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Exclusif La véridique histoire d'une enquête sensible:
Le président de la Commission européenne, les services secrets, le Vatican et les "diplomates mercenaires"


Par Enrico Porsia

Lundi 23 mai 2005


Egon Ellenberg: un négociateur de l'ombre dévoile les coulisses d'une tractation occulte.
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A lire aussi

Autopsie d'une libération d'otages
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A
la suite de la publication de mon enquête "Autopsie d'une libération d'otages" sur Amnistia.net et diffusée par Canal Plus, les informations qu'elle contenait ont été largement confirmées:

Le président de la Commission européenne Romano Prodi a autorisé un groupe de "négociateurs mercenaires" français à s'engager dans une mission pour tenter de libérer Salvatore Stefio, Umberto Cupertino et Maurizio Agliana, trois otages italiens détenus en Irak (voir notre édition du 9 mai 2005).

Le groupe des négociateurs de l'ombre était composé de:
-- Thierry Lefébure, ancien conseiller d'Edouard Balladur, aujourd'hui lobbyiste international, lié à la droite pure et dure;
-- Egon Ellenberg, consultant en situations de crise;
-- Daniel Wajcberg, expert en informatique.
Philippe Legorjus, l'ex-patron des supergendarmes du GIGN, a aussi participé à la mission.
Un autre ancien gendarme a lui également donné un coup de main. Il s'agit de Jean-Pierre Fabre, qui s'illustra entre 1993 et 1994, à la tête du DPS, le service d'ordre paramilitaire du Front National.
Abdel Amir Al-Rekaby, un représentant de l'opposition irakienne, résident à Paris, a joué un rôle dans la médiation avec le groupe des preneurs d'otages.

Le groupe de "diplomates privés" a été introduit auprès de Romano Prodi par Michel Barnier, le ministre des Affaires étrangères de la République française.

Les "négociateurs de l'ombre" nous ont toujours affirmé qu'ils offraient leurs services moyennant une compensation financière.


Ricardo Franco Levi, conseiller politique et porte-parole du président Prodi, répond à ma question relative au "rôle du président Prodi dans les vicissitudes des otages italiens" avec la déclaration suivante: "Le président Prodi a été sensibilisé par une source de grande autorité. De chaque pas, le président Prodi a informé le ministre de l'Intérieur de la République italienne".
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Les "diplomates mercenaires" affirment avoir reçu, depuis le début de la mission, la garantie d'être rémunérés à hauteur de 600/700.000 euros. Ils certifient que le chef de cabinet de Prodi leur aurait indiqué que le règlement aurait dû intervenir via Saint Marin, une petite République offshore située au beau milieu de la péninsule italienne.
Cette information a toujours été démentie par Stefano Manservisi, le chef de cabinet de Romano Prodi, tout comme par Marco Vignudelli, le porte-parole du président à la Commission européenne.

Où est la vérité?

Le règlement financier de la mission

Premièrement, j'ai pu assister le 13 mai 2005 à un entretien téléphonique entre Egon Ellenberg et Marco Vignudelli. La question du "règlement" a été clairement évoquée, par les deux interlocuteurs (...)

La Commission européenne était-elle au courant?

Deux jours après la publication de mon enquête, le Corriere della Sera rapportait que le Falcon 900 parti de Bruxelles pour Amman le 7 mai 2004, était "de Saint Marin", le petit Etat par lequel aurait dû transiter le paiement.
C'est un ami personnel de Romano Prodi qui a déboursé 41.000 euros pour la location de l'avion, qui n'a donc pas été affrété par la Commission européenne.
L'institution était-elle au courant de la mission?
Ou bien s'agissait-il d'une initiative privée de son président (...)

Les services secrets italiens et les services secrets français

Nous savons que Romano Prodi a informé, "de chaque pas (de la mission, NDLR) le ministre de l'Intérieur de la République italienne". "Une des requêtes des ravisseurs était que le Gouvernement italien ne soit pas mêlé à cette tractation. Or, c'est exactement le contraire qui s'est produit. Nous avons été trahis depuis le départ", accuse aujourd'hui Egon Ellenberg, l'un des négociateurs.
Nous savons aussi que les services secrets italiens du SISDE (l'équivalent de la DST) ne sont pas restés inactifs. Cette information nous a été délivrée par Ricardo Franco Levi, le conseiller politique et porte-parole de Romano Prodi (...)


