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La
sécurité: un argument
électoral manipulateur Par
Roland Pfefferkorn, professeur agrégé
de sciences sociales à l'Université
Marc-Bloch de Strasbourg Strasbourg,
vendredi 13 avril 2001 |
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. L'émotionnel et le spectaculaire La rhétorique sécuritaire est d'autant plus porteuse électoralement, que le sentiment d'insécurité fait assez peu appel aux arguments rationnels. L'émotionnel et le spectaculaire l'emportent largement dans ce domaine. Cette rhétorique qui envahit à nouveau depuis quelques années le débat public, est développée depuis des années par des instituts de recherches dépendants du ministère de l'Intérieur et par certains "consultants" intéressés et bien introduits. On signalera notamment dans cette dernière catégorie le duo associant le grand maître "de gauche" Alain Bauer et l'ancien d'Ordre Nouveau Xavier Raufer, qui, sous couvert d'expertise savante, alimentent les peurs urbaines et vendent de la sécurité "clés en mains" aux collectivités locales en maniant allègrement références pipées, chiffres bidons et concepts douteux ("zéro-tolérance", "zone de non-droit", etc). (Voir notre enquête "Les grands maîtres de la 'démocratie blindée'". Deux catégories d'événements Récemment presque toute la presse a repris aveuglément la pseudo-information faisant état de la "hausse de la délinquance", alors que cette statistique produite par le ministère de l'Intérieur demande à être interprétée avec beaucoup de prudence. Elle mesure en effet deux catégories d'événements: l'activité répressive de la police et de la gendarmerie, en recensant les crimes et les délits que ces dernières ont découverts de leur propre initiative; et les plaintes que les victimes déposent de leur propre mouvement auprès de ces services et que ceux-ci acceptent d'enregistrer. La première catégorie représente environ un quart du chiffre global, elle dépend largement de la manière, dont la police travaille et de son efficacité dans l'enregistrements de faits. Une police dite "de proximité" aura tendance à en enregistrer davantage qu'une police plus traditionnelle, davantage repliée sur ses bureaux. Le développement de cette police dite "de proximité", qui vise à rassurer les habitants et qui repère notamment un certain nombre de petits délits qui autrement passeraient à la trappe, se traduira donc, si on fait une lecture trop rapide des chiffres, par une "insécurité" croissante! La seconde catégorie, les trois-quarts de la délinquance chiffrée, dépend pour l'essentiel de conditions socio-économiques connexes, du niveau de chômage et de précarité qui n'est pas sans lien avec le niveau de la petite délinquance, du mode de paiement (d'où par exemple l'augmentation des escroqueries à la carte bancaire), du type de biens à voler et à négocier (auto, moto, vélo, vidéo, audio, etc), de la propension des victimes à déposer une plainte, c'est-à-dire, entre autres, des modalités prévues de l'indemnisation par les assurances (qui implique production de récépissé de dépôt de plainte). Qu'on ne se méprenne pas. Tous les citoyens ont, bien sûr, le droit à la sécurité. Personne n'est ravi de découvrir que son logement vient d'être cambriolé ou que son téléphone portable vient de disparaître. De même, personne se supporte facilement les menaces ou les agressions physiques. Mais faut-il pour autant placer un policier derrière chaque citoyen et mettre en place la vidéosurveillance? On peut en douter. Les délits les plus "visibles" Sait-on que
les atteintes aux personnes et aux biens sont
paradoxalement nettement moins nombreuses aujourd'hui, et
moins graves quant aux conséquences, qu'il y a
quelques décennies (et ne parlons pas du XIXe
siècle!) et que jamais nos villes n'ont
été aussi sûres? Et surtout, sait-on que
l'essentiel des moyens de la police et de la justice sont
consacrés aux crimes et aux délits les plus
"visibles". Que le personnel et les ressources
manquent pour lutter contre la délinquance et la
criminalité en col blanc, et démêler
les affaires impliquant de grosses pointures (escroqueries
financières, affaires de corruption, délits
douaniers, trafics en tout genre, etc)? A lire aussi: Quand la hiérarchie policière analyse la 'violence urbaine' par Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS (Cesdip)
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