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L'ouragan
Katrina: Le désastre annoncé Mardi
18 octobre 2005 Par
Patrick Le Tréhondat et Patrick
Silberstein |
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En septembre 2005, après la tempête et les trombes d'eau, l'inondation noiera sous plusieurs mètres d'eau les rues, les vies et les existences de La Nouvelle-Orléans. Les bons temps ont roulé dans les larmes à mesure que l'eau croupie, chargée de déchets toxiques, d'excréments et de cadavres en décomposition, a envahi la ville. Capables de semer la guerre et l'apocalypse à des milliers de kilomètres de leurs côtes, la Maison Blanche et son Pentagone se sont révélés incapables de porter secours à leurs concitoyens. Plus tard, bien plus tard, trop tard pour apporter des secours, une armée de petits gars du coin, dépêchée par la gouverneure, patrouille, équipée en guerre, aux quatre coins de la ville. Mais comme si cela n'était pas suffisant, des supplétifs mercenaires, eux aussi lourdement armés, stipendiés par quelque richissime firme capitaliste, montent la garde pour défendre la propriété privée. Evidemment pas celle des petites gens qui n'avaient pas grand-chose - pas même une misérable guimbarde pour fuir - et qui n'ont plus rien, mais la propriété des nantis et des possédants, qui n'attendaient qu'une divine occasion pour nettoyer la ville à grande eau et s'emparer des terres. Comme au bon vieux temps. Law and Order rime avec "land grabbing" (la loi, l'ordre... et l'accaparement des terres). A l'Ouest du Mississipi il n'y a rien de nouveau! "Pas de ça chez nous", a éructé Jim Crow, désignant les "négros" et les va-nu-pieds qui voulaient traverser le Mississipi pour se réfugier de l'autre côté ! Hélicos, M-16 et fusils à pompe se sont chargés de contenir les fuyards du bon côté du fleuve. Ils sont entre 150.000 et 200.000, travailleurs, pauvres, vieux, presque tous Noirs, à être restés. Pas de voiture, pas d'argent, pas envie de partir et de toute façon nulle part où aller. Incapable d'assurer leur évacuation, leur protection ou de leur porter secours, le maire a voulu ensuite qu'on les chasse de force. Il est vrai que les prix du terrain grimpent aussi vite que le niveau de l'eau et que les premiers spéculateurs se poussent du coude pour racheter tout ce qui est à vendre La reconstruction de La Nouvelle-Orléans sera à l'évidence un énorme chantier. On va y raser des quartiers entiers et reconstruire une ville nouvelle. La bataille pour le contrôle de la ville a commencé dès les premiers jours de la catastrophe. Les intérêts vont évidemment se heurter. Ils se heurtent déjà. Comme au temps de l'expansion du chemin de fer. Les milieux d'affaires sont d'ores et déjà en ordre de bataille. Ils ont l'argent, les appuis, les complicités politiques, la force de la Loi et les bandes armées. Face à eux, dans un long et lent duel, les simples habitants se sont organisés pour remplir le vide laissé par les autorités et pour tenter de dessiner un autre avenir. Le règlement de compte sera dur car il consiste ni plus ni moins à mettre un terme à la logique prédatrice et destructrice du capital. Le train que conduit celui-ci est emballé, sans conducteur, sans autre destination que le profit des actionnaires. Pour paraphraser Walter Benjamin, les pionniers de l'autre Amérique qui sont évoqués dans ce livre - qui leur donne largement la parole - sont de ceux qui essaient de serrer le frein d'urgence et de mettre ce train sur une autre voie. Ephéméride d'une catastrophe naturelle qui ne l'est pas tant que ça "Le plus abominable, dans cette horrible tragédie de La Nouvelle-Orléans, est que les eaux, en se retirant, ne dévoilent pas que des cadavres, mais une société qui jamais ne s'est souciée des victimes de leur vivant, et qui, ayant consenti quelques jours de deuil à tant de disparus, se tournera, satisfaite, si ce n'est ravie, vers la promesse de profit qui succède à la reconstruction d'une ville", Percival Everett, cité par Télérama. Mercredi 24 août, Katrina approche des côtes de Floride qu'elle abordera le lendemain, entre Hallandale Beach et North Miami Beach. Les vents soufflent à 130 km/h (catégorie 1). Soufflant désormais sur la terre ferme, l'ouragan faiblit. Vendredi, il se déplace à nouveau au-dessus du golfe du Mexique, où il reprend de la force pour atteindre la vitesse de 160 km/h (catégorie 2). Le gouverneur de Louisiane décrète alors l'état d'urgence tandis que 10.000 gardes nationaux sont déployés le long des côtes. Bien avant les populations civiles, les plateformes pétrolières et les avions stationnés sur les bases de l'US Air Force de la région sont évacués. Le Pentagone et les compagnies pétrolières disposaient-ils d'informations plus précises sur la force de l'ouragan ou simplement d'un traitement de faveur? |
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L'intégralité
du chapitre "Ephéméride d'une
catastrophe naturelle qui ne l'est pas tant que
ça", extrait du livre "L'ouragan Katrina -
Le désastre annoncé", sera
publié dans le numéro 64, d'octobre
2005, de notre journal Les Enquêtes
interdites. |
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