©www.amnistia.net

Abonnez-vous à Amnistia.net


Hezbollah: des "résistants"?


Lundi 4 septembre 2006



Lors de ses démonstrations de force, le Hezbollah emprunte ses symboles à la période historique qui selon lui a été la plus efficace contre "l'entité sioniste", ce dont ces photos témoignent.

.



Au cours du mois d'août, les quelques manifestations organisées en France pour protester contre les bombardements israéliens sur le Liban, ont donné lieu à de bien curieuses juxtapositions: les bannières des organisations de gauche appelant à la mobilisation étant souvent supplantées par les oriflammes jaunes et noires du Hezbollah frappés d'un verset du Coran et d'une Kalachnikov. Ces défilés communs d'organisations laïques et progressistes avec des religieux fondamentalistes rétrogrades ne semblent pas avoir suscité l'enthousiasme si on se réfère à la maigreur des cortèges.

C'est que pour une grande majorité de militants attachés à une paix juste au Proche-Orient, basée sur le retrait total des territoires occupés par Tel-Aviv, la reconnaissance de l'existence d'un état palestinien viable et la sécurité d'Israël, le Hezbollah ne peut être comparé aux mouvements comme l'Organisation de Libération de la Palestine qui avait progressivement su, un temps, se détacher de l'emprise religieuse et proposer des solutions laïques et socialistes à son peuple.

Le Hezbollah (Parti de Dieu) a été créé en 1983, en tant qu'organisation chiite fondamentaliste, avec sa branche armée le Djihad Islamique. Son programme essentiel était alors l'instauration d'un état islamique copié sur le modèle iranien de l'ayatollah Khomeiny, et la lutte déterminée pour l'éradication de toute présence occidentale au Proche-Orient, principalement avec la destruction de l'état d'Israël. Cette orientation a longtemps privilégié l'action terroriste.

Une action terroriste bien particulière: en hybridant revendications politiques et religion, les Hezbollah, exhortent au "martyr". Animés par un cynisme froid et calculateur, ils ont donc banalisé la pratique des attentats suicides. Plus précisément, ils ont développé un véritable "marché des kamikazes". Un jeune martyr est en effet, bien souvent, au centre d'une transaction religieuse et financière. Un kamikaze obtient en effet la promesse de l'ouverture des portes du paradis, pour son âme, et de l'argent pour sa famille. Ce troc sans pitié a valeur institutionnelle.

Les attentats contre les soutiens de l'ennemi principal: les Marines américains (241 morts), les soldats français (58 morts), bombardement de l'ambassade française au Koweït, assassinat de 10 autres soldats français au Liban, prises d'otages, attentats de 1985 sur le territoire français (12 morts). L'un des organisateurs de ces attentats, Fouad Ali Saleh pouvait déclarer au moment de son arrestation: "La forteresse de l'islam est l'Iran. Votre pays, en aidant l'Irak combat l'Iran, et est donc un ennemi... notre principal objectif est de ramener la France à la raison par des actions violentes". Quelques années plus tard, quand le Premier ministre Lionel Jospin, en visite dans les territoires occupés, qualifia le Hezbollah de "mouvement terroriste", il fut sévèrement caillassé. Il fut rappelé à l'ordre par le président Chirac peu enclin à expérimenter une nouvelle fois la puissance de la milice chiite. La seule mesure significative chiraquienne fut l'interdiction d'émettre délivrée à l'encontre la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar, en raison de ses programmes antisémites, en décembre 2004.


Lundi 28 août 2006 : En partance pour Beyrouth pour y apporter leur soutien à la "résistance" libanaise : Marc Robert, longtemps cadre militant du Front National, Thierry Meyssan, président du Réseau Voltaire, Dieudonné, et l'histrion d'extrême-droite Alain Soral.

Thierry Meyssan est toujours membre du secrétariat national du Parti Radical de Gauche (voir le site du PRG).


