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Par
Arnaud Nanta, doctorant à Paris
VII
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Tokyo,
mercredi 13 juin 2001
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Quatrième
partie: Les manuels scolaires pris en
otage
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1
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- 4
- 5-
6
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Le manuel du "Comité": Sur le seul
passage de deux pages concernant l'annexion de la
Corée, les services du Ministère
exigent 9 corrections!
(Agrandir le
document)
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B)
Le Manuel d'Histoire du Comité pour le cours
secondaire
Le
Manuel d'Histoire rédigé par le
"Comité" a été transmis à la
Commission d'Homologation du Ministère de l'Education
Nationale en avril 2000 (45). Nous allons maintenant
présenter brièvement son contenu.
Le
Contenu du manuel
On
peut résumer l'ensemble des problèmes de ce
manuel tel que suit (46).
-1- Mépris des résultats accomplis par
la recherche historique jusqu'ici et négation de
l'Histoire en tant que discipline scientifique. Le
Manuel présente dans son introduction "Qu'est-ce
qu'étudier l'Histoire?" une vision relativiste et
ethnocentriste de l'Histoire, qui de plus nie la
possibilité de connaître la
réalité des évènements
(insuffisance des archives) ou de les comprendre
(relativisme des valeurs).
-2- Mépris de la Constitution. Le Manuel
présente la Constitution Impériale (1889)
comme un modèle à suivre, fait
l'éloge du Rescrit Impérial sur l'Education
(kyôiku chokugo, 1890) (47) et critique
ouvertement la Constitution actuelle comme une
ébauche imposée de force par le G.H.Q., au
surcroit des "non-juristes (48)".
-3- Légitimation de l'invasion de la
Chine. La Guerre est présentée comme ayant
été provoquée par la Chine, autant par
des agressions directes (Incident de Mandchourie, Incident
du Pont Marco-Polo) que par le non-respect d' "accords de
commerce", etc.
-4- Présentation de la guerre d'invasion de
l'Asie comme une "guerre d'auto-défense" (jiei
sensô) et une Guerre de Libération (ajia
kaihô sensô). Ce point est
particulièrement important dans le discours du
"Comité" (49). Dans la même logique, la
Déclaration d'Indépendance des Colonies
proclamée par l'O.N.U. (1960) est tournée en
ridicule, cette dernière étant censée
trouver son modèle dans la Conférence de la
Grande Asie Orientale de 1943 (Daitôa Kaigi,
novembre 1943) (50). Enfin, l'entrée dans la Guerre
du Pacifique (décembre 1941) est
présentée comme ayant été
imposée par les Etats-Unis et les puissances
impérialistes européennes (51).
-5- Négation des dommages et crimes de
guerre japonais. Il ne figure dans le manuel aucune
mention sur la réalité de la guerre,
c'est-à-dire sur l'esclavage sexuel, sur les crimes
de guerre et actions de l'armée, sur le pillage des
matières premières, sur les
déplacements forcés de populations, sur le
travail obligatoire, etc. D'autre part, les "dommages
infligés au Japon" sont mis en emphase et même
gonflés (52). Le Massacre de Nankin est
présenté comme une supercherie (53).
-6- Valorisation de la guerre en
elle-même. On peut lire dans le dernier paragraphe
de la partie "La Guerre de la Grande
Asie-Orientale":
"La
guerre est [toujours] un drame. Il est
néanmoins difficile de cerner le Bien du Mal dans
la guerre. Il ne s'agit pas de discuter pour savoir qui
était dans le Juste et qui avait Tort. Lorsque des
pays en arrivent à se confronter les uns aux
autres pour leur Intérêt National et qu'on
ne peut régler [le problème] par la
politique, le dernier moyen qu'on emploie est la guerre.
Les Japonais d'alors ont décidé de ne pas
perdre contre l'armée américaine sans
combattre". (54)
Les
personnes ou mouvements d'opposition à la guerre au
Japon même ou dans les colonies sont
esquivés (comme Yosano Akiko, p.237) ou ne sont
pas mentionnés du tout (Corée,
résistance à la Mobilisation
Générale en 1938, etc.).
-7- Mépris des peuples d'Asie et
légitimation de la colonisation. Les peuples d'Asie,
Corée et Chine en tête, sont dépeints
comme des peuples passifs et soumis de par leur
façon traditionnelle de penser (confucianisme
bureaucratique), et en opposition à un Japon agressif
qui oeuvra à contrer l'impérialisme blanc. La
péninsule coréenne est présentée
comme "un bras surgis du continent, [
] une
arme mortelle pointée en permanence sur le Japon
(55)". La Fusion Nippo-Coréenne (nikkan
heigô, 1910) est ainsi justifiée, mais qui
plus est présentée comme:
"une
mesure politique soutenue par les puissances
européennes et visant à maintenir l'ordre
en Asie-Orientale. La Fusion Nippo-Coréenne fut
nécessaire afin de protéger la
sécurité du Japon et les
prérogatives et intérêts de la
Mandchourie [
] elle a été
réalisé en toute
légalité, en se conformant aux
principes du droit international de l'époque".
