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écrivains contre les discriminations: Un
livre collectif du MRAP Mercredi
2 novembre 2005 |
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La
permanence du MRAP-Paris en quelques chiffres...
Environ
400 personnes bénéficient de conseils
téléphoniques chaque année.
Plus de 200 personnes résidant à
Paris ou y ayant subi une discrimination sont
reçues. Plus d'un tiers des situations
rencontrées donnent lieu à un suivi.
Les victimes ne souhaitent pas toujours poursuivre,
ou sont orientées vers les organismes
spécialisés (services sociaux,
médicaux, association d'aide au logement).
Entre
2000 et 2003, les discriminations
rencontrées dans notre permanence se
répartissent de la manière suivante:
34% vie sociale et voisinage, 30% vie
professionnelle, 22% police et
sécurité, 9% éducation et 3%
logement. Chaque
année nous portons une vingtaine d'affaires
en justice. Tous les procès engagés
depuis la création de la permanence ont
été soit gagnés, soit n'ont
pas encore abouti. De
nombreux cas de violences policières ont
été signalés à la
permanence. Il s'agit là de discriminations
particulièrement graves car elles impliquent
l'expérience physique du "passage à
l'acte" par un représentant des forces de
l'ordre. Ces violences subies sont ensuite
redoublées par les nombreux obstacles
auxquels les victimes se heurtent: un déni
de la part de la hiérarchie policière
et des collègues qui ont été
témoins car la loi du silence règne;
la difficulté de prouver les faits, en
l'absence de personnes acceptant de
témoigner, des enquêtes à
décharge de l'IGS (Inspection
générale des services), et le
classement sans suite systématique des
plaintes par les procureurs. De plus, les policiers
auteurs de violences prennent souvent les devants,
de manière à intimider les victimes:
ils dressent des PV pour outrage, rébellion,
ou incivilités. Préface de Emmanuelle Le Chevallier, présidente de la fédération de Paris du MRAP: "Il n'y avait rien de plus terrible que son regard..." C'est l'une des phrases que nous entendons souvent dans notre permanence. Elle en dit long sur la violence, souvent silencieuse, qui blesse les victimes du racisme au quotidien. La fédération de Paris du MRAP anime depuis mai 2000 une permanence d'accueil des victimes de discriminations raciales. Nous y recevons de nombreuses personnes qui, dans leur vie quotidienne, parce qu'elles sont d'une autre couleur, d'une autre origine, et alors même qu'elles vivent en France depuis de longues années et sont souvent de nationalité française, ont souffert de la violence, du refus d'un bien ou d'un service, d'une insulte, ou d'une agression physique. Du sous-entendu méprisant, de la mauvaise blague qui ne fait pas rire, aux refus d'embauche à répétition, jusqu'aux violences de certains représentants des forces de l'ordre, le racisme se devine souvent et s'exprime parfois. Il marque les victimes, et les enferme dans un statut différent. Face à des situations qui les ont choquées, les victimes viennent nous demander notre soutien. Nous les accueillons, nous les écoutons et nous tentons de leur apporter un réconfort. Nous les accompagnons dans le difficile parcours pour obtenir respect, justice et réparation. A côté de ces interventions individuelles de soutien, de médiation, ou de plainte en justice, nous avons souhaité faire connaître et donner à comprendre ces violences. Car les fragiles et douloureux témoignages que nous recueillons mettent la lumière sur une société dont les stéréotypes racistes restent sous-jacents. Et si les faits qui ont fait venir la victime à nous étaient la goutte qui a fait déborder le vase, ils se situent dans une histoire personnelle jalonnée de faits similaires. C'est pourquoi, face à la systématisation des pratiques discriminatoires, nous avons souhaité aller au-delà des réponses individuelles. D'autant que la discrimination est souvent difficile à prouver, et que nous nous heurtons à une justice peu mobilisée sur ces questions. Les nombreux classements sans suite sont une nouvelle insulte faite aux victimes. Les témoignages que nous recevons à la permanence ne devaient pas rester enfermés dans nos dossiers. Nous avons la responsabilité de faire connaître ces situations et de les dénoncer. A partir des témoignages recueillis, nous avons choisi de combiner une connaissance par l'analyse et par l'émotion, en croisant des textes sociologiques, des nouvelles, des dessins et un guide pratique. Ce choix nous a amenés à établir un partenariat avec des scientifiques et des créateurs. Véronique de Rudder et Christian Poiret, sociologues, directeurs de recherches au CNRS, ont rédigé, après avoir lu nos témoignages, un texte d'analyse sur l'aspect sociologique du racisme. Quatorze écrivains ont réagi par une nouvelle inédite, et Daniel Zimmerman a une nouvelle fois élevé la voix contre la bêtise, depuis son coin de paradis. Quatre dessinateurs se sont joints au projet. Le tout a été coordonné par Marc Schindler-Bondiguel, en s'appuyant sur l'expérience de Laïla Garnier, responsable de la permanence solidaire. Nous espérons que ces textes seront matière à réflexion, et qu'ils contribueront à faire évoluer les pratiques et les mentalités, tant des individus qu'au sein des institutions.
