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Par
Arnaud Nanta, doctorant à Paris
VII
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Tokyo,
vendredi 1er juin 2001
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Deuxième
partie: Les "mangas" au service du mensonge
historique
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Dans le magazine Sapio, le dessinateur
vedette Kobayashi s'attaque directement à un
professeur, Matsuura Hiroshi en le caricaturant
dans une des cases de sa BD. Le professeur avait
critiqué la manière dont
l'extrême-droite se servait de l'image du
vice-consul japonais Sugihira C., qui avait
délivré 6000 visas à des Juifs
lithuaniens persécutés par les
nazis.
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B)
Le "mouvement national"
Dès
le milieu des années 90, les falsificateurs de
l'histoire se concentrent en un "mouvement national"
(kokumin undô) autour du double pôle
constitué par "Comité" et par
"l'Assemblée Japonaise" (nihonkaigi) (18),
eux-mêmes épaulés par le Sankei
Shimbun et les politiques sus-mentionnés
(19). Concrêtement, l'ensemble de ces mouvements se
retrouvent autour de "la Conférence de Liaison
pour l'Amélioration des Manuels"
(kyôkasho kaizen renrakukyôgikai),
fondée en avril 2000 afin de réunir toutes
les tendances révisionnistes (20).
L'activité concrête du mouvement national
à partir de 1997 a consisté en la
publication et la distribution de plus de 400
imprimés sur 4 ans et la tenue de quelques 700
conférences ou symposiums par an sur l'ensemble
du pays où le "Comité" a étendu 48
sections locales (21).
L'activité
de propagande se diversifie en plusieurs directions.
Du côté cinématographique, on
remarque la réalisation du film Pride
(1998) qui dépeint les criminels de guerre de
classe A et Tôjô Hideki, qui dirigea l'union
sacrée de 1941 à 1944, comme des
héros et nie les dommages et crimes de guerre
(22). D'autre part, outre la publication de nombreux
livres, des dessinateurs de bandes dessinées sont
utilisés afin d'augmenter la popularité
auprès de jeunes (voir en infra). Ne
limitant pas leur attaques aux manuels et au système
éducatif (jugé source de tous les maux de la
société), le mouvement national s'en prend
également aux expositions et publications
réalisées par le Centre des Archives de Guerre
et par le Muséum pour la Paix, ainsi qu'à des
films comme Nankin 1937 (1995) (23) ou le film
coréen Murmures (1995) (24).
L'activité
du "Comité" peut aussi prendre la forme d'actions
directes. Le "Comité" dépêche de
fait des groupes semeurs de désordre afin de
troubler les symposiums et réunions organisés
à son encontre. Le "Comité" vient
récemment de franchir un pas supplémentaire
dans l'escalade en visant directement des enseignants
d'écoles publiques en pratiquant la diffamation
publique et la menace directe à leur encontre
(25).
Quelques
remarques sur la forme du discours
L'activité
de propagande à l'échelle locale est aussi
très appuyée au moyen de tracts
(boîte aux lettres), dont le ton très agressif
pourra être apprécié ici:
"Vous
Tous Citoyens! La base de la Société est
l'éducation. Et l'éducation est en danger!
L'éducation dans les écoles est dans un
état pitoyable, à tel point qu'on
préfèrerait s'en cacher les yeux.
L'éducation au Japon est partie pour
disparaître. Nous sommes le Comité pour la
Rédaction de [Nouveaux] Manuels d'Histoire
que vous connaissez déjà avec L'Histoire
de la Nation, nous nous sommes dressé, si
impuissants pourtant, car il nous était impossible
de regarder en silence Notre Pays Natal le Japon
dégringoler sur la voie de sa chute.
[
] (26)"
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En 1998, dans son "manga" intitulé
Sensôron, Kobayashi s'attaque aux
lieux de mémoire sur la guerre
impériale. Pour lui, on a créé
"un système de lavage de cerveaux sous le
nom de Muséum pour la Paix".
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Un
des postes les plus importants de cette propagande est
assumé depuis la moitié des années
1990, et encore actuellement, par Kobayashi Yoshinori
(27). Ayant joué un rôle important lors des
procès du sang contaminé (28) et des
procès la secte Aum (29), Kobayashi
bénéficie d'un haut niveau de confiance
lorsqu'il rentre dans la revue SAPIO, la seule
publication qui l'accepte alors (30). SAPIO,
publication bimensuelle, est une tribune du discours
conservateur et est remarquable pour ses déclarations
anti-coréennes. Kobayashi y publie la bande
dessinée La Déclaration de
l'Orgueillisme (Gômanizumu sengen)
(31), série dont il n'assure en fait que le dessin,
cette bande dessinée étant une version
transposée des articles du Sankei Shimbun et
étant en réalité réalisée
en équipe.
