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Les "odeurs" d'André Gérin Certains passages font références au passé, où il ne supportait pas l'équation "jeunes = immigrés = délinquants", car "c'était un peu court pour faire face à la situation" (un peu court, seulement?). Mais aujourd'hui André Gérin écrit: "Prenons le débat sur l'immigration. Droite et gauche ont agi de la même façon depuis trente ans en noyant le poisson ou en évitant de dire la réalité. On a refusé de reconnaître que des différences importantes existaient dans les modes de vie, les cultures et les traditions entre le monde musulman et la culture judéo-chrétienne. Tout le monde s'est tu. Après avoir évoqué dans un discours de 1991/1992 les fameuses "odeurs", Jacques Chirac a dû pratiquement se renier et s'excuser d'avoir usé d'un tel terme. Cela lui a valu une campagne de dénigrement incroyable. Pourtant il n'avait dit que la vérité. Mais nous étions incapables de l'entendre. Moi-même j'ai dû dire à l'époque "il parle comme le Front national"" (p. 125). On ne peut pas ici se contenter de faire part de sa colère de lire "ça", sous la plume d'un député membre d'un groupe qui peut s'honorer de tant d'interventions et propositions législatives pour combattre le racisme et les discriminations. Aussi faut-il rappeler les propos exacts de Jacques Chirac: "Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des Musulmans et des Noirs [...] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... si vous ajoutez le bruit et l'odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela... Nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s'impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s'il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d'une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu'ils ne paient pas d'impôt !"(4). Ces paroles sont connues comme LE dérapage xénophobe de Jacques Chirac. Solutions répressives, méthodes radicales "Voilà
des années que je pose cette
question au préfet et au procureur:
faites partir ces familles pour le bien de
tous, et si elles sont
étrangères, n'hésitez
pas à les
expulser..." A
n'en pas douter, le
député-maire "communiste"
évoque davantage les quartiers
situés en haut de cette vue de
Vénissieux plutôt que ceux
situés en bas de
l'image. Si l'on met de côté la lointaine mise à bas du capitalisme, tout ou presque est vu par le petit bout de la lorgnette répressive. En cent trente-neuf pages, il n'y a pour ainsi dire aucune mention du travail éducatif, de la prévention spécialisée, des rôles respectifs de l'aide sociale à l'enfance et de la protection judiciaire de la jeunesse En revanche, l'élu de Vénissieux a une idée pour éviter que des collégiens caillassent les bus à la sortie des écoles à l'aide "des pierres qui se trouvent le plus souvent au fond des cartables et qui sont charriées dans ce but-là": "Ne peut-on pas contrôler les cartables de façon régulière ou inopinée ? On contrôle bien les cahiers" (p. 80). Car c'est bien connu, "contrôler" un cahier d'école et fouiller les affaires d'un élève relève de la même démarche "éducative" (et sans doute donc du rôle de la même équipe éducative) ! André Gérin se prend dans ses contradictions quand il estime qu'à propos "de la surdélinquance, le véritable enjeu est celui de la prévention" mais qu'il explique "qu'on ne doit plus hésiter à recourir à certaines méthodes d'antan si elles peuvent éviter la noyade du mineur. Ainsi le placement en pensionnat qui permettrait de le sortir de son milieu pendant plusieurs mois. En la matière, il est nécessaire d'agir tôt car à 14 ans, il peut déjà être trop tard" (p. 93) . Comme la prison "revient à inscrire [les ados de 14-16 ans] à l'école de la criminalité", "il faut inventer toute une palette de moyens qui reposent d'abord sur l'éloignement du jeune pour une durée d'au moins six mois et ensuite sur une action pédagogique appropriée qui serve à lui faire comprendre la gravité de son geste et en même temps que tout n'est pas perdu" (p. 95-96). C'est effectivement l'éternelle recette de l'éloignement des indésirables, de leur exclusion de la société, dont le but est non pas de protéger la personne mais d'assurer momentanément l'ordre public. Mais l'auteur ne se demande pas si ajouter à l'exclusion sociale et à la sanction du délit une exclusion territoriale n'est pas totalement contradictoire avec l'objectif d'insertion sociale et professionnelle. On a aussi à faire aux propositions de soi-disant bon sens concernant les jeunes mineurs qui se promènent dans la rue le soir tard: un mineur qui est "surpris" dans la rue est un "mineur errant", que l'on ne peut "abandonner" à son "sort" En lieu et place de l'éducation et d'une prévention digne de ce nom, c'est le règne de la dissuasion et de la mise au pas, domaine dans lequel de mesures nouvelles en bonnes idées, on se rassure sans s'attaquer en rien aux causes, sans rien changer au fond. L'élu, auxiliaire de police? Le rôle qu'André Gérin se donne en tant qu'élu est simple: "Sans doute parce qu'ils sont en première ligne et parce qu'ils ont d'abord été élus pour maintenir la paix sociale, les maires apparaissent comme les personnes les plus compétentes" (p. 69). Voilà qui est en phase avec l'adoption de la loi de prévention de la délinquance de Monsieur Sarkozy, qui augmente le pouvoir des maires en la matière. Le dérapage est à peu près complet concernant l'économie parallèle: on constate le manque de connaissance d'André Gérin, qu'il assume d'ailleurs, alors que des travaux importants ont été menés depuis plus de quinze ans sur le sujet (dont ceux du Conseil national