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L'extrême droite japonaise: quel
sponsor!
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La
semaine dernière, en exclusivité,
amnistia.net révélait que
l'Institut d'Asie Orientale, une structure qui
associe les universités Lyon 2, Lyon 3 et le
CNRS, avait accepté de recevoir une
importante subvention de la Fondation
franco-japonaise Sasakawa (voir
notre édition du
22.03.2002).
Cet accord avait aussitôt provoqué la
démission du géographe Philippe
Pelletier. Dans une lettre rendue publique, il
expliquait en détails les raisons de cette
grave décision. Les documents qu'il mettait
à disposition établissaient sans
aucune contestation possible que la
généreuse fondation portait le nom
d'un criminel de guerre nippon, militant fasciste
de la première heure, que les services
secrets américains transformèrent,
dès le début de la guerre froide, en
chef de croisade anti-communiste. Les nombreux
textes disponibles démontrent
également qu'après-guerre, l'empire
financier de Sasakawa a pu s'épanouir en
s'appuyant sur les organisations mafieuses des
yakusa, et que de fabuleux profits furent
certainement réalisés dans des
secteurs aussi lucratifs que les paris sur les
courses de hors-bord, la prostitution ou le trafic
de drogue. Par ailleurs Sasakawa fut des dizaines
d'années durant en relation directe avec le
fondateur de la secte Moon, puis, dans les
dernières années de sa vie avec le
gourou de la secte Aum, responsable de l'attentat
meurtrier au gaz sarin dans le métro de
Tokyo.
En
réponse aux arguments très solides du
chercheur démissionnaire, le directeur de
l'Institut d'Asie Orientale a fait circuler le
texte suivant:
"Le
directeur de l'IAO, en plein accord avec le
conseil des chercheurs, tient à faire la
mise au point suivante. Philippe Pelletier fait
circuler largement un texte où il annonce
sa démission en remettant en cause une
décision régulièrement
présentée et discutée par
le conseil de laboratoire. Les assertions
profondément inexactes contenues dans ce
texte appellent les rectifications
suivantes:
Lors
du conseil de laboratoire du 17 décembre
2001, j'ai annoncé que l'IAO allait
bénéficier d'une dotation de
45.000 Euros versés sur trois ans, qui
est exclusivement destinée à
l'achat d'ouvrages de sciences sociales sur le
Japon contemporain. L'Institut n'a d'autre
obligation que de fournir la liste des ouvrages
achetés et la copie des factures
correspondantes.
La
Fondation franco-japonaise Sasakawa est une
fondation privée de droit français
reconnue d'utilité publique. Elle est
dotée d'un capital propre, dont les
intérêts servent au financement de
ses activités, et d'un conseil
d'administration dont les membres figurent sur
tous les documents publics de la fondation. Il
convient de rappeler que c'est le Conseil d'Etat
qui autorise la constitution de toute fondation
à l'issue d'une procédure longue
et rigoureuse. Cette fondation française
a en effet été créée
et dotée à l'initiative de la
Nippon Foundation établie par Sasakawa
Ryôichi, décédé
depuis plusieurs années. Ayant eu
accès au dossier de Sasakawa
Ryôichi dans les Archives nationales
américaines, j'ai pu constater qu'il n'a
jamais été inculpé pour
crime de guerre.
Suite
à une faute grave commise à
l'encontre d'un membre de l'Institut, j'ai
présenté ces
éléments lors d'une réunion
extraordinaire des chercheurs de l'IAO
convoqués (18 mars 2000)
spécialement pour débattre de
façon contradictoire de tous les autres
aspects de Sasakawa Ryôichi et de ses
fondations. Bien que divers points de vue se
soient librement exprimés, aucun
élément tangible n'a
été présenté qui
soit susceptible de convaincre l'ensemble de
l'Institut de renoncer à toute relation
avec la fondation franco-japonaise. Nous
constatons, d'ailleurs, qu'un très grand
nombre d'institutions universitaires et
culturelles françaises et
étrangères ont reçu des
subventions des diverses fondations
établies par Sasakawa
Ryôichi.
Notre
collègue, Eric Seizelet, visé sans
être nommé dans le message de
Philippe Pelletier, est sans doute un des
chercheurs français qui par ses travaux a
le plus contribué à la
connaissance de l'idéologie nationaliste
au Japon, à la question des manuels
scolaires et au travail de mémoire sur la
guerre. L'associer insidieusement au courant
révisionniste japonais et à la
mise en cause de la constitution pacifique est
tout simplement absurde. Ses publications en
font foi.
En
conclusion, le directeur et les membres de l'IAO
prennent acte de la démission de Philippe
Pelletier.
Ce
texte a été soumis par le
directeur aux chercheurs de l'IAO
présents, qui l'ont adopté
à l'unanimité des
présents".
Il
est remarquable que dans ce texte, aucune des
affirmations sur le passé fasciste de
Sasakawa ne soit infirmée. Son auteur
utilise la stratégie de l'évitement:
son principal argument consiste à dire que
Sasakawa "n'a jamais été
inculpé pour crime de guerre". Cela
permet de faire l'impasse sur le fait que Sasakawa
a été arrêté en tant que
criminel de guerre, pour ses responsabilités
dans le pillage de la Chine,
incarcéré pendant trois années
dans la prison de Sugamo, et libéré
en décembre 1948 en compagnie de 18 autres
criminels de guerre de classe A pour les besoins de
la lutte anti-communiste.
Le
fait d'invoquer comme justification le fait que le
criminel n'ait pas été jugé
est un argument d'une indécence rare
à Lyon: il aurait pu être
employé, jusqu'en 1986, pour
dédouaner un Klaus Barbie par exemple. Il a
en effet fallu quarante années de combat
vigilant pour imposer la tenue du procès de
ce criminel nazi exfiltré en Amérique
du Sud par les réseaux américains
dans l'immédiat après-guerre.
L'indécence
est redoublée quand on connaît
l'adresse du bâtiment qui accueille
l'Institut d'Asie Orientale: 14, avenue Berthelot
à Lyon.
Il
s'agit de l'ancienne école de santé
militaire qui abrita, pendant l'Occupation, les
services de la Gestapo. C'est là, dans ces
sous-sols que furent torturés à mort
des dizaines de résistants. En 1999, le
Progrès de Lyon consacrait un article
à la création de l'Institut des
Sciences de l'Homme dont l'Instititut d'Asie
Orientale fait partie. Le directeur de l'Institut,
Alain Bonnafous, avait pour l'occasion
procédé au baptême des salles
du nom de sept martyrs, pour perpétuer leur
souvenir. "Tous sont passés entre les
mains des tortionnaires qui ont sévi dans
ces lieux. Leur engagement et les circonstances de
leur martyr sont dorénavant rappelés
à l'entrée de chacune des salles"
déclarait-il alors. Il s'agit de Jean
Moulin, de l'historien Marc Bloch, d'André
Bolier, d'André Frossard, d'Ernest
Léger, de Georges Lyvet, d'Elise Rivet.
Et
au moment où deux films en la mémoire
de Jean Moulin sont en tournage dans la capitale
des Gaules, un groupe d'universitaires
amnésiques font leurs courses avec la menue
monnaie d'une fondation qui porte le nom d'un
criminel de guerre.
A
quand une salle "Sasakawa" dans l'ancienne
école de santé militaire de
Lyon?
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