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Monaco: écran de fumée autour de la mort du banquier

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 Newsport, lundi 6 décembre 1999


P
ar peur d'être tué il a préféré mourir asphyxié. C'est le destin du banquier Edmond Safra. "C'est seulement le premier assassinat d'une longue chaîne, j'en suis convaincu" commente Felipe Turover, opaque homme d'affaires et maintenant principal témoin dans l'affaire du Russiagate...

Depuis que le nom de sa banque, la Republic National Bank (RNB) of New York avait été mêlé au scandale du Russiagate (voir notre édition du 06/10/99), le richissime banquier, Edmond Safra, avait pris la décision de collaborer avec le Fbi. Il se sentait menacé. C'est pour cette raison que récemment il avait décidé de quitter sa propriété de 70 hectares sur les hauteurs de Villefranche pour se barricader dans son appartement blindé de Monaco. Ici, au dernier étage d'un des immeubles les plus sûrs (le palais de la Belle Epoque, au "17 avenue Ostende" abrite en effet trois banques dont la RNB) de la principauté à "l'inviolabilité" légendaire, il vivait entouré par un service de sécurité composé par des anciens agents du "Shinbet", les équipes spéciales qui forment la garde du corps du gouvernement israélien. Pourtant, vendredi 3 décembre, a 4 heures 35 du matin le standard de la sûreté publique de Monaco reçoit un appel du concierge de "La Belle Epoque": "Il y a deux bandits... ils sont au sixième étage, là où habite monsieur Safra..." Il venait de voir arriver, ensanglanté, Ted Maher, celui qui se faisait passer pour un des infirmiers de "Monsieur".

"Ils m'ont agressé... Ils veulent le tuer!... Je suis arrivé à alerter ma collègue Vivian, je lui ai crié de s'enfermer dans la salle de bains (qui dispose d'une porte blindée)". Cet homme, que le procureur général de Monaco, Daniel Serdet, s'obstine à définir comme étant "un infirmier", n'aurait en vérité pas une grande culture médicale. Lui aussi, comme Samuel Cohen, le responsable de la sécurité d'Edmond Safra, aurait fait ses études au "Shinbet". Il est le seul témoin de l'agression. Selon sa version deux individus masqués se seraient introduits dans l'appartement, l'auraient blessé avec deux coups de couteau et auraient ensuite mis le feux avant de s'envoler... entre la Méditerranée et ailleurs... Pendant ce temps, Safra, terrorisé, refusait d'ouvrir la porte de sa salle de bains blindée même à sa femme, avec qui il était en communication via un téléphone portable, en craignant qu'elle ait été prise en otage par les mystérieux killers... Peu après, le banquier était découvert mort asphyxié en compagnie de Vivian Torrent, son infirmière, par les sapeurs pompiers.

"Il y a encore beaucoup de choses à éclaircir, mais qui est arrivé à entrer connaissait la maison et en avait les clefs" devait déclarer hier au journaliste italien Carlo Bonini, le procureur général de la principauté, Daniel Serdet, un magistrat français détaché à Monaco.

Le procureur a visiblement des doutes quant au témoignage du soi-disant "infirmer" rescapé de l'attentat. En effet, après des longs interrogatoires il vient aujourd'hui de décider de placer Ted Maher en garde à vue.

Il faut dire que Interpol vient de produire un rapport inquiétant concernant les investissements russes de Saint-Tropez à Menton... Et que, peut-être, les autorités monégasques n'ont plus vraiment la possibilité de détourner une enquête, si brûlante, dans les labyrinthes des archives...

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