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Daniel Mermet: jusqu'à l'engueulade

Par Didier Daeninckx

Vendredi 19 janvier 2007



Le jeudi 18 janvier, comme le rappelait la presse (ici le Parisien) et France Inter dans ses flashs d'information, était également la Journée des Justes, ces anonymes qui ont sauvé les réprouvés, au péril de leur vie.
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A 13 heures 15, le jeudi 18 janvier 2007, France-Info annonçait que le numéro 2bis du Front National, Bruno Gollnisch, venait d'être condamné à 3 mois de prison avec sursis et 55.000 euros d'amende pour "délit de contestation de crimes contre l'humanité" dans le cadre de la loi Gayssot que l'extrême-droite nomme plus volontiers Fabius-Gayssot pour souligner son caractère "judéo-bolchévique".

A 15 heures 10, sur France-Inter cette fois, il était de nouveau question de la loi Gayssot. Une auditrice anonyme laissait un message sur le répondeur de "Là-bas si j'y suis", en ouverture de l'émission de Daniel Mermet. Elle disait en substance avoir fort apprécié l'émission diffusée la veille, avec comme invité Edgar Morin, et se demandait s'il était opposé à la loi Gayssot qui, concluait-elle "interdit de dire certaines choses à propos de certains faits".

Ayant participé à un débat à "Là-bas si j'y suis" sur l'emprise négationniste dans les facultés lyonnaises, où exerçait Bruno Gollnisch, je m'attendais à ce que Daniel Mermet interroge cette étrange formulation, la loi Gayssot interdisant uniquement les propos négationnistes, et ce que sous-entendait cette auditrice anonyme étant d'évidence le scandale que représentait à ses yeux la répression de ces propos.

A ma grande surprise, l'animateur n'a pas fait cet élémentaire travail de réflexion journalistique qui consiste à évaluer le sens d'une affirmation.

Il a d'abord répondu à la première partie de la question en confirmant qu'Edgar Morin était opposé à la loi Gayssot, puis il a pris également, à titre personnel, position contre cette loi en confortant l'auditrice anonyme, employant l'argument, à mon sens fallacieux, de la nécessité du débat, "jusqu'à l'engueulade" a-t-il conclu.

Ce qui revient à dire, si j'ai bien compris, qu'il accepte le principe du débat avec les négationnistes, et considère qu'on peut se mettre à table avec les anthropophages, selon une formule célèbre. La logique de cette position trouverait sa limite dans l'organisation d'un débat "pluraliste" à l'antenne, opposant par exemple Robert Faurisson à Simone Weil au sujet de l'existence des chambres à gaz. Les négateurs de la douleur et les victimes de la douleur sur le même plan. Etait-ce bien cela qu'il fallait entendre? Godard avait trouvé la formule pour dire l'obscénité de cette forme d'égalité des paroles: "L'objectivité, c'est cinq minutes pour les Juifs et cinq minutes pour monsieur Hitler".

Depuis 17 années qu'elle existe, cette loi n'a fait que réprimer des militants de la négation comme Robert Faurisson ou Roger Garaudy. Elle n'a jamais attenté à la liberté de la recherche scientifique. Je mets au défi quiconque de citer un exemple d'entrave, même minime. Il n'a jamais été publié autant d'études, organisé autant de colloques sur cette question de l'extermination qu'au cours des dernières années. Cette loi a d'ailleurs été validée par les plus hautes instances internationales, comme les Nations-Unies.

Dernière chose, d'autres pays se sont dotés de lois de même nature: l'Allemagne, la Belgique, la Suisse, on évoque une harmonisation européenne pour contrer la virulence néo-nazie dans les pays de l'est. L'Angleterre se pose la question de légiférer sur ce point depuis l'affaire David Irving. Cet ex-historien a été condamné à plusieurs millions de livres de dommages et intérêts, pour diffamation, à Londres, mais c'est dans un autre pays qu'il a été mis en prison, pour six mois, en raison de ses allégations négationnistes. Ce pays de la plus extrême sévérité envers les assassins de l'Histoire, est, aussi surprenant que cela puisse paraître, l'Autriche.

Mermet militerais-tu pour le retour du débat, "jusqu'à l'engueulade" à Vienne aussi, "là-bas si tu y es"?

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