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Le roman, dernier espace de liberté ?
Deuxième partie


Par Jean-Jacques Reboux, éditeur, écrivain, directeur des éditions Après la Lune.

Vendredi 23 novembre 2007


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Mise à jour: Le 21 novembre 2007, les magistrats de la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris ont tranché. L'assignation en diffamation déposée le 31 mai 2007 par l'Opus Dei contre Catherine Fradier et Jean-Jacques Reboux, auteure et éditeur de Camino 999, a été déclarée nulle.

L'Opus Dei a été déboutée de sa demande (30.000 euros de dommages et intérêts) et condamnée à verser à l'auteure et à l'éditeur du roman 2.000 euros de dommages et intérêts au titre de l'article 700 du Nouveau code de procédure civile.




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On voit bien où ce genre de manœuvre dilatoire peut mener: un assèchement, un rétrécissement de la chose littéraire - rétrécissement déjà bien entamé, il est vrai, dans une certaine frange de la littérature française, pour qui l'ombilic tient lieu d'organe du souffle -, avec, au bout du compte, une littérature aux ordres, servile, hygiéniste et mortifère…

Nous n'en sommes certes pas là, et il est permis d'espérer que l'une des fonctions essentielles du roman restera cette nécessité organique de dire le monde, que ne remplissent plus les médias, censurés par les grands groupes liés aux dirigeants politiques, les Berlusconi, Murdoch, Lagardère, etc.

Alors que les journalistes sont muselés par les médias qui les rétribuent, les exactions des multinationales en Afrique ont été dénoncées par John Le Carré dans La constance du jardinier, et c'est encore dans l'œuvre de cet écrivain que l'on trouve la dénonciation la plus implacable de la manipulation des médias par l'administration Bush et le gouvernement Blair, notamment dans Une amitié absolue. En France, c'est encore une fiction, Meurtres pour mémoire, de Didier Daeninckx, qui révélera au grand public (en 1984) la répression féroce des manifestations d'Algériens du 17 octobre 1961.

Les exemples pourraient être répétés à l'infini, et l'on imagine quelle pourrait être l'ampleur de la tâche - passionnante - dans un pays où le président en exercice aurait la haute main à la fois sur les affaires d'Etat et sur un grand nombre de médias censés les chroniquer ; dans un pays où un petit Bonaparte hâbleur, vétilleux, vindicatif, démagogue, sans scrupules et sans culture (sauf physique), névrosé par une soif incontinente de pouvoir absolu, idolâtrerait le pognon-roi, l'argent fastoche, tout en vouant aux gémonies les chômeurs, les improductifs - ceux que du temps de son papa spirituel on appelait "la République des paresseux" - et tous ceux qui n'auraient tout simplement aucune envie de travailler plus pour gagner plus, mais seulement de gagner plus pour vivre mieux!

Le roman, dernier espace de liberté? Chiche! Qui le premier se frottera au roman psychanalytique (par exemple) de ce type qui fait honte à une bonne moitié des Français - dont 99,9% de mes amis -, avec ses allures de cow-boy Duracell qui ne fume pas, ses joggings exhibitionnistes, ses castings de république bananière? Serait-il censuré, celui (celle) qui écrirait ce livre? Et par qui? Les éditeurs? La presse? Les circuits de distribution? Les libraires? Allez savoir…

Le roman, dernier espace de liberté? Mais jusqu'à quand? Plus que jamais, tout comme la liberté d'informer, la liberté de créer, d'imaginer, l'exercice de la fiction sont mis en danger - l'asphyxie économique des petites maisons d'édition indépendantes n'y est pas étrangère. C'est aussi l'un des enjeux de ce procès.

Par-delà le couperet économique qui pourrait expédier Après la Lune dans un trou noir définitif se pose la question de l'irréductible pugnacité des écrivains - et de tous les êtres humains - à être sans cesse en éveil, en mouvement, à défendre leur liberté, liberté, libertés chéries, toutes les libertés. Celle de penser, de vivre, de se battre, de se nourrir, de se loger, d'accueillir des étrangers sans leur racler la langue à la cuiller pour recueillir leur ADN, de s'enrager, de se rebeller, de se défendre contre des ennemis chaque jour plus puissants et plus perfectionnés, contre toutes les censures, ces sangsues.

Et aussi, contre un mal plus subtil et néfaste, et difficile à circonscrire: l'intolérance.

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