La
rhétorique qui y est développée est
fort complexe et force l'admiration. Mélange
impeccable de déclarations militaristes et
nationalistes, la Déclaration de
l'Orgueillisme milite à la fois pour un Japon
nouveau et pour une vision de l'Histoire qui face une grande
place à la "Guerre de Libération de
l'Asie". On notera tout particulièrement la
série spéciale A Propos de la Guerre
(Sensôron, 1998 (32)), qui fut un grand moment
du négationnisme. Cette série critiqua
aussi bien le Procès de Tôkyô (Tribunal
Militaire International pour l'Extrême-Orient de
1946-47) que le "mensonge de Nankin" ou "les sals Blancs"
(hakujin domo) contre lesquels le Japon doit
protéger l'Asie, ou encore la crise sociale et morale
japonaise actuelle (33).
SAPIO
est également le lieu de diffamations publiques
à répétition. Jouant à un
jeu extrêmement dangereux, Kobayashi
n'hésite pas à désigner les ennemis du
mouvement national. Ces derniers peuvent être
des professeurs d'université, des associations
privées ou même des hauts fonctionnaires et des
journaux (34) (voir
le document).
Kobayashi attaque directement dans ses dessins les cibles
choisies en mentionnant clairement leur nom et poste et en
caricaturant leur visage. La rhétorique
employée mêle critique de fond et insulte de
pure forme, toujours autour du même vocabulaire:
"crétins d'intellectuels" (baka
chishikijin) ou "sale gauchiste", "groupe
d'extrême gauche" (sayoku, sayoku
gurûpu).
Notons
enfin que Kobayashi Yoshinori a été
l'objet début mars 2001 (le 2) d'une interdiction
d'entrée sur le territoire à Taiwan, suite
à la traduction en chinois de son ouvrage A Propos
de Taiwan (Taiwanron (35)), texte dans lequel
l'auteur présente des interviews qu'il a
lui-même mené sur place de personnes
agées "pro-japonaises" qui auraient plaidé en
faveur de la défense de la période
d'occupation japonaise (1895-1945). Un violent
débat a rapidement éclaté, en janvier
2001, lorsqu'il a été mis en
évidence que Kobayashi avait en partie
rédigé lui-même ces interviews ou
déformé leur contenu de façon
importante. Son interdiction d'entrée à Taiwan
a été levée le 23 mars, pour des
raisons diplomatiques (36).
A
suivre...
Notes:
-18- Groupe argumentant la révision de
l'article 9 de la constitution.
-19- C'est-à-dire, par des
représentants locaux ou de la Diète du P.L.D.
et du P.L.
-20- La "Conférence" a été
fondé sur une décision prise en
assemblée générale du "Comité"
en septembre 1999, mais absolument aucun de ses
administrateurs n'y figure.
-21- Entre janvier 1997 et octobre 1999. 1 section
par département et 2 pour Tôkyô.
-22- Puraido, juin 1998, réalisé
par Itô Shunya.
-23- Nankin 1937, réalisé par Wu
Jôniu, produit par John Woo. Le 6 juin 1998, la salle
de cinéma Cinema Betty à Yokohama a
été vandalisée lors de la projection de
ce film.
-24- En japonais: La maison de Nanumu (Nanumu no
ie), du nom d'une résidence en Corée
où habitent ensemble de vieilles dames, anciennes
esclaves sexuelles de l'armée japonaise (2001).
Réalisé par Byong Yongjo.
-25- Le "Comité" s'en prend à ceux qui
ont fait remarquer les problèmes de son manuel lors
de Symposiums, à ceux qui ont participé
à la réalisation des films
sus-mentionnés ou encore aux soutiens des
procès dans le cadre des indemnisations de guerre. Le
noms et coordonnées précises, ainsi que
l'école où travaille la personne visée,
sont diffusés sur internet avec des instructions
incitant à l'action. Des membres
présumés du "Comité" ou de divers
groupuscules d'extrême-droite menacent directement les
personnes visées par téléphone ou fax,
se rendent dans leur école et demandent un entretien
au cours duquel on fait comprendre que des mesures seront
prises contre la Commission d'Education et
l'école.
-26- Tract distribué dans la partie ouest de
Tôkyô (toka).
-27- En France, on notera l'article de Christophe
Sabouret: Le négationnisme japonais s'affiche dans
les publications populaires, in Le Monde, 30
janvier 1998. Kobayashi Y. est en mars 2001 l'objet
d'articles de Mark Landler et Howard Frentchy dans le New
York Times.