des villes, de la Délégation interministérielle à la ville etc.). Pour l'essentiel, les 9 pages qui y sont consacrées regorgent des représentations spontanées de l'auteur, en totale subjectivité. Il en est ainsi par exemple sur "les mafias pour une part liées à l'intégrisme", à propos desquels "nous ne savons que peu de choses". Il s'agit de "nébuleuses que l'on cerne mal mais qui à l'évidence [sic] sont organisées d'une manière internationale. Beaucoup de choses se tiennent: ici un trafic de choses volées, là un "kebab" douteux, des adultes à l'air louche qui déambulent la nuit" (p. 107-108). Des "choses" volées, un kebab "douteux", des adultes "à l'air louche" voilà les indices de l'inspecteur Gérin pour dénoncer des mafias internationales. Heureusement, "nous comptons hypersécuriser le quartier et lui rendre une atmosphère calme et "honnête"" (p. 109). Nous voilà rassurés! Contre la "société Orange mécanique" (5) qui fabrique "des monstres" ("des gamins de 8-10 ans jettent des pierres, mettent le feu aux poubelles ") (p. 137), parce que nous sommes "en guerre civile", André Gérin propose la mise en place de "Casques Bleus de la République". Des "Maisons de l'Intégration" coordonneraient "les missions de police, de justice, d'éducation, de santé, de formation et d'emploi dans les territoires en difficulté" (p 138), scellant sans doute l'alliance de la logique sécuritaire, de la logique médicale et de la logique éducative, l'union sacrée du répressif et du préventif, l'entente cordiale de la police, des professeurs et des travailleurs sociaux Contre l'immense majorité des juges pour enfants et des éducateurs, l'auteur est favorable comme Nicolas Sarkozy à la refonte de l'ordonnance de 1945, dans le sens d'une assimilation des adolescents aux adultes, pour une réponse plus répressive(6). Et en soutenant le développement de l'apprentissage dès l'âge de 14 ans, il participe à la mise en cause de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans. Nous en sommes ici au "crash idéologique": l'abandon de l'ambition fondamentale que doit porter un projet politique de progrès d'une éducation de haut niveau pour tous ! André Gérin prend soin de parsemer son texte de déclarations anti-FN (relançant sa proposition incantatoire que ce parti soit interdit). Et il se veut peut-être original en assumant à la différence de Nicolas Sarkozy la proposition d'une "dépénalisation de l'usage simple de haschisch", tout en demandant la "condamnation la plus nette de tout trafic, fût-il minuscule" (p. 105-106). Cette position est incohérente: la dépénalisation de l'usage simple de cannabis ne peut qu'aller de pair avec au minimum la dépénalisation de l'autoproduction et de l'achat en petit quantité. Le problème de fond est bel et bien de sortir de l'illégalité les centaines de milliers d'usagers simples de cannabis, donc de sortir de la logique répressive, pour entrer dans une approche éducative et préventive. Autre proposition: "accorder le droit de vote à tous les étrangers en situation régulière pour les élections locales, régionales et européennes" (p. 122). Là où son parti prend position pour une citoyenneté de résidence, incluant le droit de vote et d'éligibilité à toutes les élections pour les résidents immigrés étrangers, lui ne cite pas les scrutins nationaux(...) Lire la
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Catastrophisme et insécurité -
Incompatibilité
culturelle * Gilles Alfonsi est membre du conseil national du PCF. (4) Discours prononcé le 19 juin 1991 devant 1300 élus et militants du RPR. Réaction de Jean-Marie Le Pen (Front national): "[Je suis] surpris qu'on m'emprunte mon discours, tout en continuant à me diaboliser. Les Français préféreront toujours l'original à la copie." (5) L'expression fait référence au film du même nom, Orange mécanique (A Clockwork Orange), réalisé et produit par Stanley Kubrick, sorti sur les écrans en 1971. Il s'agissait notamment d'une critique virulente du conditionnement des individus. Dans le film, le personnage principal subit une cure destinée à le rendre non-violent. Il devient alors à son tour victime de la violence de la société. Se référer à ce film pour défendre une politique sécuritaire est un contresens. (6) La législation française fixe à 18 ans, âge de la majorité civile, le seuil de la majorité pénale. Cela signifie qu'un jeune de moins de 18 ans ne peut pas être jugé par une juridiction pour adultes. Mais cela ne signifie pas qu'il ne peut pas être condamné: l'ordonnance de 1945 fixe pour les moins de 18 ans des peines adaptées à l'âge du délinquant et décidées par des juridictions spécialisées. Le juge des enfants, le parquet des mineurs, le tribunal pour enfants et la Cour d'assises des mineurs sont les juridictions spécialisées créées par l'ordonnance de 45. Le juge et le tribunal pour enfants n'ont pas seulement une fonction de répression; ils ont une fonction éducative puisqu'ils peuvent prononcer toute une série de mesures visant à protéger, assister ou surveiller le mineur: mesures d'admonestation, de liberté surveillée, mise sous protection judiciaire, placement, réparation. D'après l'ordonnance de 1945, la mesure éducative doit avoir priorité sur la sanction pénale. Entre 13 et 16 ans il ne peut y avoir ni détention provisoire ni condamnation à un travail d'intérêt général, et les peines encourues ne peuvent excéder la moitié des peines prévues pour les adultes. Entre 16 et 18 ans: la détention provisoire devient possible, et le principe de la diminution de peine de moitié peut être levé. Abonnez-vous
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