A lire aussi:

Dieudonné, le comique tripier

Antisémitisme: Dieudonné condamné, ses amis en rajoutent...

La fin du Réseau Voltaire L'infiltration tout azimut sonne la mort de l'association

Réseau Voltaire: Karnoouh démissionne, mais la ligne est maintenue

Réseau Voltaire: Claude Karnoouh était bien aux manettes

Tout le dossier "L'univers des médias"



Beyrouth, 29 août 2006. La délégation des "intellectuels" français (Dieudonné et Alain Soral au premier plan) reçue dans les locaux de la chaîne de télévision du Hezbollah, Al Manar.

La diffusion de cette chaîne est interdite en France en raison de ses programmes antisémites.
.

Depuis le retrait israélien du Sud-Liban, le Hezbollah a pour ainsi dire annexé cette partie du territoire libanais, en interdisant de fait l'accès à l'armée nationale, transformant chaque village proche de la frontière en bunker équipé d'armes livrées par l'Iran via la Syrie. Dans le même temps, les dirigeants du Hezbollah jouaient finement l'image de l'intégration au jeu politique libanais en se présentant aux élections, en participant au gouvernement. Le Hezbollah a accru son emprise sur la faction chiite de la population libanaise au moyen de son réseau d'écoles coraniques où il est enseigné la non-existence d'Israël et la nécessité du martyr. Essentielles aussi dans cette stratégie, les œuvres sociales nommées Djihad al Bina (Mouvement sacré pour la reconstruction) qui verse de 10 000 à 15 000 dollars pour une maison détruite et jusqu'à 250 000 dollars pour le sacrifice d'un jeune kamikaze. Lors de ses démonstrations de force, le Hezbollah emprunte ses symboles à la période historique qui selon lui a été la plus efficace contre "l'entité sioniste", ce dont ces photos témoignent.

Israël, en s'obstinant à ne pas rendre les portions de territoires syriens et libanais qu'il occupe depuis 1967, en ne mettant pas tout en œuvre pour permettre la création d'un état palestinien viable, porte une part de responsabilité dans la radicalisation obscurantiste de mouvements comme le Hezbollah ou le Hamas. Une responsabilité qui lui enjoint de trouver le chemin de la paix pour garantir son existence même. Le désarmement complet du Hezbollah et la pleine souveraineté retrouvée du Liban sur son territoire sud en constituent des préalables.

Ce n'est pas cette voie que choisit, par exemple, le parti d'Olivier Besancenot quand il signe un communiqué commun avec le parti communiste libanais, allié militaire du Hezbollah, dans lequel le déploiement des forces internationales sous l'égide de l'ONU est formellement condamné:
"Or, que préconise la résolution 1559? Elle exige le désarmement de toutes les 'milices libanaises' (terme dont on baptise les mouvements de résistance libanais), le désarmement de toutes les organisations palestiniennes au Liban et le déploiement de l'armée libanaise officielle dans le sud du pays".

Pour la LCR, pour une partie des dirigeants du PCF aussi, le Hezbollah est élevé au rang de "résistance". Faut-il rappeler que ce terme a, en France, une certaine connotation, et que les mouvements de résistance, ici, dans leur ensemble ont toujours refusé le moyen du terrorisme aveugle, de l'opération suicide qui sont les marques du Hezbollah?

Faut-il souligner, au vu des photos publiées, que la résistance combattait ceux-là mêmes qui défilaient le bras levé?

La cause de la paix au Proche-Orient ne peut être que desservie par ces amalgames révulsifs.















Abonnez-vous au site Amnistia.net (accès direct à tous les articles) et recevez, chaque mois, notre journal Les Enquêtes interdites (format PDF).
Abonnements: 4 euros 15 jours | 18 euros 3 mois | 50 euros 1 an


©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation réservés
contact: redaction@amnistia.net

Rédaction: contact

Haut de page
La Une