là). En juin 2002, un mouvement populaire à Arequipa au Pérou freine la privatisation du secteur électrique; le même mois, un soulèvement populaire au Paraguay s'oppose à la privatisation des télécommunications, de l'électricité, de l'eau, des égouts, des transports ferroviaires et empêche l'approbation d'une loi antiterroriste. En août 2002, les paysans de San Salvador Atenco au Mexique s'opposent à la construction transnationale d'un aéroport géant et empêchent la prise d'effet de l'expropriation de leurs terres. Au même moment, des médecins et travailleurs de la sécurité sociale du Salvador débutent une grève de sept mois qui s'oppose à la privatisation des services sanitaires. Au Brésil, en septembre 2002, un mois avant les élections présidentielles, dix millions de personnes manifestent contre l'Accord de libre-échange des Amériques (ALCA). En Colombie, en plein milieu de la guerre intensifiée par le plan Colombia, une grève générale est organisée le 16 septembre 2002, et en octobre 2003, les Colombiens font échouer un référendum imposé par le président Alvaro Uribe. A Vieques à Porto Rico, après des années de résistance, le départ de l'île de la marine des Etats-Unis est obtenu en avril 2003. Et entre février et octobre 2003, un soulèvement du peuple bolivien (la guerre du gaz) contre la privatisation de ce secteur contraint le président Gonzalo Sánchez de Lozada à démissionner. Ce ne sont là que quelques exemples notoires, mais il y a beaucoup d'autres mobilisations similaires, dans tous les pays. Parler de la gauche latino-américaine comporte toujours des risques de généralisation qui font perdre de vue les spécificités de chaque acteur politique, les conditions historiques de sa constitution et de ses identités, les réalités sociales et politiques qui le définissent et les circonstances concrètes dans lesquelles il agit. Lorsqu'on parle de partis, il faut ajouter à ces éléments spécifiques les différences dans leurs définitions idéologiques, dans le degré d'organicité et d'homogénéité qu'ils possèdent, dans le lien et l'enracinement qu'ils ont avec les secteurs sociaux qu'ils cherchent à représenter et dans le niveau d'élaboration et de développement de leurs projets politiques ( ) --
Une nouvelle réalité
latino-américaine |
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L'intégralité
de l'article de Beatriz Stolowicz, extrait du livre
"Mouvements et pouvoirs de gauche en
Amérique latine", est publié dans
notre journal Les Enquêtes interdites
n°61-62, numéro double,
été 2005. |
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