©www.amnistia.net

Newsport

Abonnez-vous
aux Enquêtes Interdites,
notre journal


Argent sale pour la fac: tout "Le Monde" savait...

A lire aussi:
L'université et le CNRS lyonnais une nouvelle fois dans la tourmente

L'extrême droite japonaise finance-t-elle un labo de Lyon II?


Par Patrick Farrel

Paris, mardi 2 avril 2002


Le Monde du 20 juillet 1995.
Agrandir le document.
.

L
a démission du chercheur Philippe Pelletier de l'Institut d'Asie Orientale de Lyon a révélé au grand public les agissements de certains mandarins lyonnais qui ont accepté, sans états d'âme, de recevoir une importante subvention de la part d'une fondation japonaise portant le nom d'un militant fasciste emprisonné, en 1945, comme "criminel de classe A".

La seule ligne de justification des responsables de l'IAO comporte deux angles: nous ne sommes pas les seuls à avoir tendu la main à la Fondation Sasakawa. De plus, Ryoichi Sasakawa, décédé en 1995, n'a jamais été condamné pour ses responsabilités dans l'effort de guerre japonais. Il a même été libéré, le plus légalement du monde, en 1948.

Nous avons eu la curiosité de consulter les archives du journal Le Monde et principalement l'article consacré par son correspondant au Japon, Philippe Pons, au lendemain du décès de Ryoichi Sasakawa.

Le premier argument développé par le directeur de l'IAO, l'historien Christian Henriot, est abattu en flammes:

"En France, la fondation Sasakawa est active auprès d'institutions qui se fient de bonne foi à son label d'intérêt public ou ferment les yeux sur l'origine des fonds. Ses activités sont au demeurant peu répréhensibles, à l'exception d'opérations telles que "l'arrosage" de membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) lors de la réelection controversée de son actuel président, Hiroshi Nakajima" (Le Monde, jeudi 20 juillet 1995)

Nous laisserons au lecteur le soin de juger si l'IAO lyonnais s'est fié de bonne foi au label d'intérêt public de la fondation, ou si ces membres ont délicatement fermé les yeux. Le climat humide de la capitale des Gaules exclut, d'emblée, tout soupçon d'arrosage complémentaire.

Le premier argument de l'historien Christian Henriot a les apparences de la réalité, et quelques-uns de ceux qui ont voté à ses côtés pour recevoir le chèque de Sasakawa n'ont pas cherché à creuser davantage la question. L'envoyé permanent du Monde avait pourtant balisé le chemin depuis ce fameux 20 juillet 1995. Le portrait qu'il dresse du bienfaiteur de la fac lyonnaise débute ainsi:

"Ex-criminel de guerre, un des 'parrains' de la pègre japonaise reconverti dans l'humanitaire, Ryoichi Sasakawa, est mort mardi 18 juillet à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Peu d'hommes auront eu image si contrastée: à l'étranger, un bienfaiteur dont on acceptait les largesses en feignant d'ignorer son passé; au Japon, un homme puissant et craint, mais peu respecté, car nul n'ignorait son histoire".

Avant d'en venir à l'absence de condamnation formelle pour crimes de guerre, seul argument des pontes de l'IAO en faveur de Sasakawa, il est utile de rappeler que le parrain ne passa pas que trois ans derrière les barreaux en attente d'un jugement qui ne vint pas. Avant-guerre, il fut condamné à deux ans d'emprisonnement, qu'il effectua bel et bien, pour extorsion de fonds. Il dirigeait alors un parti de la droite extrême dont l'une des principales activités consistait à pourchasser les militants de gauche, les pacifistes, à casser les grèves par la force.

Lors de l'invasion de la Chine, l'empire qu'il avait mis sur pied se spécialisa dans le pillage des ressources minières du pays-continent.

Philippe Pons explique de quelle manière les crimes de guerre de Sasakawa échappèrent à une sanction:

"Arrêté pour 'crimes contre la paix et conspiration', Sasakawa sera libéré sans procès trois ans plus tard. Comment un homme qualifié par les documents des forces d'occupation américaines de 'partisan acharné de la guerre d'agression en Asie' échappa-t-il au procès? Comme Kodama ou comme Kishi (qui sera premier ministre en 1956), Sasakawa profita du revirement de la politique de Washington: la défaite prévisible du Kuomintang en Chine, le début de la guerre froide, l'agitation sociale nippone inquiétaient les Etats-Unis. Et ces trois hommes étaient tout désignés pour reconstituer des réseaux appelés à être des ferments de l'anti-communisme: à la demande de Willoughby, chef des services de renseignement de Mc Arthur, ils furent "lavés".

Traditionnellement, les Japonais aiment à venir se prélasser et se laver dans une sorte de baignoire collective, le "furo". La même eau sert à toute la famille, aux invités, aux amis.

Qui aurait pu penser, en 1948, que l'eau du bain de Ryoichi Sasakawa servirait encore, à Lyon, un demi siècle plus tard?

A lire aussi:
L'université et le CNRS lyonnais une nouvelle fois dans la tourmente

L'extrême droite japonaise finance-t-elle un labo de Lyon II?

Abonnez-vous
aux Enquêtes Interdites,
notre journal


©www.amnistia.net
journal illustré
Tous droits de reproduction et représentation interdits
contact: redaction@amnistia.net

Haut de page
Newsport