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Lettre
ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des
Libertés Policières Par
Jean-Jacques Reboux Mardi
12 décembre 2006 |
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L'un
des policiers de l'UPP833A qui les poursuivaient a
passé ces messages sur la fréquence
radio à 17 heures 32: Dans
les premiers temps, alors que la mort de ces deux
adolescents provoquait de violents incidents en
banlieue, le ministre de l'Intérieur niait
le fait que Zyed et Bouna étaient
poursuivis, sans aucune raison, par les forces de
police. Le 24 juillet 2006, j'ai été dépouillé de mes effets personnels (montre, téléphone portable, sac-à-dos, portefeuille, papiers d'identité, pièces de monnaie) par des inconnus qui m'ont charitablement autorisé à garder mon short, mes chaussures, ma chemisette et mes lunettes. Ces individus n'eurent pas grand mérite. Peu entraîné à l'effort physique, submergé par la conjonction de l'effet de surprise, de leur robustesse, leur détermination, la violence de leurs gestes, et ployant sous le nombre - ils étaient une bonne douzaine -, je n'eus d'autre choix que de les laisser s'approprier l'objet de leur convoitise, leur abandonnant, en plus de la liste précitée, les plus précieux de tous les biens dont puisse disposer un être humain : ma dignité et ma liberté. Ces personnes, leur forfait accompli, me conduisirent alors au commissariat le plus proche, rue Truffaut, afin, non pas de me permettre de déposer une plainte qui aurait été justifiée, mais de déposer à l'encontre de leur victime, menottée aux chevilles et aux poignets, une plainte pour outrage et rébellion. Dans la première partie (...), j'ai essayé de décrire, à partir de la situation de départ, hélas banale dans la France sécuritaire de nos tristes années zéro, d'une "bavure policière", ce que peut ressentir un citoyen ordinaire pris dans l'engrenage d'une situation provoquée par la brutalité, l'arbitraire, l'arrogance imbécile de certains policiers à qui personne - ni leur hiérachie qui les couvre, ni la justice qui oppose une solidarité sans faille avec le corps policier -, ne vient demander des comptes, selon l'adage bien connu que "le policier a toujours raison". Les comptes, c'est au citoyen de les rendre. Pas au représentant de l'ordre, citoyen au-dessus des lois, fût-il lui-même facteur de désordre et porteur de tous les excès, alors que la mission qui lui a été assignée (ne l'appelle-t-on pas "gardien de la paix") impose tout au contraire retenue, respect, assistance, dévouement. Le lecteur sera fondé à se demander: "Mais qu'avait-il donc fait pour qu'une douzaine de policiers l'embarquent menottes aux poings et aux chevilles ? Enfin, voyons, en France, pays des droits de l'Homme que le monde entier nous envie, on ne prive pas sans raison les gens de la liberté!" Eh bien, justement, si. On fait ça, en France. On le fait même très bien. Et de plus en plus. Tout le monde le sait. Mais on ne le dit pas assez. Et vous avez beau être révolté, écuré par ces pratiques, il est difficile, tant que ça ne vous est pas arrivé personnellement, d'imaginer à quel point une bavure policière peut être traumatisante, dégradante, inhumaine. Jean-Jacques
Reboux, Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy,
ministre des Libertés Policières,
©APRÈS LA LUNE - 26 rue Pétrelle
75009 Paris - www.apreslalune.com Commandez
ce livre avec alapage.com 24
juillet 2006, 19 h, avenue de Clichy, Paris 17e.