-28- L'affaire de la contamination des
transfusion de sang par le virus du sida (eizu yakugai
jiken) démarre à partir de 1985 et la mise
en cause du Ministère de la Santé au
début de la décennie 1990. Kobayashi est
déjà connue comme dessinateur de manga au
moment où éclate l'affaire des contaminations.
La Déclaration de l'Orgueillisme est
lancée à l'origine en tant que prise de
position publique de Kobayashi, et mentionne souvent en ses
débuts un jeune transfusé contaminé,
Kawade Ryûzô. Cette affaire n'est toujours pas
terminée au Japon ; on pourra lire par exemple :
Asada Akira et Tanaka Yasuo, in GQ, numéro de
mai 2001.
-29- Qui a perpétré l'attentat au gaz
sarin dans le métro de Tôkyô le 20 mars
1995.
-30- Après que Kobayashi est été
mis sur une liste noire (assassinats) de la secte Aum.
SAPIO a été salué pour son
courage, la rédaction elle-même souhaitant
combattre pour "la liberté d'expression".
-31- Puis sa suite: Shingômanizumu
sengen, qui compte déjà 141
épisodes (mai 2001), ainsi que les multiples
séries parallèles.
-32- Kobayashi Y., Shingômanizumu sengen -
SPECIAL: Sensôron, Gentôsha, 1998.
-33- Avec la nuance, par exemple, que si Kobayashi
critique la prostitution enfantine (enjo
kôsai), il justifie en permanence la prostitution
japonaise adulte, ceci afin de pouvoir justifier la
"prostitution libre" en Asie lors de la guerre. Ce discours
ne constitue pas un épiphénomène chez
lui: Kobayashi Yoshinori, Le masochisme que vont nous
enseigner les manuels scolaires (Kyôkasho ga
oshiekanenai jigyaku), bunkasha, 1997.
-34- Affaire Matsuura Hiroshi (Université
Jôchi): Matsuura a présenté les
différentes variantes de l'antisémitisme au
Japon dans l'ouvrage Le vrai visage des thèses du
complot juif (Yudaya inbôsetsu no shôtai,
Chikuma shinsho, décembre 1999) dans lequel il a
notamment critiqué un passage de
Sensôron de Kobayashi (n.b. p.338: "Le Japon
avait sauvé plus de 20.000 juifs, et ces mêmes
juifs avaient fabriqué la bombe atomique et
aidé au massacre des Japonais"). Suite à cette
publication, Kobayashi a attaqué Matsuura dans
SAPIO en mai 2000 (10 mai), puis Matsuura a
répondu dans Sekai (septembre 2000) à
propos de la façon dont l'extrême droite
présentait Sugihara Chi'une (n.b. le vice consul
japonais en Lituanie pendant la guerre, qui donna
près de 6.000 visas à des populations juives
fuyant les nazis). Matsuura subit depuis d'énormes
pressions et a arrêté une grande partie de son
activité universitaire (avril 2001). De même,
l'association "NET National 21 pour les Enfants et les
Manuels" (Kodomo to kyôkasho zenkoku netto 21)
a été qualifié en novembre 2000 (le 18)
de "groupe d'extrême gauche". Nous présentons
l'affaire Noda Eiichirô plus bas. Le journal
Asahi est très fréquemment la cible des
attaques de l'extrême-droite; la rédaction de
ce journal a été, nous le rappelons, plusieurs
fois la victime d'attentats et d'assassinats. Un article
complet a encore été rédigé
juste pour la critique du Asahi Shimbun dans le
numéro de mai 2001 de Seiron: A tous les
rédacteurs du Asahi qui ont perdu l'âme du
Journalisme.
-35- Kobayashi Yoshinori, Taiwanron,
Shôgakkan, 6 octobre 2000. La traduction chinoise est
parue le 7 février 2001. Voir aussi: Honda Yoshihiko,
Comment a été lu Taiwanron à
Taiwan, in Sekai, mai 2001.
-36- Cette affaire est d'ailleurs sans doute
liée avec le fait qu'un mois plus tard l'ancien
président de Taiwan s'est vu refuser son visa au mois
d'avril, alors qu'il devait se rendre au Japon pour une
opération au coeur, sur pressions du Parti Communiste
Chinois, pressions rapidement "reconnues valables" (ce qui
est rare). On s'est félicité dans SAPIO
que le gouvernement reconnaisse "qu'il existe des choses
plus importantes que les Droits de l'Homme." (numéro
du 9 mai, p.10).
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