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Le "miracle" chinois vu de
l'intérieur, points de vue
d'auteurs chinois, édition
Syllepse/Centre tricontinental
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Avec
l'aimable autorisation des Editions Syllepse et du
Centre tricontinental nous publions ici en
exclusivité un extrait de l'éditorial
"Conditions de la critique intellectuelle en
Chine", extrait du livre
"Le
'miracle' chinois vu de
l'intérieur".
L'intégralité de l'éditorial a
été publié dans le
numéro 67 des Enquêtes
interdites.
©2005, Editions
Syllepse
/ Centre
tricontinental
"La
Chine souffre aujourd'hui de ce qu'il y a de pire
dans les deux régimes à l'uvre
- la nouvelle hégémonie
néolibérale et l'ancienne tyrannie
socialiste revisitée." Lapidaire
peut-être, cette formule de Wang Hui, l'une
des grandes figures intellectuelles chinoises et
l'un des auteurs de ce numéro d'Alternatives
Sud, a le mérite d'indiquer toute
l'explosivité du cocktail d'économie
ultralibérale et d'autoritarisme politique
qui permet aujourd'hui à la Chine de
s'imposer sur la scène internationale comme
la superpuissance en devenir. Les nouveaux rapports
sociaux et de pouvoir induits par la mise en place
d'une société de marché ont
pour corollaire la polarisation sociale et le
développement profondément
inégalitaire de la société
chinoise, dans les campagnes comme dans les villes.
Au-delà
de ses "effets libérateurs" et de son impact
évident sur la croissance du pays,
l'ouverture de la Chine à "la
mondialisation" a aggravé les impasses et
les dérives des années 1990:
crises écologiques, corruption, migrations
de masse vers les villes, exploitation
effrénée de la main-d'oeuvre,
marchandisation du travail rural, chômage
urbain... La complexité du réel et
les évolutions sociales internes font plus
que nuancer les discours
téléologiques sur la modernisation et
les images du boom productiviste et
consumériste de la Chine
contemporaine.
Conditions
de la critique intellectuelle en Chine
Editorial par Lau Kin Chi, présidente
d'Arena (Asian Regional Exchange for New
Alternatives) et du Comité éditorial
de Asian Exchange, professeur à
l'Université Lingnan à
Hongkong
Bien
que les courants politiques au sein de
l'intelligentsia soient très
mélangés, deux camps distincts
apparaissent tout de même dans les
débats. Les membres du premier s'appellent
eux-mêmes "les
néolibéraux". Ils épousent
l'idée du libre marché, de la
libéralisation et l'adoption par la Chine
d'un paradigme du développement visant
à faire d'elle un Etat moderne à
l'image des Etats-Unis. Ils représentent le
courant dominant.
De
l'autre côté, on trouve les
intellectuels parfois présentés comme
"la nouvelle gauche", critiques à
l'égard des réalités
sociales. Ils épousent les idéaux
socialistes d'égalité et de justice,
et ne nourrissent pas la position simpliste de
négation de toute l'histoire de la nouvelle
Chine. Ils tentent plutôt de comprendre la
complexité du développement social et
de l'émancipation individuelle. Comme
beaucoup d'entre eux ont choisi ou ont
été obligés d'aller travailler
à la campagne ou à l'usine, ils
cultivent une connaissance et une certaine
familiarité avec les réalités
quotidiennes des gens ordinaires, des paysans, des
femmes, des ouvriers, des minorités
nationales. Leur positionnement à gauche
n'en fait pas des partisans des politiques
coercitives de l'Etat, ni des gens aveugles aux
persécutions et aux souffrances subies par
une grande partie de la population durant la
"Révolution culturelle". Ils sont
étiquetés "nouvelle gauche" parce que
sans être de vieux démagogues du
parti, ils refusent de consacrer le capitalisme
comme la recette pour le développement de la
Chine.
A
l'étranger et même en Chine, on fait
souvent la distinction trop simple entre partisans
de Deng Xiaoping et partisans de Mao Zedong.
Mais ceux qui n'appuient pas les choix
néolibéraux de Deng Xiaoping
constituent une population assez
hétérogène, dont une partie
est également critique à
l'égard de Mao, en raison notamment des
divergences entre sa théorie et sa pratique.
Mao s'était par exemple fait l'avocat de la
lutte contre la bureaucratie, alors que
lui-même était à la tête
de la bureaucratie du parti et de l'Etat. Mao
parlait des campagnes harcelant les villes, mais ne
critiquait pas la modernisation comme Gandhi le
faisait; sa vision du développement de la
Chine, c'était l'urbanisation et
l'industrialisation. Il y a beaucoup de
diversité dans les façons dont le
maoïsme est articulé ou critiqué
aujourd'hui en Chine. Il est dès lors
hasardeux de considérer comme
"maoïstes" tous les groupes qui s'opposent
à l'économie de marché
néolibérale.
Il
en va de même pour les groupes qui en
apparence épousent le
néolibéralisme; ils sont
traversés de multiples contradictions
qui reflètent la situation chaotique de la
Chine, tantôt source d'avantages,
tantôt source de frustrations, mais dont les
développements actuels
bénéficient à peu et nuisent
à beaucoup(...)
--
Des intellectuels critiques
-- Néolibéraux, maoïstes et
nouvelle gauche
-- Images occidentales et contradictions sociales
internes
-- Droits de l'homme, injustices et modernisation
capitaliste
-- Espoir d'un livre et réalités de
l'intelligentsia
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