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Lettre
ouverte à Jacques Lang, Christine Lagarde,
Dominique de Villepin et aux autres
Par
Carl E. Arkantz, écrivain Lundi
6 novembre 2006 |
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A
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reculons L'évidence est que la grande majorité de la population arménienne de l'Empire ottoman, sans distinction d'âge ou de sexe, a été la victime de massacres organisés et planifiés qui constituent un génocide au regard de la définition donnée par Raphaël Lemkin. Ce même Lemkin n'aurait jamais été interpellé par cette notion de crime, s'il n'avait pas assisté à Berlin au procès de Soghomon Telhirian, le meurtrier du sinistre Talaat Pacha, ministre de l'Intérieur de l'Empire ottoman, un des principaux instigateurs du génocide des Arméniens, réfugié en Allemagne. Cette évidence avait été dénoncée en mai 1915 par la France, la Grande-Bretagne et la Russie qui avaient qualifié les atrocités dont étaient victimes les Arméniens de l'Empire de "Crimes contre l'Humanité". Cette même évidence avait été observée au plus près sur le terrain par des diplomates, des militaires et des médecins allemands et autrichiens alors alliés de l'Empire ottoman. Citons parmi ces observateurs J. Lepsius, qui témoigna à décharge au procès de Telhirian à Berlin ou Armin Wegner, infirmier militaire en Turquie, qui assistant au génocide, sera choqué et photographiera inlassablement des scènes d'horreur pour mieux les dénoncer. Cette évidence a été le combat de l'ambassadeur américain Henry Morghenthau, qui dans ces entretiens avec Talaat Pacha a toujours défendu les principes des droits de l'Homme et du respect des minorités, ce faisant l'avocat infatigable de la cause arménienne. La cour spéciale constituée à Constantinople par les alliés en 1919, qui n'est pas sans rappeler celle de Nuremberg qui jugea les criminels nazis, a condamné par contumace les principaux responsables du génocide des Arméniens. Responsables mis à l'abri par ceux-là mêmes qui les jugeaient afin de préserver leurs petits et leurs grands intérêts dans la région. Ainsi, Madame Christine Lagarde, ministre du Commerce extérieur s'est distinguée, le 12 octobre dernier d'un retentissant: "Si par malheur, cette histoire va jusqu'au bout, cela va nous coûter très cher." Elle nous renvoie à l'amère constatation de Lord Curzon, à la fin de la Première guerre mondiale: "Le pétrole a pesé plus lourd que le sang arménien." Dans ces pleurnicheries hypocrites de ministre du Commerce extérieur, je relèverai trois insultes à l'égard de la mémoire des victimes de ce génocide. La première concerne le malheur. Le malheur, c'est pour les Arméniens d'en être réduit à en arriver là et de devoir demander à la loi d'être protégés en tant que citoyens contre le déni de leur drame, contre le déni de leurs morts, contre le déni de leur deuil. Mieux vaut perdre virtuellement quelques parts de marché avec la Turquie que son âme. Peut-être que Madame le Ministre en est d'ailleurs dénuée. Je déplore de compter parmi eux des personnalités comme M. Jack Lang ou M. Dominique de Villepin. Le premier ne s'est-il pas indigné de l'adoption de cette loi comme étant anticonstitutionnelle. Je voudrais savoir si pour l'éternel ministre de la Culture la loi Gayssot est aussi illégale au regard de la constitution. La lâcheté des puissances occidentales au lendemain de la Première guerre mondiale concernant la condamnation sans équivoque du génocide des Arméniens a ouvert toute grande la porte à la Shoah. Un Nuremberg des criminels de l'Ittihad aurait sans aucun doute dissuadé Hitler et ses émules de suivre la même voie. Combien faudra-t-il de Cambodge, de Rwanda ou de Darfour avant que l'Humanité ne se lève pour y mettre fin? Combien faut-il de sang et de larmes avant que nos respectables "petits" dirigeants arrêtent leurs calculs mesquins, leurs coupables marchandages et leurs honteuses compromissions? Le 18 mai 2006, lors d'un bal des faux-culs (dixit M. André Santini), ces petits calculs avaient abouti à faire repousser le vote de la proposition de loi socialiste tendant à pénaliser le déni du génocide des Arméniens aux calendes grecques. Le 18 octobre, le texte a enfin été voté. Et comme un clin d'il du destin, l'écrivain turc Orhan Pamuk, (1) qui a reconnu la réalité du génocide des Arméniens, recevait ce même jour le prix Nobel de littérature. Certains se réjouissent de l'adoption de cette proposition de loi; d'autres le regrettent. Pour ma part, je regrette qu'on doive en arriver là pour faire respecter le droit de ceux qui ont souffert et continuent à souffrir dans leur mémoire et dans leur chair des séquelles de ce génocide trop longtemps oublié. Je ne pense pas que cette loi entrave le dialogue entre Arméniens et Turcs. J'espère enfin qu'elle réveillera la conscience de ceux qui continuent à nier la réalité de cette tragédie pour que jamais un nouvel Adolf Hitler ne vienne déclarer pour justifier ces crimes futurs: "Qui donc parle encore de l'extermination des Arméniens?" (2)
(2) Propos tenus par Adolf Hitler devant les chefs militaires du troisième Reich réunis à l'Obersalzberg, le 22 août 1939. |
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