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Italie: les services secrets de Berlusconi

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Par Raphaël Gardel

Newsport, mercredi 28 novembre 2001



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L
e président du Conseil italien Silvio Berlusconi, leader d'une coalition parlementaire de droite "classique", de droite "post-fasciste" et de droite xénophobe, se serait bien passé de la polémique suscitée maladroitement par son ministre de la Fonction publique Franco Frattini. Ce dernier, dans une interview accordée dimanche 25 novembre au quotidien milanais Corriere della Sera, avait présenté le contenu d'un projet de loi concernant la réforme des services secrets de la Péninsule.

Sous couvert de "lutte contre le terrorisme international" ce projet, formulé après deux mois de discussions à l'intérieur de l'exécutif, n'y va pas de main morte. Les huit articles qui le composent donnent aux espions italiens des pouvoirs sans précédents, dans l'intérêt supérieur de la sécurité nationale, bien entendu. Les deux services secrets italiens sont le SISMI (Service d'information de sécurité militaire, sous contrôle du ministre de la Défense) et le SISDE (Service d'information de sécurité démocratique, sous contrôle du ministre de l'Intérieur). Le dernier, bien qu'il soit un service d'espionnage "civil", a vu récemment l'arrivée à sa tête... d'un militaire, le général des carabiniers Mario Mori.

D'après le projet, les "services" seront autorisés à commettre des délits au cours de leurs opérations secrètes. Vols, filatures, perquisitions, interceptions téléphoniques, tout cela sera désormais licite et n'exigera pas l'autorisation d'un magistrat. Il ne s'agit pas encore de "licence de tuer", mais d'un moyen de soustraire les "agents" à d'éventuelles conséquences pénales. D'ailleurs, un autre article dispose qu' "aux services secrets est faite interdiction d'avoir un rapport direct avec l'autorité judiciaire". Exit le contrôle de la magistrature donc. Le Parlement ne sera pas mieux loti. Le comité parlementaire de contrôle des "services", seul organe de surveillance dans l'organisation actuelle, verra son rôle limité... à l'approbation du budget. SISMI et SISDE pourront se passer aussi de l'obligation de soumettre aux représentants du peuple une relation annuelle sur leurs activités, comme c'est le cas maintenant. Le CESIS (Comité exécutif pour les services d'information et de sécurité), censé exercer actuellement une fonction de contrôle et de coordination entre les "services", devra certes être informé des opérations en projet, mais son avis ne sera que consultatif. En définitive, les "services" dépendront uniquement du président du Conseil qui autorisera, lui seul, les opérations et leur durée, se réservant ainsi un pouvoir extraordinaire.

La divulgation intempestive de ce projet a suscité une vive polémique dans la classe politique italienne. Y compris au sein de la majorité qui gouverne l'Italie et qui souhaitait, sur un thème aussi sensible, trouver un large consensus avec une partie de l'opposition de centre-gauche. Une polémique qui porte plus sur la forme employée par le ministre Franco Frattini, jugée "inopportune" voire "enfantine" selon le chef du groupe des DS (démocrates de gauche) Luciano Violante, plutôt que sur le fond qui trouve ses partisans tant dans la majorité que dans l'opposition. Parmi ces derniers, l'ex-président de la commission "massacres" (commission parlementaire d'enquête sur les attentats et le terrorisme) Giovanni Pellegrino déclarait: "Bienvenue à ce régime spécial. Prétendre que les agents secrets agissent suivant les règles ne serait pas logique". Avec des tels adversaires politiques, Silvio Berlusconi peut dormir tranquille. Après avoir réussi à "amnistier" ses propres "crimes financiers" il arrivera bien à créer ses propres "services spéciaux".

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