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Le "miracle" chinois vu de l'intérieur


Points de vue d'auteurs chinois

Jeudi 5 janvier 2006


Le "miracle" chinois vu de l'intérieur, points de vue d'auteurs chinois, édition Syllepse/Centre tricontinental
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Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse et du Centre tricontinental nous publions ici en exclusivité un extrait de l'éditorial "Conditions de la critique intellectuelle en Chine", extrait du livre "Le 'miracle' chinois vu de l'intérieur". L'intégralité de l'éditorial a été publié dans le numéro 67 des Enquêtes interdites. ©2005, Editions Syllepse / Centre tricontinental

"La Chine souffre aujourd'hui de ce qu'il y a de pire dans les deux régimes à l'œuvre - la nouvelle hégémonie néolibérale et l'ancienne tyrannie socialiste revisitée." Lapidaire peut-être, cette formule de Wang Hui, l'une des grandes figures intellectuelles chinoises et l'un des auteurs de ce numéro d'Alternatives Sud, a le mérite d'indiquer toute l'explosivité du cocktail d'économie ultralibérale et d'autoritarisme politique qui permet aujourd'hui à la Chine de s'imposer sur la scène internationale comme la superpuissance en devenir. Les nouveaux rapports sociaux et de pouvoir induits par la mise en place d'une société de marché ont pour corollaire la polarisation sociale et le développement profondément inégalitaire de la société chinoise, dans les campagnes comme dans les villes.

Au-delà de ses "effets libérateurs" et de son impact évident sur la croissance du pays, l'ouverture de la Chine à "la mondialisation" a aggravé les impasses et les dérives des années 1990: crises écologiques, corruption, migrations de masse vers les villes, exploitation effrénée de la main-d'oeuvre, marchandisation du travail rural, chômage urbain... La complexité du réel et les évolutions sociales internes font plus que nuancer les discours téléologiques sur la modernisation et les images du boom productiviste et consumériste de la Chine contemporaine.

Conditions de la critique intellectuelle en Chine
Editorial par Lau Kin Chi, présidente d'Arena (Asian Regional Exchange for New Alternatives) et du Comité éditorial de Asian Exchange, professeur à l'Université Lingnan à Hongkong

Bien que les courants politiques au sein de l'intelligentsia soient très mélangés, deux camps distincts apparaissent tout de même dans les débats. Les membres du premier s'appellent eux-mêmes "les néolibéraux". Ils épousent l'idée du libre marché, de la libéralisation et l'adoption par la Chine d'un paradigme du développement visant à faire d'elle un Etat moderne à l'image des Etats-Unis. Ils représentent le courant dominant.

De l'autre côté, on trouve les intellectuels parfois présentés comme "la nouvelle gauche", critiques à l'égard des réalités sociales. Ils épousent les idéaux socialistes d'égalité et de justice, et ne nourrissent pas la position simpliste de négation de toute l'histoire de la nouvelle Chine. Ils tentent plutôt de comprendre la complexité du développement social et de l'émancipation individuelle. Comme beaucoup d'entre eux ont choisi ou ont été obligés d'aller travailler à la campagne ou à l'usine, ils cultivent une connaissance et une certaine familiarité avec les réalités quotidiennes des gens ordinaires, des paysans, des femmes, des ouvriers, des minorités nationales. Leur positionnement à gauche n'en fait pas des partisans des politiques coercitives de l'Etat, ni des gens aveugles aux persécutions et aux souffrances subies par une grande partie de la population durant la "Révolution culturelle". Ils sont étiquetés "nouvelle gauche" parce que sans être de vieux démagogues du parti, ils refusent de consacrer le capitalisme comme la recette pour le développement de la Chine.

A l'étranger et même en Chine, on fait souvent la distinction trop simple entre partisans de Deng Xiaoping et partisans de Mao Zedong. Mais ceux qui n'appuient pas les choix néolibéraux de Deng Xiaoping constituent une population assez hétérogène, dont une partie est également critique à l'égard de Mao, en raison notamment des divergences entre sa théorie et sa pratique. Mao s'était par exemple fait l'avocat de la lutte contre la bureaucratie, alors que lui-même était à la tête de la bureaucratie du parti et de l'Etat. Mao parlait des campagnes harcelant les villes, mais ne critiquait pas la modernisation comme Gandhi le faisait; sa vision du développement de la Chine, c'était l'urbanisation et l'industrialisation. Il y a beaucoup de diversité dans les façons dont le maoïsme est articulé ou critiqué aujourd'hui en Chine. Il est dès lors hasardeux de considérer comme "maoïstes" tous les groupes qui s'opposent à l'économie de marché néolibérale.

Il en va de même pour les groupes qui en apparence épousent le néolibéralisme; ils sont traversés de multiples contradictions qui reflètent la situation chaotique de la Chine, tantôt source d'avantages, tantôt source de frustrations, mais dont les développements actuels bénéficient à peu et nuisent à beaucoup(...)

-- Des intellectuels critiques
-- Néolibéraux, maoïstes et nouvelle gauche…
-- Images occidentales et contradictions sociales internes
-- Droits de l'homme, injustices et modernisation capitaliste
-- Espoir d'un livre et réalités de l'intelligentsia



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L'intégralité de l'éditorial "Conditions de la critique intellectuelle en Chine" extrait du livre "Le 'miracle' chinois vu de l'intérieur", a été publié dans notre journal Les Enquêtes interdites n°67 (format PDF).
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