L'égalité
des cancres... Ça peut paraître idiot, mais ce matin-là j'étais assez fier d'étrenner mon nouveau cartable. Je n'aime pas les sacs à dos, surtout ceux avec des peluches, des fanfreluches, et il avait fallu fouiner dans les rayonnages du magasin pour mettre la main sur une sacoche assez grande pour contenir tous mes livres de cours, les cahiers ainsi que la trousse de crayons et de stylos. Que du neuf pour me porter chance, me donner du courage. Je suis arrivé le premier dans la cour de récréation, rue de Bagnolet, et je les ai vus pousser la grille un à un. Le seul qui m'a serré la main, c'est Gérard. Une sorte de gros nounours autiste qui s'est plongé dans la lecture de L'Equipe. Les autres se sont contentés de tourner la tête et de passer devant moi comme si je n'existais pas. À part Richard et Sébastien qui m'ont toisé en se poussant du coude, le rictus aux lèvres. J'ai pris l'habitude de l'hostilité ou de l'indifférence, par contre je n'ai jamais pu me faire au mépris. Je sais que je n'aurais pas dû, mais j'ai soutenu leur regard. On a toujours un peu peur dans ces cas-là, sauf qu'on ne peut pas s'empêcher d'y mettre une once de défi, on sent que l'il brille et que l'autre, en face, ne le supporte pas. La salle se situe au deuxième étage. Les tables et les chaises étaient empilées, dans le fond, et il a fallu les installer face au bureau. Je me suis retrouvé isolé, entouré d'une sorte de vide sanitaire et quand le prof a commencé son cours, il a fait comme si c'était normal, il n'a rien trouvé à y redire. La même chose s'est reproduite pendant toute la semaine, personne n'a réagi à cette mise à l'écart, même le directeur quand il est venu saluer la nouvelle promotion. À la cantine, j'étais le seul à manger seul. C'est Richard qui a ouvert les véritables hostilités. On avait décidé de jouer au foot, au moment d'un inter-classes, et le tirage au sort m'a désigné pour faire partie de son équipe. Il m'a repoussé vers l'autre camp. - Nous, on ne veut pas de morts-vivants! Ils se sont tous mis à rire, sauf Gérard qui a piqué du nez vers ses chaussures. C'est peut-être pas grand chose, mais je lui suis reconnaissant de ne pas s'être joint à la meute. Je suis allé me mettre dans un coin et j'ai maté, au loin, les filles qui faisaient de l'exercice de l'autre côté des grilles, au-dessus des voies abandonnées de la ligne de petite ceinture. En remontant les escaliers, j'ai compris que le "mort-vivant" de Richard leur avait plu. Ils l'avaient tous adopté à une exception près. Le lendemain, une affiche d'un film d'horreur, "Le retour des morts-vivants" était scotché sur ma table, puis j'ai trouvé de petites figurines de monstres en plastique glissées dans mon cartable. J'ai fini par me plaindre au responsable de la formation qui a noté l'ensemble de mes griefs avant de m'adresser au psychologue scolaire. L'homme en blouse blanche a commencé par me dire que ce n'était pas bien méchant, et que vu mon état je ne devais pas m'attendre à autre chose. J'ai tout d'abord pensé qu'il plaisantait à froid, j'ai lu ça quelque part, que c'est souvent ce que font les psychologues pour évacuer le stress des consultations. Je me suis vite rendu compte que ce n'était pas le cas lorsqu'il m'a fait passer les tests et qu'en me penchant je voyais qu'il notait "B" quand je répondais "A" et qu'il inscrivait "A" quand je disais "B". A l'issue de l'entretien que j'avais moi-même sollicité, j'étais classé comme inapte aux études auxquelles j'avais pourtant accédé grâce au concours national de sélection. J'étais tellement anéanti, tétanisé, par cette décision que je ne me suis pas présenté aux cours, le lendemain. C'est ma femme qui m'a conduit à l'hôpital Lariboisière, pour passer une contre-expertise qui s'est soldée par des conclusions exactement inverses. Au cours des semaines suivantes, j'ai écrit à toutes les autorités possibles et imaginables pour attirer leur attention sur la manière dont j'avais été traité, j'ai déposé des recours au tribunal correctionnel, au tribunal administratif, j'ai alerté les journaux, les radios, les télévisions. Ça commence à bouger, mais je sais que même s'ils me donnent raison, je ne retournerai pas à l'Ecole de Formation Accélérée de la Police Parisienne: on n'y aime pas les flics albinos. |
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