Dans ce courrier, adressé au chef de cabinet de Romano Prodi, Thierry Lefébure affirme avoir pris "la lourde responsabilité" d'entreprendre la négociation destinée à libérer les otages de la Communauté européenne "en liaison avec le Gouvernement français". Il réclame le règlement "d'un forfait global de 600.000 euros" et invite le chef de cabinet de Romano Prodi à "mettre fin à l'inutile humiliation que votre attitude fait peser sur celles et ceux qui se sont impliqués dans cette affaire, avant qu'elle ne suscite de leur part de légitimes réactions que vous risquez de ne pas apprécier". S'agit-il d'une menace?
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Nous savons encore que le ministre de l'Intérieur italien n'était pas le seul à avoir été informé. "La DST le savait parfaitement bien, puisqu'elle suivait avec une parfaite conscience tout ce que faisait Al-Rekaby. En outre, la DST passe son temps à suivre Egon Ellenberg", nous affirme sans détours Thierry Lefébure, qui ne se cache pas d'avoir commencé cette mission "en liaison avec le Gouvernement français"(...)

Qui a tenté de manipuler le film de Canal Plus?

Nous avons, d'évidence, affaire à un professionnel du contact.
Pendant le tournage du film pour Canal Plus, Thierry Lefébure a entretenu de bien curieuses relations, professionnelles, avec Marie Ange Poyet, réalisatrice du documentaire. Cette dernière n'hésitant pas à le mettre au courant des éléments de mon enquête, jusqu'à lui soumettre le commentaire du documentaire. "J'avais demandé dès le départ à la production de bien vouloir me soumettre le truc avant de le sortir, et ils ont respecté leurs engagements", nous déclare Thierry Lefébure. Cette affirmation est catégoriquement démentie par Bernard Laine, le chef de la rédaction de la maison de production Actual Prod. Il a toute ma confiance.
"Mais vous savez, je n'ai strictement rien changé au texte", nous précise Thierry Lefébure.
Une mise à point bien personnelle, quand on sait que la réalisatrice Marie Ange Poyet a même tenté de glisser, à mon insu, une inexactitude de taille dans le texte. Se calant sur des déclarations inexactes de Thierry Lefébure, la réalisatrice a sensiblement baissé les prétentions financières des "diplomates mercenaires". C'est ainsi que les 600.000 euros demandés se sont réduits en 300.000 dollars. Cette fausse information figurait dans la cassette envoyée, en avant-première, à la presse. Elle a été rectifiée, grâce à ma vigilance, juste avant diffusion.
Mais ce n'est pas tout.

Des contacts d'affaires via le Vatican


Thierry Lefébure, un "diplomate mercenaire" très bien introduit dans les sphères du pouvoir.
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Thierry Lefébure a pris le plus grand soin de ne pas révéler au public le nom de l'émissaire mandaté par l'Eglise chaldéenne l'ayant mis en relation avec Al-Rekaby, l'opposant irakien. En utilisant la réalisatrice comme ambassadrice, Lefébure a prétendu que, si on prononçait son nom, sa vie serait mise en péril (...)

Existerait-il donc une autre raison qui aurait amené Thierry Lefébure à exercer cette pression, afin que le nom de Yako Elish soit eclipsé? Il se pourrait, en fait, qu'en nommant cette personne, auraient pu apparaître les rapports qu'entretient Lefébure avec le Vatican. Avec une certaine frange, bien particulière, de l'Eglise (...)

Le porte-parole de l'opposition irakienne

Le dernier personnage qui a gravité autour de cette équipée originale: Abdel Amir Al-Rekaby. C'est un ancien baasiste irakien (...)

Quand j'ai rencontré Al-Rekaby pour la première fois, il était accompagné par un mystérieux interprète (...)














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