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Libération lâche sa "bête de presse"


Par Michel Puech

Vendredi 30 juin 2006


 

A voir nos interviews vidéo:
Libération 30 ans après: Retour aux sources d'un quotidien aujourd'hui en crise
.


C
e jeudi 29 juin 2006 fut une journée noire dans l'histoire du journalisme. Paris-Match proteste contre le licenciement d'Alain Genestar par le couple Lagardère-Sarkozy en faisant grève pour la première fois depuis mai 68; et la rédaction de Libération, elle, perd sans combattre, sa tête: Serge July viré par Rothschild!

Certes, il y a du panache, pour un ancien militant révolutionnaire, à se faire virer par un rejeton d'une dynastie financière. Mais c'est fatigué et triste, que Serge July s'en est allé, hier, remettre sa lettre de démission au conseil d'administration qui le congédie.

Un licenciement évidemment facilité - on ne peut l'oublier - par le curieux vote de défiance de la rédaction lors de la grève de l'automne 2005. Un vote qui a pesé lourd dans le désaccord entre l'actionnaire principal du journal et son fondateur. D'ailleurs mis à part de petits "Rebonds" sympathiques, nostalgiques, de bonnes mœurs et de bonnes factures, la rédaction que l'on dit "partagée" (ndlc: chochotte) par le vote nommant l'un d'entre eux calife à la place du calife, la rédaction s'est couchée!

Elle est mûre pour avaler toutes les audaces gestionnaires estivales. Bien sûr, mes ex-camarades me diront une fois de plus, que "la situation n'est pas favorable à un mouvement de protestation" et que "l'intéressé n'en demandait pas tant"… Admettons. Mais quand même, "ils" l'ont bel et bien lâché leur "Serge"!

Comme le millier de journalistes qui a collaboré, un jour à Libération, j'ai été mille fois en colère contre ce "Serge" qui dès le départ savait ce qu'il voulait: un France-Soir rouge, puis un grand journal populaire "de gauche"… Mais aujourd'hui, au lendemain de son double limogeage, il n'est plus l'heure d'ergoter. Je n'ai qu'une envie: rendre hommage à la bête de presse de ma génération, celle qui pour avoir été éclairé un mois par la liberté, n'en n'a jamais oublié le goût et qui avait trouvé en Serge July, la figure symbolique.

En 1978, à l'occasion du cinquième anniversaire du journal, je l'avais interrogé, pour feu "Presse Actualité" sur son rôle et le rapport de la rédaction au quotidien. Il me confiait alors:

"L'écrasante majorité de l'équipe à un rapport amoureux avec le journal. Quelle que soit l'ampleur d'une crise personne ne veut casser le journal. Une entreprise de presse surtout un quotidien c'est proprement anti-naturel comme rythme. C'est une bataille incessante, c'est un acte de volontarisme. .../... Il y a d'excellents journalistes qui feraient de très mauvais rédacteur en chef. Il faut une passion pour le processus d'ensemble de fabrication du journal depuis le texte jusqu'au moindre filet. Cette passion-là est relativement rare parce qu'il est rare qu'un journaliste aime tout faire dans un journal. C'est ce rapport totalitaire au processus de fabrication qui a donné l'expression "bête de presse". Et plus il y en a dans un journal mieux le journal se porte".

A Libération, il y a eu des milliers de collaborateurs, des centaines de talents, quelques prix Albert Londres mais, il n'y a jamais eu qu'une seule "bête de presse" et c'était lui.

Sans lui, il ne reste qu'un quotidien qui n'est plus "rouge" depuis longtemps, et qui s'achemine - ironie de l'histoire - vers le destin d'un "France-Soir" (voir notre interview La "Maison de verre" contre le "France-Soir rouge").


A lire: "Bête de presse"

Serge July, directeur fondateur de "Libération"

"Une entreprise de presse surtout un quotidien c'est proprement anti-naturel comme rythme. C'est une bataille incessante, c'est un acte de volontarisme".

Interview réalisée par Michel Puech le jeudi 13 octobre 1977 rue de Lorraine à Paris, dans les locaux du quotidien

- - Comment es-tu arrivé au journalisme?
- - Ensuite?
- - Après c'est "Libération"?
- - Tu es donc journaliste à "Libération" depuis l'origine?
- - De 1972 à 1978 l'histoire de "Libération" ne s'est pas faite sans crise. Comment tu te situes dans cette histoire-là?
- - Le pouvoir à "Libération" est aux mains de l'assemblée générale des travailleur du journal. Cette assemblée peut-elle te destituer?
- -
Tu es directeur de "Libération" depuis quelle époque?
- -
Et ce rôle…
- -
Par rapport à tes objectifs où en étés vous?
- - Quels sont les projets immédiats?
- - Une question se pose toujours: comment peux tu tenir avec les conflits internes, ces débats permanents…
- - Et le redacteur en chef?

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