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Italie: quand "la gauche" se fait hara-kiri, la droite musclée débarque


Par Enrico Porsia

Newsport, mardi 18 avril 2000


Massimo D'Alema réfléchit:
"Donc, recapitulons... nous étions communistes, on a enlevé "Communiste", c'était trop marqué, on est devenu Parti Démocratique de Gauche... ensuite on a enlevé "Parti", c'était trop typé: et maintenant, j'ai liquidé la gauche!"

C
ela fait bien longtemps que la "gauche" italienne a perdu tout point de repère... Sans doute depuis les années soixante-dix, lorsque le parti communiste, sous l'impulsion de Enrico Berlinguer a accompli sa mutation, et que, bien avant de changer de nom, en abandonnant le label communiste, pour le substituer avec le terme "consensuel" de démocrate, (tout en spécifiant, quand même, qu'il était, encore, de gauche), il a choisi, en se transfigurant, en déformant son identité et en trahissant ses origines, de devenir le parti de l'Etat dans la classe ouvrière... et non plus le parti de la classe ouvrière à l'intérieur de l'Etat. Car c'était bien cela la théorie du "compromis historique", qui interdisait de facto toute possibilité d'une alternative politique. Même formelle. Rappelons-nous, comment l'Italie a été gouvernée pendant 50 ans par l'inoxydable régime de la Démocratie Chrétienne, soutenu même par la pratique honteuse de l'abstentionnisme parlementaire adopté par les élus du PCI. Aucune possibilité d'alternance ne fut imaginée et cela jusqu'à la chute du mur de Berlin. C'était un interdit. La "fantaisie" formelle d'imaginer une "alternative sans alternance ou une alternance sans alternative" n'était même pas imaginable dans le pays, qui après 20 ans de fascisme avait donné naissance à une république imprécise, décrite uniquement par les bouquins des historiens officiels comme étant "née de la Résistance". Or, contrairement à l'histoire officielle, l'Italie ne s'est jamais préoccupée de se "défasciser". Gardons en mémoire l'amnistie concédée à la va-vite aux fascistes emprisonnés après la libération et qui fut signée par le ministre de la justice de l'époque... le principal responsable du parti communiste en personne, Palmiro Togliatti!

Après la chute du mur, après la criminalisation de toute opposition de classe, qui n'avait eu d'autre choix pour s'exprimer que celui de l'illégalité, de la lutte armée, le PCI a trouvé enfin le "courage" pour se proposer comme une force d'alternance. Mais il était néanmoins gêné par l'empreinte de ses origines. Le parti qui s'était ouvert aux classes moyennes n'avait plus envie de "traîner" derrière lui l'étiquette de "communiste". Il vivait cette définition comme un handicap... surtout vis-à-vis de sa nouvelle "clientèle" électorale.

Ainsi, chemin faisant et grâce à la confusion magistralement distillée par ses cadres dirigeants, le parti de "la classe" se débarrassa allègrement de son histoire en se transformant en un "produit générique", vaguement soucieux de conserver simplement une référence de gauche. Par pure forme. Car, une fois parvenu au gouvernement, seul un aveugle n'aurait pas pu voir que le nouveau parti des "démocrates de gauche" n'avait aucun modèle de société à proposer. Aucun objectif de gauche n'était perceptible concernant les salariés, les chômeurs, les immigrés... Bien au contraire, la seule préoccupation du gouvernement D'Alema était celle de mettre l'Italie aux normes des... multinationales qui, bon gré mal gré, gèrent aujourd'hui une Europe, forte de son Euro, mais bel et bien amputée de tout projet politique.

En clonant la politique de droite, l'ex-PCI a déçu ses électeurs... qui, entre la copie et l'original, n'ont pas hésité à choisir. La droite national-populiste, appuyée par les "néo" fascistes de tous bords et incarnée par la coalition de l'ex-socialiste Berlusconi qui faisait figure, dans le schéma mental du président du Conseil D'Alema, de simple candidat gadget, a remporté la mise aux élections régionales de dimanche... Ce scrutin, à cause de l'implication personnelle voulue par le Premier italien Massimo D'Alema, avait une valeur nationale. L'Italie va donc basculer dans le camp de la droite ultralibérale et postfasciste... mais, au fait, qui représente aujourd'hui les valeurs de la gauche dans ce pays?

Evadons-nous!


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