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L'intégralité de l'article "Les 4000 logements de la Courneuve" (38.000 signes) sera publié en supplément de notre journal Les Enquêtes interdites n°76 d'octobre 2006 (format PDF). Sur abonnement. Pendant près d'un quart de siècle, de 1954 à 1973, les pouvoirs publics, en France, ont développé une politique d'édification des grands ensembles. En 1973, en effet, une circulaire d'Olivier Guichard mit un terme à cette politique et à nombre d'opérations de construction de grands ensembles. Mais entre 1954 et 1973, la banlieue s'est couverte de chantiers. Elle est devenue cet espace bouleversé où s'établit une immigration provinciale et étrangère. En 1962, Paul Delouvrier, alors nouvellement nommé délégué général du District de la Région parisienne, reçoit pour mission de remettre de l'ordre dans ces territoires. A cette fin, en juillet 1964, un nouveau découpage crée dans le territoire de l'ancien département de la Seine, huit nouveaux départements: Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d'Oise, Yvelines, Essonne et Seine-et-Marne. Paris se voit, quant à elle, attribuer le statut inédit de Ville-Département. En 1965, le général de Gaulle, président de la République, donne son aval au Schéma Directeur d'Aménagement Urbain de la région parisienne (SDAU) conçu par Paul Delouvrier. Ce Schéma Directeur se fonde sur des prévisions tablant sur une très forte croissance de la métropole et une région de 14 millions d'habitants à l'horizon de l'an 2000. De gigantesques mutations urbaines aussi bien qu'administratives, de grands bouleversements humains, touchent donc la périphérie parisienne dans les décennies cinquante et soixante, que les textes officiels de l'époque présentent alors comme un "monde nouveau synonyme de la modernité". L'opinion publique est, elle, partagée entre ceux qui regardent avec inquiétude, fascination ou effroi l'édification de ce "monde nouveau" et ceux pour qui ce gigantesque renouvellement de l'espace urbain va permettre la fin du cauchemar de la mal-vie dans des logements insalubres, voire dans la cabane d'un bidonville. Les "grands ensembles" sont pensés par les gouvernants comme une façon d'éradiquer les bidonvilles partout présents autour des très grandes villes. Ce "monde nouveau" intrigue particulièrement les cinéastes, qui, dès le départ, intègrent dans leur réflexion ce phénomène qui, d'évidence, est voué à bouleverser durablement l'espace urbain. Cependant, parmi ces cinéastes pour qui le cinéma est désormais celui d'une civilisation urbaine, s'expriment des visions extrêmement différentes du fait urbain. Pour quelques rares cinéastes, le grand ensemble est l'emblème positif de la modernité. Ainsi en est-il de l'évocation de la ville par Paul Carpita dans Le rendez-vous des quais, film tourné en 1955, où il met en scène le travail des dockers de Marseille mais aussi filme les formes nouvelles de la vie en ville avec le souci de montrer le beau et la volonté de beau dans la vie des humbles. L'interdiction rapide du film fit cependant que son influence fut faible et ce courant dans lequel certains critiques avaient vu un possible "néoréalisme" à la française ne s'est pas épanoui. La vision la plus fréquente dans les films de l'époque reste celle de ceux qui voient dans le grand ensemble un milieu hostile, mettant à mal la tradition de la vie des quartiers populaires, vie archétypée des quartiers populaires dans laquelle ils veulent continuer de planter leurs décors. Ainsi en est-il des films de Gilles Grangier ou Denis de La Patellière, films la plupart du temps tournés en studio et mettant en scène une vie urbaine populaire réfractaire à la modernité . Pour d'autres, enfin, le grand ensemble est un des éléments d'une cinématographie elle-même bouleversée par les transformations rapides de la société d'après-guerre. Ces cinéastes, extrêmement sensibles à la nouveauté sociale de la ville et de la vie organisée par les grands ensembles, en font souvent une critique acerbe, y voyant une des formes paroxystiques de la déshumanisation et de l'aliénation caractéristique de leur société. On trouve l'expression de cette fascination en même temps que de ce rejet, sous des formes très diverses, aussi bien chez un cinéaste comme Marcel Carné, que chez le tout jeune Pialat, chez Luntz, et, dans une forme particulièrement radicale, bien sûr, dans les films de Jean-Luc Godard. La nouveauté des modes de vie est au cur des préoccupations des cinéastes dits de la "nouvelle vague". Parmi ceux-ci, Godard se distingue par l'extrême attention qu'il apporte aux objets, aux espaces associés à cette nouveauté. Cette attention l'amène à tourner en 1967 le film emblématique que constitue Deux ou trois choses que je sais d'elle. Le film marque une étape nouvelle dans la représentation de la banlieue parisienne car, comme le note Michel Cadé, "Godard prolonge et amplifie la réflexion qui était celle de Marcel Carné dans Terrain Vague (1960), toutes choses étant égales d'ailleurs, à savoir l'inhumanité des nouvelles formes d'habitat". C'est en effet la première fois qu'un cinéaste vient planter sa caméra au pied et à l'intérieur d'un grand ensemble, en l'occurrence à La Courneuve(...) Deux ou trois choses que je sais d'elle, Jean-Luc Godard, 1967 Deux ou trois choses que je sais d'elle est tourné durant le mois d'août 1966 dans l'ensemble des 4000 logements de La Courneuve dont la construction, hors équipements, s'est achevée en 1963. C'est le troisième film de Jean-Luc Godard réalisé cette année-là, et le cinéaste suisse a obtenu pour ce film l'avance sur recette, une aide versée par le Centre National de la Cinématographie . Il s'agit pour Godard d'années de grande créativité au cours desquelles il inscrit sa production dans l'urgence du moment. Le premier long-métrage terminé cette année 1966, Made in USA, s'inspire de l'histoire d'un assassinat politique commis l'année précédente, celui de Medhi Ben Barka, leader de l'opposition marocaine au roi Hassan II. Le troisième film de cette année sera La Chinoise, film sur la nouvelle jeunesse étudiante des années soixante, habitée par les références à la Chine de Mao, symbole du possible d'une société autre. Ce film traduit lui aussi la sensibilité de Godard aux mutations de l'espace urbain et à leurs conséquences sur la façon de vivre des individus ; notamment, il contient une séquence située sur le campus de Nanterre, symbole de l'université en train de sortir de terre, au milieu des friches, à proximité des bidonvilles et des grands ensembles, qui n'est pas sans rappeler certaines séquences de Deux ou trois choses. Mais Deux ou trois choses que je sais d'elle est le film dans lequel Godard choisit la transformation urbaine comme objet même du film et cherche à créer une forme de cinéma adéquate à son objet, une forme elle-même nouvelle, elle-même en construction, faite de pièces disjointes, caractérisée par la juxtaposition, les ruptures des contenus et des formes des récits qui se croisent sans se mêler. Le film a une dimension explicitement expérimentale(...) L'intégralité de l'article "Les 4000 logements de la Courneuve" (38.000 signes) sera publié en supplément de notre journal Les Enquêtes interdites n°76 d'octobre 2006 (format PDF). Sur abonnement. -
Deux ou trois choses que je sais d'elle, Jean Luc
Godard, 1967 Texte
paru dans Les Cahiers d'histoire. Revue d'histoire
critique. "Le logement social en région
parisienne au XXème siècle". n°98-
janvier-mars 2006, 143 pages. Dossier coordonné par
Pascal Guillot. L'intégralité
de l'article "Les 4000 logements de la
Courneuve" sera publié en
supplément de notre journal Les
Enquêtes interdites n°76 d'octobre
2006 (format PDF).
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