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Ce
jeudi 29 juin 2006 fut une journée noire
dans l'histoire du journalisme.
Paris-Match proteste contre le licenciement
d'Alain Genestar par le couple
Lagardère-Sarkozy en faisant grève
pour la première fois depuis mai 68; et la
rédaction de Libération, elle,
perd sans combattre, sa tête: Serge July
viré par Rothschild!
Certes,
il y a du panache, pour un ancien militant
révolutionnaire, à se faire virer par
un rejeton d'une dynastie financière.
Mais c'est fatigué et triste, que Serge July
s'en est allé, hier, remettre sa lettre de
démission au conseil d'administration qui le
congédie.
Un
licenciement évidemment facilité - on
ne peut l'oublier - par le curieux vote de
défiance de la rédaction lors de la
grève de l'automne 2005. Un vote qui a
pesé lourd dans le désaccord entre
l'actionnaire principal du journal et son
fondateur. D'ailleurs mis à part de petits
"Rebonds" sympathiques, nostalgiques, de bonnes
murs et de bonnes factures, la
rédaction que l'on dit "partagée"
(ndlc: chochotte) par le vote nommant l'un d'entre
eux calife à la place du calife, la
rédaction s'est couchée!
Elle
est mûre pour avaler toutes les audaces
gestionnaires estivales. Bien sûr, mes
ex-camarades me diront une fois de plus, que "la
situation n'est pas favorable à un mouvement
de protestation" et que
"l'intéressé n'en demandait pas
tant"
Admettons. Mais quand même, "ils"
l'ont bel et bien lâché leur
"Serge"!
Comme
le millier de journalistes qui a collaboré,
un jour à Libération, j'ai
été mille fois en colère
contre ce "Serge" qui dès le départ
savait ce qu'il voulait: un France-Soir
rouge, puis un grand journal populaire "de
gauche"
Mais aujourd'hui, au lendemain de son
double limogeage, il n'est plus l'heure d'ergoter.
Je n'ai qu'une envie: rendre hommage à la
bête de presse de ma
génération, celle qui pour avoir
été éclairé un mois par
la liberté, n'en n'a jamais oublié le
goût et qui avait trouvé en Serge
July, la figure symbolique.
En
1978, à l'occasion du cinquième
anniversaire du journal, je l'avais
interrogé, pour feu "Presse
Actualité" sur son rôle et le rapport
de la rédaction au quotidien. Il me confiait
alors:
"L'écrasante
majorité de l'équipe à un
rapport amoureux avec le journal. Quelle que
soit l'ampleur d'une crise personne ne veut
casser le journal. Une entreprise de presse
surtout un quotidien c'est proprement
anti-naturel comme rythme. C'est une bataille
incessante, c'est un acte de volontarisme.
.../... Il y a d'excellents journalistes qui
feraient de très mauvais rédacteur
en chef. Il faut une passion pour le processus
d'ensemble de fabrication du journal depuis le
texte jusqu'au moindre filet. Cette
passion-là est relativement rare parce
qu'il est rare qu'un journaliste aime tout faire
dans un journal. C'est ce rapport totalitaire au
processus de fabrication qui a donné
l'expression "bête de presse". Et plus il
y en a dans un journal mieux le journal se
porte".
A
Libération, il y a eu des milliers de
collaborateurs, des centaines de talents,
quelques prix Albert Londres mais, il n'y a jamais
eu qu'une seule "bête de presse" et
c'était lui.
Sans
lui, il ne reste qu'un quotidien qui n'est plus
"rouge" depuis longtemps, et qui s'achemine -
ironie de l'histoire - vers le destin d'un
"France-Soir" (voir notre interview
La
"Maison de verre" contre le "France-Soir
rouge").
A
lire: "Bête de presse"
Serge
July, directeur fondateur de
"Libération"
"Une
entreprise de presse surtout un quotidien c'est
proprement anti-naturel comme rythme. C'est une
bataille incessante, c'est un acte de
volontarisme".
Interview
réalisée par Michel Puech le jeudi 13
octobre 1977 rue de Lorraine à Paris, dans
les locaux du quotidien
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- Comment es-tu arrivé au journalisme?
- - Ensuite?
- - Après c'est
"Libération"?
- - Tu es donc journaliste à
"Libération" depuis l'origine?
- - De 1972 à 1978 l'histoire de
"Libération" ne s'est pas faite sans
crise. Comment tu te situes dans cette
histoire-là?
- - Le pouvoir à "Libération"
est aux mains de l'assemblée
générale des travailleur du journal.
Cette assemblée peut-elle te destituer?
- - Tu
es directeur de "Libération" depuis
quelle époque?
- - Et
ce rôle
- - Par
rapport à tes objectifs où en
étés vous?
- - Quels sont les projets immédiats?
- - Une question se pose toujours: comment peux tu
tenir avec les conflits internes, ces débats
permanents
- - Et le redacteur en chef?
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