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Exclusif Autopsie d'une libération d'otages
Lundi 9 mai 2005, Canal+ a présenté un film produit par Actual Prod qui met en image la très longue enquête menée par notre journaliste Enrico Porsia.
Amnistia.net publie, en exclusivité, les faits et les documents qui ont permis la réalisation de ce film.

Nous remercions Bernard Laine, rédacteur en chef d'Actual Prod, pour sa confiance, son aide et son soutien.


Une enquête d'Enrico Porsia

Lundi 9 mai 2005


Diplomatie parallèle: dans la cabine du Falcon 900, vol Bruxelles-Amman N° DGCEC/0469 du 7 mai 2004.
Au premier plan à droite, Philippe Legorjus, ancien chef des super-gendarmes du GIGN; derrière lui, Marco Vignudelli, qui fut en 1999-2000 au service du ministre de l'Intérieur italien, avant de devenir, officiellement, un porte-parole du président de la Commission européenne Romano Prodi. A sa droite, Daniel Wajcberg, expert en informatique. Tout au fond, Egon Ellenberg, ancien attaché militaire à l'ambassade israélienne à Paris, aujourd'hui "analyste en situations de crise".
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L
a Commission européenne est une institution qui sait, parfois, être bien mystérieuse. Et agir avec une discrétion remarquable dans des domaines très sensibles.
Le 7 mai 2004, un Falcon 900 s'envole de Bruxelles. Son numéro de vol est DGCEC/0469. Direction la Jordanie. Le but du voyage: libérer trois otages italiens détenus en Irak.

L'avion a été mis à disposition par Stefano Manservisi, le chef de cabinet du président de la Commission européenne, Romano Prodi.
A son bord: Philippe Legorjus, ancien patron des super-gendarmes du GIGN, Egon Ellenberg, qui se présente comme "analyste en situations de crise", et son associé Daniel Wajcberg. Dernier passager, Marco Vignudelli, qui fut en 1999-2000 au service du ministre de l'Intérieur italien, avant de devenir, officiellement, un porte-parole du président de la Commission.

"Dans le cadre de nos activités d'aide humanitaire vous êtes chargés d'une mission à Amman pour les actions de préparation nécessaires": précise l'ordre de mission signé par le chef de cabinet du président Prodi.
La veille, le chef de cabinet avait signé un autre document: "Nous avons été informés des activités que vous menez actuellement en vue, notamment, de la libération des trois otages italiens détenus en Irak. Nous comprenons que la Commission européenne est sollicitée pour jouer un rôle d'appui à cette opération humanitaire et que ce rôle pourrait être décisif pour qu'elle aboutisse.
Compte tenu de cela et dans la limite de nos possibilités nous sommes prêts à vous fournir l'assistance requise".

Les choses sont donc claires. Le 7 mai 2004, trois négociateurs de l'ombre, venus de Paris, en compagnie d'un porte-parole de la Commission européenne, engagent une mission visant à libérer Salvatore Stefio, Umberto Cupertino et Maurizio Agliana. Trois agents de sécurité privés italiens, otages en Irak.

Le patron des "services" dément le Gouvernement

Mardi 8 juin, les trois Italiens sont libérés. Avec eux, se trouve aussi un otage polonais, Jerzy Kos. Selon la version officielle, ils ont été délivrés par une action-commando héliportée menée par des forces d'élite de l'armée américaine. C'est une première, et l'action a même été filmée.

L'envoyé spécial à Bagdad du Corriere della Sera est perplexe: "Les militaires sautent à terre avec les mitraillettes braquées, mais il n'y a personne. Absolument personne. Sauf eux. Les otages... Ici, la conviction la plus répandue est que le commando US agissait selon un plan préétabli. On ne peut pas exclure que celui-ci soit intervenu après une longue série de tractations".

Salvatore Stefio, qui se présente comme le responsable des "bodyguards" pris en otage, nous raconte que c'est grâce à son pouvoir de persuasion qu'il est arrivé à manipuler un de leurs geôliers... jusqu'à le convaincre de trahir ses complices et d'alerter les forces de la Coalition.

Selon le communiqué officiel du Gouvernement italien: "La libération des otages a été obtenue grâce à une opération militaire des forces spéciales de la Coalition en liaison avec les services de renseignement italiens et l'accord du Gouvernement".

Enzo Bianco, le président du Comité parlementaire de contrôle des services secrets italiens, contredit pourtant cette version: "L'opération qui a abouti à la libération des otages a été conçue, dirigée et voulue sous la complète responsabilité américaine".
Devant le Comité parlementaire, comme le rapporte très précisément Carlo Bonini dans La Repubblica du 17 juin, Nicolò Pollari, le patron des "services" militaires italiens (le SISMI), est formel. Il déclare que ses services n'ont joué aucun rôle et que c'est seulement au matin du 8 juin, sur requête du général américain Sanchez, que le président du Conseil Silvio Berlusconi a autorisé l'opération.
Il est rare que le patron des "services" d'un Etat démente le communiqué officiel de son Gouvernement diffusé deux jours auparavant...

Que s'est-il vraiment passé? (...)






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