(56)
-8-
Un vision de l'Histoire centrée autour du
tennô (l'empereur). Le manuel prône
l'identité entre Histoire et Mythe, et décrit
tous le pouvoirs historiques (shôgun, etc.)
comme des pouvoirs émanant de la Cour à
laquelle ils auraient témoigné d'une
fidélité sans faille, sauf Ashikaga Yoshimitsu
(qui en est mort (57)).
-9- Mise en emphase systématique de la
supériorité de la civilisation japonaise et de
l'Etat japonais. (Homo Erectus japonais, Civilisation
Jômon Iwashimizu Bunmei, Kofun Nintoku "plus
grand que les pyramides", "Renaissance japonaise (58)" "du
niveau de Donatello ou Michel-Ange", etc.).
-10- Déformation du contenu de la
Constitution et présentation d'un projet en vue
de la révision de celle-ci.
A
suivre...
Notes:
-45- Rédacteurs pour le Manuel d'Histoire:
Itô Takashi, Kobayashi Yoshinori, Sakamoto Takao,
Takamori Akinori, Tanaka Hidemichi, Tanihara Shigeo, Nishio
Kanji, Hirota Yoshinobu, Fujioka Nobukatsu, Yatsuki Satoshi
; directeurs : Ôishi Shinsaburô, Takahashi
Shirô, Hôga Tôru. Rédacteurs pour
le Manuel d'Instruction Civique: Nishibe Susumu (responsable
de publication), Saeki Keiji, Satô Hikaru, Miyamoto
Mituharu, Yatsuki Hidetsugu, Sugimura Yoshimi.
-46- Nous avons travaillé pour ce rapport avec
une photocopie d'un des multiples exemplaires du manuscrit
destiné au Ministère, qui ont circulé
dans les collèges dès le printemps 2000, voir
plus bas.
-47- Qui fixait pour les écoliers le
comportement du bon Sujet de l'Empereur. Le texte du Rescrit
figure intégralement dans le manuel, sans mention
aucune au fait qu'il a été
définitivement abrogé en juin 1948.
-48- Ce qui est faux au demeurant. G.H.Q. pour
General Head-Quarters.
-49- Nishio K. a à nouveau insisté sur
cette façon de présenter la Guerre, expliquant
que le passage du manuel sur la Guerre de la Grande
Asie-Orientale "touchait droit au coeur"; Histoire,
mai 2000 (numéro spécial). Le manuel comprend
également une description très précise
des Corps Spéciaux Vents des Dieux (shinpû
tokkôtai, i.e. kamikaze).
-50- P.289.
-51- Les Etats-Unis sont présentés
comme ayant développé une politique
anti-japonaise aggressive (ce qui est vrai) , cette
politique prenant la forme "du péril jaune", "des
mouvements anti-immigration japonaise", "de la critique du
Japon qui avait déclenché l'Incident de
Mandchourie", "du Plan Orange" [plan de
préparation à la guerre contre le Japon,
n.b.], "de l'encerclement ABCD" [America, Britain,
China, Dutch] etc., "les Etats-Unis captaient et
décodaient les télégrammes secrets du
camp japonais et, ayant ainsi saisi le coeur [de
l'activité] japonaise, conduisaient les relations
nippo-américaines de façon à ce
qu'elles tournent en leur faveur uniquement", "le Japon se
voyant exigé un retrait immédiat et sans
conditions de Chine", "le Gouvernement japonais n'eu d'autre
choix que de décider la guerre avec les Etats-Unis",
pp.277-278.
-52- Dans le manuel: "Morts et disparus japonais,
militaires: 1.860.000 personnes, civils: 660.000 personnes;
nombre de morts total au cours de la Seconde Guerre mondiale
dans le monde: 22.000.000 personnes, environ 34.000.000 de
blessés."(p.286). (En réalité les morts
dépassent les 20.000.000 personnes juste pour l'Asie,
le but est certainement que les pertes japonaises atteignent
10% du total).
-53- Par un jeu de chiffres très prisé
par Kobayashi et Fujioka, qui consiste à ne tenir
compte que des données de l'enclave de
sécurité de la S.D.N. Nankin était
alors divisée en trois zones: le château, la
ville et les faubourgs qui représentaient
l'énorme majorité de l'aggloméraion. La
zone de sécurité de la S.D.N était
constituée du château et de la ville -soit une
infime partie de Nankin- et sa population passa de 200.000
à 250.000 personnes en 1 mois, les habitants fuyant
les massacres; voir aussi: Kobayashi Yoshinori,
Sensôron, Gentôsha, 1998, pp.44-45.
-54- P.283.
-55- Et: "Si jamais la péninsule
coréenne rentrait sous le contrôle d'une
puissance hostile au Japon, la protection de notre pays
deviendrait difficile".
-56- P.241.
-57- Période des Deux Cours (1336-1392).
"[Ashikaga Yoshimitsu] a essayé de
défier le pouvoir de l'Empereur [...] Il fut
pris d'une maladie soudaine et quitta futilement ce monde.
Il n'apparut pas après lui dans toutes les
générations de Shôguns qui le suivirent
d'individu qui copia son exemple".
-58- Il faut faire attention avec ce terme, à
l'origine employé par la gauche japonaise à la
fin l'ère Meiji pour contrer le discours sur la
particularité japonaise et penser l'histoire du Japon
avec des critères universellement valables.
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