Comment un banal contrôle routier peut
conduire un citoyen à passer 3 h dans un
commissariat, menotté aux poignets et aux
chevilles, pour avoir contesté un PV bidon
puis, dans un second temps, commis le gravissime
délit d'outrage à agent (qui consiste
à dire un gros mot à un agent
assermenté), puis celui de rébellion
(qui consiste à refuser de se laisser
embarquer par douze flics
déchaînés, violents,
grossiers). Point culminant de cette bavure, la
petite phrase qui fait froid dans le dos, entendue
dans la bouche d'un flic au comportement de
milicien, dont la matraque me taquinait les
côtes: T'AS DE LA CHANCE QU'IL SOIT PAS
PRÉSIDENT! faisant référence,
on l'aura compris, au ministre de
l'Intérieur Nicolas Sarkozy, candidat aux
élections
présidentielles. A
lire aussi: Coup
de Karcher sur la Cité
Titanic A partir de ce postulat ubuesque, pourtant gravé dans les tables de la loi, toute tentative de raisonnement débouche fatalement sur une mur d'incompréhension, un dialogue de sourds, une faillite intellectuelle. Qui peut se conclure, comme cela arrive de plus en plus souvent par un outrage. C'est précisément ce qui m'est arrivé le 24 juillet. Excédé, pris de panique, hyper-stressé, poussé à bout par autant de [autocensuré], j'ai fini par craquer. Et dire à ce policier un de ces mots qu'il ne faut jamais dire à un citoyen en uniforme, sous peine de commettre une infraction réprimée par l'article 433-5 du Code pénal, aggravant ensuite mon cas en refusant de me laisser embarquer par un quarteron de brutes. Lors de mon interpellation, j'ai entendu, de la bouche de l'un des nombreux policiers présents, dont le comportement évoquait irrésistiblement celui d'un milicien sous l'Occupation, une petite phrase sur le ministre de l'Intérieur, qui m'a fait froid dans le dos. Pour cette raison, et parce que cette réplique faisait allusion à l'élection présidentielle de 2007, à laquelle le ministre en question se présente, il m'a semblé judicieux, après avoir livré à la Ligue des droits de l'homme le récit de ma mésaventure, de donner à ma démarche une dimension républicaine, citoyenne, politique - j'aurais tout aussi bien pu dire morale ou philosophique si j'étais certain que ces mots avaient une chance de trouver quelque écho dans la construction mentale, parfois autistique, du microcosme policier. Si la première partie de cette lettre est motivée par la colère suscitée par l'arbitraire, elle reste viscérale parce que réagissant à une injustice personnelle. Dans la seconde partie, en revanche, il m'a paru utile de laisser de côté mon individualité de citoyen blessé dans sa dignité pour aller à la rencontre des autres. (...) Et puisqu'il s'agit, en quelque sorte, de prendre la parole au nom d'autres citoyens - au nom de toutes celles et ceux qui ont été un jour, ou une nuit, victimes de violences policières, souvent infiniment plus graves -, il m'a paru essentiel de donner à cette missive une résonance publique, et je ne l'aurais probablement pas fait si son destinataire n'était pas candidat à la Présidence de la République. Car après tout, les ministres de l'Intérieur passent; peu ou prou - et je ne dis pas cela pour faire de la peine à M. Nicolas Sarkozy - l'Histoire les oubliera. Ce qui n'est pas tout à fait le cas des présidents de la République. Et peut-être est-ce d'ailleurs pour cette raison, intime, impérieuse - et qui ne nous regarde pas tant qu'il en reste au stade de candidat -, que ce dernier se présente à la Magistrature suprême. Voilà pourquoi cette lettre n'a pas été envoyée par la Poste. Mais par la Presse. Comme il n'est pas certain que les médias s'en fassent l'écho, on pourra se la procurer dans ces havres de liberté d'expression qu'on appelle librairies. Au-delà du témoignage, ce livre est un cri d'alarme à propos de quelques questions essentielles sur l'avenir des libertés dans la République. Eu égard à la personnalité de son destinataire, au combat dans lequel il s'est lancé, et dont le succès pourrait être lourd de conséquences pour nos "libertés chéries", cette lettre pourra paraître quelque peu partisane. Ce n'était pas le but initial. Mais face à un homme politique qui a tendance à faire du ministère des Libertés publiques dont il a la charge celui des Libertés policières, il est difficile de rester impartial. Et de ne pas lorgner vers le pamphlet. Enfin, cet ouvrage comporte une troisième partie, écrite après la tempête, une fois la colère apaisée, se présentant sous la forme d'un glossaire pratique, intitulé: "De la police, de ses coutumes, de son répertoire, et des différents moyens offerts par la société au citoyen pour se protéger des abus de certains de ses membres dévoyés". GLOSSAIRE (morceaux choisis) "AVEZ-VOUS
DES ANTECEDENTS PSYCHIATRIQUES, MONSIEUR
[MADAME]?" MINISTRE
DE L'INTERIEUR Extrait
du quizz "les ministres de l'Intérieur" REBELLION "T'AS DE
LA CHANCE QU'IL SOIT PAS PRESIDENT!" |
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